Série/ Atypical (saison 1) : critique

Publié par Paul Laborde le 19 août 2017

Synopsis de Atypical : En quête d’amour et d’indépendance, Sam, un jeune autiste de 18 ans découvre les aléas du passage à l’âge adulte. À la fois drôle et douloureux, ce cheminement à la découverte de lui-même bouleverse toute sa famille dont les membres, confrontés aux changements qui affectent leur propre existence, se posent cette question fondamentale : que signifie être normal ?

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Atypical - affiche

Atypical – affiche

L’actualité estivale des créations Netflix est particulièrement chargée cette année. Parmi les mastodontes médiatiques (Okja projeté à Cannes), d’autres perles plus discrètes sont régulièrement mises en ligne. La nouvelle création de Robia Rashid, scénariste et coproductrice de How I Met Your Mother, très justement appelée Atypical, est de ces paris audacieux qui ne paient pas de mine mais qui surprennent par le traitement d’un sujet délicat et la justesse du ton employé. Atypical est une rafraîchissante découverte. Les huit épisodes de trente minutes traitent sans ambages mais avec une infinie délicatesse de l’autisme, ce trouble neurologique qui touche une personne sur cent à la naissance. Si le sujet a déjà été évoqué au cinéma (Rain Man en 1988, Forrest Gump en 1994), il est rare de le voir exposé aussi clairement sur le petit écran, qui plus est au travers de la comédie. Cette approche permet de dédramatiser cette psychopathologie clinique, souvent source de marginalisation sociale. D’où la subtilité du titre, la série prend le contrepied des fictions américaines estampillées high school. Sam, passionné d’Antarctique et de pingouins, à la fois surdoué et inadapté, est dans un perpétuel apprentissage social, avec l’aide de sa famille, pour comprendre comment aborder les gens et plaire aux filles. Il ne se départit pourtant jamais de ses obsessions, de ses gestes compulsifs qui le rendent atypique. En un sens, il refuse de se plier à la tyrannie de la norme, celle qui pousse par exemple une meute de lycéens, enhardis par leur nombre, à se moquer de son anormalité. Le jeu d’acteur de Keir Gilchrist (United States of Stara, It Follows) est d’ailleurs bouleversant de justesse, d’innocence touchante. Ses répliques directes, dépouillées de l’hypocrisie sociale pour ne pas blesser, questionnent la légitimité et le bienfondé des normes qui structurent nos sociétés (au hasard « pourquoi 50% des couples divorcent alors que les pingouins sont unis pour la vie ? »).

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Atypical - NetflixAtypicalAtypicalAtypical

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Le principal ressort humoristique naît de ce décalage dans les dialogues entre les gens « normaux » et Sam, lequel met toutes les informations sur le même « plan », qu’il s’agisse de drague ou de comportements animaux, de propos blessants, à l’encontre des autres ou de pâtes au beurre commandées au restaurant (épisode 7). Le ton est résolument celui de la comédie mais alterne avec des passages touchants – parfois peut-être trop larmoyants. La scène du dîner de l’épisode 4 est à cet égard exemplaire et nous fait passer par une palette d’émotions inattendues. La réalisation reste d’une facture classique mais certaines trouvailles sont les bienvenues. Cette façon notamment qu’a Keir Gilchrist de s’adresser à la caméra, assis dans son fauteuil chez la psy dont il pense être amoureux, nous donne l’impression qu’il se confie à nous. La saturation des lumières et des couleurs, l’exagération des sons environnants, parviennent à nous faire pénétrer dans la tête du personnage à l’approche d’une crise de panique et nous faire comprendre les désagréments de ce handicap.

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Outre Gilchrist, le casting est excellent. Jennifer Jason Leigh, en maman poule, compose un rôle très nuancé, tout comme Michael Rapaport dans la peau ce père qui commence seulement à comprendre son fils à l’adolescence. Brigette Lundy-Paine est superbe en sœur cassante mais protectrice, à l’image de Nick Dodani, qui incarne son meilleur ami à l’humour décalé, et de Jenna Boyd, sa petite amie aussi irritante qu’attachante. Il est en revanche dommage que les intrigues secondaires autour des membres de la famille ne soient pas toutes aussi intéressantes que celle de la recherche de reconnaissance de Sam. Au chapitre des défauts, on peut aussi évoquer certains passages qui frôlent la mièvrerie, ou encore cette façon de présenter la première expérience sexuelle comme un but à atteindre le plus vite possible (le fameux get laid), propre aux teen movies. Mais on lui pardonne volontiers ces défauts, tant la série traite d’un sujet audacieux. Presque toujours juste, jamais voyeuriste et surtout très drôle, Atypical est une des bonnes surprises de cet été.

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Paul Laborde

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  • ATYPICAL
  • Chaîne / Plateforme : Netflix
  • Création : Robia Rashid
  • Avec : Keir Gilchrist, Jennifer Jason Leigh, Brigette Lundy-Paine, Michael Rapaport, Amy Okuda, Jenna Boyd, Nick Dodani…
  • Saison 1
  • Format : 8 x 30 minutes
  • Diffusion : depuis le 11 août 2017

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