Cannes 2017/ Le Vénérable W. de Barbet Schroeder : critique

Publié par Antoine Gaudé le 20 mai 2017

Synopsis : En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent.

♥♥♥♥♥

 

Le Venerable W de Barbet Schroeder - affiche

Le Vénérable W de Barbet Schroeder – affiche

« La haine est certainement le plus durable des plaisirs : on se presse d’aimer, on se détester à loisir » Byron. Telle est l’ouverture du dernier volet d’une « Trilogie du Mal » débutée en 1974 avec Général Idi Amin Dada et suivi par L’Avocat de la terreur en 2007. Le Vénérable W. de Barbet Schroeder, présenté en Séance Spéciale au 70e Festival de Cannes, est une nouvelle exploration de la nature immanente du Mal incarné par l’islamophobe Ashin Wirathu, figure de proue d’une doctrine fascisante, dissimulée sous les oripeaux d’une pensée bouddhique gangrénée par le contexte politico-social birman. Que peut bien faire une pensée religieuse pacifique, admirée des plus grands (Spinoza, Einstein), n’ayant jamais cessée de cultiver une certaine idée du Bonheur à base d’Amour et de Bienveillance, lorsqu’elle se retrouve confronter à tant de haine, de démagogie et de mensonges ? Avec Wirathu, la nature humaine franchit encore un cap de plus dans l’ignominie la plus complaisante. Dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, son auditoire est infinie, sa responsabilité immense et les conséquences désastreuses. Comme souvent, c’est d’abord son caractère rebelle qui intrigue – Wirathu écrit des ouvrages critiques sur les Anciens et leurs pratiques, monte son propre mouvement (le « 969 », puis le « Ma Ba Tha »), peaufine ses pamphlets racistes durant ses dix années d’enfermement, puis exhorte les autres moines et la population à le rejoindre pour sauver « sa » race et « sa » religion. Son visage, rondouillard et jovial, le rend presque sympathique aux yeux de la population. Il profite surtout d’un contexte instable et morbide (le viol d’une jeune fille bouddhiste en 2012) pour prendre son essor et lâcher ses sermons islamophobes devant des parterres de plus en plus conséquents. 

.

Ashin Wirathu - Le Venerable W

Ashin Wirathu – Le Vénérable W

.

Wirathu y apparaît serein, sûr de son fait et de ses dires, lâchant même quelques sourires à l’image de cette séquence incroyable où il montre la reconstitution « cinématographique » de l’histoire du viol, visiblement satisfait du montage et de la réalisation d’une « œuvre » de propagande. Si l’histoire récente de la Birmanie est déjà douloureuse et la fracture profonde, le dérèglement de son institution religieuse et les conséquences atroces des actions prônées par Wirathu et sa superstructure, de même que la réaction tardive du gouvernement à fustiger ses sermons et à prendre ses responsabilités sur la situation en Arakan, font planer un immense doute sur la suite des événements. Bien que dorénavant mué au silence, Wirathu prospère toujours, plus insidieusement, mais, tout comme les assassinats et les viols, il n’est pas arrêté. Au-delà du portrait singulier qu’il dresse et la dénaturalisation du bouddhisme dans l’un de ses berceaux originels, Schroeder révèle également des images bouleversantes et traumatisantes sur le chaos qui sévit dans le pays, des images-chocs, extrêmement violentes, qui finissent par éveiller le spectateur par la très grande urgence du conflit religieux qui se pérennise en l’instant même où l’auteur de ce texte écrit ses lignes.

.

.

  • Note de la rédaction cannoise 
  • Nathalie Dassa ♥♥♥♥♥
  • Philippe Descottes ♥♥♥♥♥

.

.

.

  • LE VÉNÉRABLE W. écrit et réalisé par Barbet Schroeder en salles le 7 juin 2017
  • Avec les voix de : Barbet Schroeder et Bulle Ogier
  • Production : Margaret Menegoz, Lionel Baier
  • Photographie : Victoria Clay Mendoza
  • Montage : Nelly Quettier
  • Musique : Jorge Arriagada
  • Distribution : Les Films du Losange
  • Durée : 1h40

.

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts