VOD/ Colossal de Nacho Vigalondo : critique

Publié par Paul Laborde le 24 juillet 2017

Synopsis : Gloria est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville, Gloria découvre que ses actes sont étrangement connectés à cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde…

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Colossal - affiche

Colossal – affiche

Relativement inconnu en France, Nacho Vigalondo est un réalisateur espagnol abonné aux thrillers mâtinés de science-fiction, disposant souvent d’un budget modeste ; ses productions n’ont jamais atteintes les salles de cinéma françaises, se cantonnant au marché de la vidéo. Espérons que son nouveau film, destiné pour le e-cinéma, saura marquer la rétine des Français friands de renouveaux narratifs. Et il y a de quoi : Colossal est une œuvre déroutante à bien des égards. Débutant comme une comédie classique, où les ressorts comiques naissent du décalage entre cette new-yorkaise branchée mais un peu paumée et alcoolique, et un milieu rural de gentils losers, le récit prend rapidement des teintes de « Kaijū giga », ascendant film-catastrophe, avec l’apparition du monstre lié au personnage d’Anne Hathaway. Plus qu’un pastiche ou un hommage aux films de monstres japonais, cette pirouette scénaristique est là pour poser les bases d’un duel entre le bien et le mal, dans une seconde partie beaucoup plus sombre et glaçante. Ce tournant dans l’histoire fait intervenir la problématique très comics des « grandes responsabilités qui incombent a ceux qui acquièrent un grand pouvoir » (cf. Spider-Man de Sam Raimi). La photographie très minutieuse de Eric Kress rappelle d’ailleurs l’esthétique léchée des films Marvel. Ne disposant évidemment pas du même budget que ces films de super héros, le choix de placer les scènes de monstres dans la nuit séoulite permet une salutaire économie d’effets spéciaux. La BO de Bear McCreary vient quant a elle souligner tantôt l’ampleur des combats de géants, tantôt les pitreries du personnage d’Hathaway, avec efficacité mais sans grands moments de bravoure.

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Colossal

Colossal

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La seconde partie révèle pleinement le jeu d’acteur remarquable des deux protagonistes . Anne Hathaway est comme a son habitude très aérienne, apte à faire décrocher un sourire dans les situations les plus désespérées. Mais la surprise du film vient de Jason Sudeikis, habituellement cantonné aux petites comédies américaines. Il développe ici un rôle beaucoup plus sombre, avec une évolution impressionnante de son personnage, passant du gentil barman de campagne mal dans ses pompes a celui de sociopathe névrosé et destructeur. Il devient alors le véritable Némésis de Anne Hathaway, la renvoyant a son propre alcoolisme. Là réside d’ailleurs le véritable propos du film : il est question du « colossal » problème que représente la surconsommation d’alcool (au détriment de ses responsabilités), ainsi que la manière de réagir face a l’acquisition d’un pouvoir surhumain. À mesure qu’Anne Hathaway réalise que ses actes ont de lourdes conséquences sur les habitants de Séoul, elle devient une adulte responsable et redouble de vigueur dans sa lutte contre son propre alcoolisme.

 

Colossal

Colossal

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Le mélange des genres qui fait le sel du film entraîne en revanche certaines confusions dans le scénario, ainsi que plusieurs raccourcis inexpliqués. Par ailleurs, on comprend difficilement le fait de placer les monstres à Séoul et non à Tokyo, si l’objectif était de faire un hommage aux films japonais Kaiju type Godzilla. La cause de ces pouvoirs surhumains est bien expliquée vers la fin, dans un flashback assez convenu, mais on aurait peut-être préféré rester dans l’incompréhension. Cela aurait ajouté à l’aura déjanté du film et aurait permis aux spectateurs de développer leurs propres théories. Qu’importe ces quelques maladresses, Colossal mérite amplement d’être vu ne serait-ce que pour son pari fou de mêler comédie et film-catastrophe, et pour sa propension à raconter (de manière résolument osée) une histoire de femme contemporaine luttant contre ses démons intérieurs par le biais d’événements accaparant l’humanité entière. En ce sens, Colossal de Nacho Vigalondo rappelle le Premier Contact de Denis Villeneuve. Bien que ces deux fictions soient issues de registres distincts, on a dans les deux cas affaire au portrait d’une femme reprenant goût à la vie en se confrontant à des événements planétaires qui dépassent l’entendement humain.

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Paul Laborde

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  • COLOSSAL écrit et réalisé par Nacho Vigalondo disponible en e-cinéma le 27 juillet 2017
  • Avec : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Dan Stevens, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Rukiya Bernard, Christine Lee X, Agam Darshi…
  • Production : Nicolas Chartier, Zev Foreman, Dominic Rustam, Nahikari Ipiña, Russell Levine, Shawn Williamson
  • Photographie : Eric Kress
  • Montage : Luke Doolan
  • Décors : Josh Plaw
  • Costumes : Antoinette Messam
  • Musique : Bear McCreary
  • Distribution : Mytf1vod
  • Durée : 1h30

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