Série/ Top of the Lake: critique

Publié par Philippe Tessier le 5 novembre 2013

Une jeune inspectrice enquête sur le viol puis la disparition d’une fillette à Laketop, une petite ville des Alpes du Sud de la Nouvelle Zélande.

 

♥♥♥♥

 

Top of the Lake posterTop of the Lake est une minisérie coproduite par BBC Two (Angleterre), UKTV (Australie/Nouvelle-Zélande) et Sundance Channel (Etats-Unis). Elle a été créée par Gerard Lee et Jane Campion. Cette dernière en assure également la réalisation avec Garth Davis. Constituée de six épisodes d’une heure, la série a été projetée dans les festivals de Sundance, Berlin et de Cannes avant d’être diffusée à la télévision. Minisérie policière, Top of The Lake ne l’est pas vraiment. Nous sommes ici plus en présence d’un drame psychologique prenant comme prétexte le viol d’une jeune fille de douze ans puis sa disparition. Ce qui intéresse avant tout les scénaristes, ce n’est pas l’enquête mais les personnages, leur psychologie, qu’ils soient victimes ou bourreaux. Et pour ça, l’idéal est de placer l’action dans une petite bourgade perdue dans les montagnes, isolée du reste du monde. La série s’avère extrêmement contemplative, avec de longs plans nous permettant d’admirer une nouvelle fois la beauté fascinante des décors naturels de la Nouvelle-Zélande. Une beauté qui jure avec une ambiance d’une noirceur assez désespérante et qui flirte parfois avec la folie. Il est beaucoup question de sentiments mais le plus souvent faux ou manipulés. Quant aux structures familiales, elles sont soit désintégrées, soit basées sur des rapports de force évoquant plus la loi de la meute qu’autre chose.

 

 

Top of the Lake Elisabeth Moss

 

Tout le monde se défie de tout le monde, et les rapports entre les protagonistes sont assez déprimants, notamment entre les femmes et les hommes. Ces derniers sont assez retaillés, de manière sans doute un peu excessive d’ailleurs. Car à Laketop, il n’y en a pas un pour racheter l’autre. On a un peu l’impression que ce sont tous des violeurs en puissance, des types qui ont autant de savoir-vivre qu’un bulldozer et dont la délicatesse se limite à sortir des plaisanteries douteuses sur la gent féminine. La moindre réflexion est empreinte de sous-entendus. Le mâle en rut s’apparente à un parfait imbécile même si la grande poésie des rapports humains du point de vue de certaines femmes laisse également sans voix. Cette vision de l’homme est donc parfois très caricaturale. Si l’on excepte ce défaut, qui peut paraître une exagération destinée à servir le propos, Top of the Lake distille une atmosphère captivante et vaut surtout par la qualité de sa réalisation et de son interprétation. Chaque scène fait l’objet d’un soin particulier, d’une sensibilité qui jure avec le contexte, comme la tentative de suicide de la gamine au tout début. Dans le silence, elle s’enfonce lentement dans l’eau avant de rester là, transie de froid, tandis que la bande son s’enrichit de quelques notes de piano.

 

Top of the Lake Peter Mullan

 

S’il y a un personnage marquant dans Top of The Lake, c’est sans nul doute celui de Matt, le père de Tui, la gamine au cœur du drame. Matt bénéficie de l’interprétation extraordinaire de Peter Mullan. A la tête de multiples trafics, violent, charmeur et manipulateur, ne respectant que ses propres règles, il vit reclus dans une sorte de villa-forteresse avec ses chiens qu’il aime sans doute plus que ses propres enfants. Individu totalement ambivalent, il reste de marbre en apprenant que sa fille de douze ans est enceinte et la traite de « traînée ». Il confie plus tard à l’inspectrice que nul n’aime Tui plus que lui. L’acteur britannique joue avec toutes les facettes du personnage qui s’avère véritablement détestable mais totalement fascinant. Face à lui, on retrouve une Elisabeth Moss – révélée dans Mad Men – interprétant Robin Griffin, une enquêtrice spécialisée dans la protection infantile. Fragile et forte à la fois, marquée par un drame qu’elle a vécu dans sa jeunesse à Laketop, son enquête se mue peu à peu en une tentative d’exorciser ses propres démons. Elle s’identifie à Tui et, résoudre cette affaire est sa manière à elle de refermer une blessure qui ne s’est jamais cicatrisée. La confrontation entre Robin et Matt, deux individus tout de même très perturbés, est bien entendu au cœur de la série. Et puis il y a Al Parker, le chef de la police, remarquablement interprété par David Wenham. Calme et toujours mesuré, totalement désabusé, il s’occupe également d’une sorte de café où de jeunes délinquants peuvent avoir une seconde chance. Parfaitement ambigu, attiré par Robin, c’est un personnage clef dont l’apparence irréprochable cache bien des noirceurs.

 

Top of the Lake Holly Hunter

 

Mais on ne peut évoquer Top of the Lake sans parler de GJ. Au début de la série, un groupe de femmes s’installe sur un terrain nommé « Paradise ». Elles font partie d’une sorte de secte New Age dirigée par une certaine GJ. C’est un étrange personnage presque androgyne, totalement désabusé, dont les principes philosophiques vont faire perdre leurs dernières illusions à ses protégées. Interprétée par une Holly Hunter presque méconnaissable, GJ est un personnage atypique absolument fascinant. Ses « adeptes » sont toutes des femmes blessées par la vie, en quête d’un bonheur qui les fuit et qui nourrissent encore quelque espoir à propos de l’amour. Ce groupe nous offre quelques moments croustillants avec des dialogues assez saisissants, comme lorsque l’une des pensionnaires raconte ses malheurs à un Matt médusé qui en demeure sans voix. Ou lorsqu’une des « adeptes » dit à une autre : « Tu devrais essayer la masturbation, ça détend sans faire grossir. » Mais même si, sur le moment, ces scènes prêtent à sourire, elles ne servent en fait qu’à souligner l’immense détresse de ces femmes. Parfaitement réalisée et interprétée avec un scénario prenant de bout en bout et des personnages passionnants, Top of the Lake est une série atypique et marquante. Même si on peut lui reprocher une certaine tendance à caricaturer l’homme en général et les relations qu’il entretient avec la gent féminine, on ne peut que vous la recommander.

 

 

Minisérie américano-australo-britannique TOP OF THE LAKE créée par Jane Campion et Gerard Lee d’une saison de 6 épisodes de 60 minutes et diffusée sur BBC Two, Sundance Channel et UKTV à partir du 18 Mars 2013 avec Elisabeth Moss, David Wenham, Peter Mullan, Thomas M. Wright et Holly Hunter. En France, la série sera diffusée sur Arte du 7 au 14 Novembre 2013.

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