Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi : critique

Publié par Camille Carlier le 4 septembre 2017

Synopsis : La jeune Suzu quitte Hiroshima en 1944, à l’occasion de son mariage, pour vivre dans la famille de son mari à Kure, un port militaire. La guerre rend le quotidien de plus en plus difficile, malgré cela, la jeune femme cultive la joie et l’art de vivre. Mais en 1945, un bombardement va éprouver son courage.

 

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Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi - affiche

Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi – affiche

Sunao Katabuchi a longtemps officié aux côtés des plus grands. Scénariste puis assistant-réalisateur de Hayao Miyazaki, il signe ici avec douceur et poésie son troisième long métrage. Dans un recoin de ce monde (Kono Sekai No Katasumi Ni), adapté d’un célèbre manga acclamé au Japon de Fumiyo Kôno, s’est vu distingué du Prix du Jury au Festival International du Film d’Animation d’Annecy. Produit au départ par le biais d’un financement participatif, l’équipe du film a atteint la somme nécessaire au pilote en moins de huit jours (record au Japon), preuve de l’attente d’un public qui avait beaucoup d’affection pour l’œuvre d’origine dont l’écriture et l’adaptation scénaristique sont admirables. Dans un recoin de ce monde propose deux heures étonnamment tendres au vu de son sujet. L’élément le plus marquant étant le caractère de son héroïne, qui, loin de se résigner, fait toujours montre d’une volonté naïve et entraînante de continuer à aller de l’avant. Bien que son pays soit en guerre, quitte à en devenir inconnu, qu’elle doive quitter le foyer pour vivre avec sa belle-famille et son mari à Kure, elle demeure le pilier de son entourage. Son évolution en plus d’être passionnante, devient le curseur de ce que la guerre fait aux hommes, même les plus volontaires. On la découvre joviale et dans les nuages, car selon ses mots « On a toujours dit que j’étais rêveuse », mais également débrouillarde devant les privations dues aux pénuries de denrées, qui ne paraissent plus si tragiques à son contact. Les symptômes de la guerre auront donc une saveur toute particulière quand ils useront Suzu, qui, en plus de la perte de son bras et d’êtres qui lui sont chers perdra également l’envie de dessiner et peu à peu le goût à la vie.

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Dans un recoin de ce monde

Dans un recoin de ce monde

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Dans un recoin de ce monde est alors une réflexion sur le courage éprouvé mais aussi l’éloge du quotidien, qu’on souhaite conserver, qui tient bon. Une simplicité fascinante que Katabuchi a voulu traiter par des personnages « bien ancrés dans la Terre » selon ses mots. Bien que la mer, les airs et la terre semblent communiquer et se répondre constamment, c’est bien des protagonistes qui restent au sol dont il s’agit. Ceux qui demeurent et qui maintiennent. Dans un souci de cohérence et de réalisme – que l’on peut saluer -, il aura fallu plus de quatre ans de recherche au réalisateur. Par le biais d’archives, d’écrits et de plans, il parvient à nous plonger dans l’action, reproduisant fidèlement le quartier de Nakajima Honmachi à Hiroshima ou encore jusqu’aux conditions climatiques de scènes qui ont vraiment eu lieu. Si les dessins sont à couper le souffle à l’instar de la musique composée par Kotringo avec qui Katabuchi avait déjà travaillé sur Mai Mai Miracle en 2009, l’ensemble peut paraître un peu long. Le récit s’étale sur plus de dix ans, temporalité parfaite pour constater l’usure du présent, comprendre et appréhender les effets de la guerre au jour le jour, mais parfois un peu lent tant la mise en scène traite d’un quotidien qui parfois est d’une simplicité déroutante. C’est à échelle de ces deux heures que l’on constate comment le temps passé fait son œuvre et comment l’évolution des êtres est affaire de contexte et d’érosion temporelle. Dans un recoin de ce monde reste cependant d’une douceur incomparable. Une légèreté dans un contexte de guerre, rendue possible par le savoir-faire de son réalisateur.

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  • DANS UN RECOIN DE CE MONDE (Kono Sekai No Katasumi Ni)
  • Sortie salles : 6 septembre 2017
  • Réalisation : Sunao Katabuchi
  • Avec les voix : Rena Nounen, Yoshimasa Hosoya, Minori Omi, Natsuki Inaba, Daisuke Ono, Megumi Han, Mayumi Shintani…
  • Scénario : Sunao Katabuchi, d’après l’œuvre originale de Fumiyo Kôno
  • Production : Masao Maruyama, Taro Maki
  • Directeur de l’animation : Hidenori Mastubara
  • Musique : Kotringo
  • Distribution : Septième Factory
  • Durée : 2h09

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