Série/ The Handmaid’s Tale (saison 1) : critique

Publié par Lucia Miguel le 5 juillet 2017

Synopsis : Dans une société dystopique et totalitaire au très bas taux de natalité, les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses, qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent, et les Servantes, dont le rôle est la reproduction.

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The Handmaids tale de Bruce Miller - poster

The Handmaid’s tale de Bruce Miller – poster

Les nouveaux leaders du streaming font désormais concurrence aux grandes chaînes américaines avec des séries d’une qualité remarquable. Après Netflix ou Amazon, c’est au tour de Hulu de proposer une première saison en dix épisodes de The Handmaid’s Tale, qui devient l’une des séries de l’année, s’inscrivant dans une lignée de créations avec pour toile de fond la dystopie (Black Mirror, The 100). Adaptée du roman de Margaret Artwood La servante écarlate (1984) par Bruce Miller, The Handmaid’s Tale nous transporte dans un futur proche où le taux de natalité est réduit drastiquement. Pour pallier cette problématique, suite à une guerre civile qui a effacé 48 des 50 étoiles du drapeau national, les États-Unis ont établi un État totalitaire dans lequel les femmes fertiles sont « assignées » à des familles de Commandants et réduites à leur fonction reproductrice. On est ainsi plongé dans une nouvelle société surveillée et fondamentaliste, rebaptisée Gilead, séparant les individus, qui n’ont pas été éliminés, en classes définies par leur mission. Gilead a donc supprimé les droits des femmes, désormais endoctrinées et réduites à l’esclavage par des religieux extrémistes qui les contraignent à procréer. L’identité de ces Servantes est ainsi effacée. Elles ne portent plus leur prénom mais celui de la famille qu’elles « servent », précédé de la préposition « de » qui indique leur soumission et leur appartenance. Tout signe distinctif est également banni. Ces femmes portent des robes rouges – couleur symbole de leur fertilité – et des chapeaux blancs. Elles ne peuvent plus communiquer librement mais dans la clandestinité. Une existence contrôlée qui ne laisse donc aucune place aux écarts de conduite qui sont violemment réprimandés.

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Elisabeth Moss - The Handmaids tale

Elisabeth Moss – The Handmaid’s tale

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Dans cette ambiance générale d’abnégation, la seule qui ne se résigne pas est June rebaptisée Defred (excellente Elizabeth Moss). Le récit relate son point de vue. Face à l’impossibilité d’agir et de vivre librement, June, réfractaire à son sort, a recours à sa voix intérieure (la voix off) qui lui permet d’être enfin elle-même et qui sert de contrepoint à l’image, en exprimant la réalité qu’elle nie. Dans ce récit contestataire, le créateur Bruce Miller offre ainsi pour seul espace de liberté cette voix qui tisse un fil, connectant les fragments d’un passé, l’apparence de notre société actuelle et le système totalitaire de Gilead. Au-delà du traitement et de l’audace, l’originalité de la série repose également sur l’excellente photographie de Collin Watkinson qui s’inspire de la peinture flamande et des tableaux de Vermeer. La lumière aveuglante va de paire avec les espaces aseptisés, expression de l’obsession pour la propreté et l’ordre de la part des Gouvernants. Car dans ce même souci d’éviter le chaos provoqué par la guerre civile qui perdure, l’existence à Gilead est rythmée par des rituels, des litanies répétées à l’excès, des codes de conduite qui rendent artificiel tout contact humain. La répétition monotone des gestes, des mots et des sentiments dilatent le temps qui semble suspendu, en attente d’un retour « à la vraie vie ».

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The Handmaids tale

The Handmaid’s tale

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Tout semble beau dans cette société car tout est fait pour tromper les esprits de ceux qui y vivent : le cadre est idyllique, les supermarchés sont garnis de beaux fruits et légumes, même les « Tantes » – sorte de Gestapo au féminin – semblent parfois ressentir quelque chose dans ce monde aseptisé et impersonnel. S’il reste un espoir dans cet univers post-apocalyptique, il est porté par June qui n’a pas oublié son passé. Grâce à son intelligence, qui lui permet de sourire si nécessaire et de trouver les mots justes face à ces différents interlocuteurs, cette servante hors-norme cherche sans cesse à inventer son espace de liberté dans cette cage doré. Son objectif est de trouver une brèche qui autorise un quelconque espoir dans cette société hyper contrôlée. Autour de la performance saisissante d’Elizabeth Moss, on retrouve un casting d’exception, majoritairement venu des séries à succès, comme l’excellent Joseph Fiennes dans la peau d’un Commandant cynique en couple avec une hystérique Yvonne Strahovski. Mais aussi Alexis Bledel ou encore Samira Wiley.

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The Handmaids tale

The Handmaid’s tale

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Parfaitement aboutie dans son esthétique et sa structure narrative, The Handmaid’s Tale pousse à l’extrême le discours patriarcal et prophétise un monde en perdition qui fait écho aux dérives du gouvernement Trump et d’une partie de la société nord-américaine, ultra catholique et sexiste, dans laquelle la surveillance est majoritairement saluée. Cette série incontournable nous plonge ainsi dans les coulisses d’une dystopie effrayante qui pointe du doigt, avec intelligence, certains débats actuels remis en question, notamment sur la dignité humaine, la liberté individuelle des femmes et le droit fondamental à disposer de leur propre corps.

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  • Série américaine THE HANDMAID’S TALE diffusée au printemps sur Hulu et disponible désormais sur OSC Max depuis le 27 juin 2017.
  • Créateur : Bruce Miller d’après l’œuvre de Margaret Artwood
  • Avec : Elizabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Alexis Bledel, O.T. Fagbenle, Max Minghella, Samira Wiley, Ann Dowd…
  • 1 saison de 10 épisodes de 52 minutes

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