Bienvenue à Suburbicon de George Clooney : critique

Publié par Philippe Descottes le 5 décembre 2017

Synopsis : Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence…

♥♥♥♥♥

 

Bienvenue a Suburbicon - affiche

Bienvenue à Suburbicon – affiche

Bienvenue à Suburbicon commence comme un conte de fées, ou plutôt comme un film publicitaire avec en voix-off celle d’un agent immobilier nous ventant (et vendant) les charmes d’une ville où il fait bon vivre et placée sous le signe de la prospérité. C’est dans ce petit paradis, au cours de la décennie qui suit la Seconde Guerre mondiale, que la classe moyenne américaine réalise pleinement « le rêve américain » de devenir propriétaire de sa maison. Tout le monde y vit en parfaite harmonie et à l’occasion de sa tournée du matin le facteur guilleret à hâte de faire la connaissance des nouveaux voisins que personne n’a encore vus. Il tombe de haut lorsqu’une femme noire lui ouvre la porte. Il croit qu’il s’agit d’une domestique, mais M. et Mme Meyers sont bien les propriétaires et la première famille afro-américaine à s’installer à Suburbicon où jusqu’à présent n’habitaient que des blancs. Pour son sixième long métrage derrière la caméra, et le premier dans lequel il n’est pas également interprète, George Clooney s’est en partie inspiré d’une histoire vraie, objet d’un documentaire de 1957 intitulé Crisis in Levittown sur l’arrivée de William et Daisy Meyers, la première famille afro-américaine, à Levittown, en Pennsylvanie. Sur ce sujet coécrit avec Grant Heslov est venu se greffer un scénario des frères Coen, avec lesquels l’acteur réalisateur et producteur a déjà travaillé à plusieurs reprises, écrit peu de temps après Sang pour Sang en 1986, et qui était resté dans les tiroirs.

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Julianne Moore et Matt Damon - Bienvenue a Suburbicon

Julianne Moore et Matt Damon – Bienvenue à Suburbicon

 

À partir de ce travail d’écriture à quatre mains se développent deux histoires. La scène du début débouche rapidement sur une intrigue qui devient secondaire par rapport à celle que privilégie le réalisateur, à la trame policière, qui semble puisée à même les films noirs des années 1950 mais traitée dans l’esprit des frères Coen. Rien ne semblait devoir venir perturber la vie des Lodge, celle de Gardner (Matt Damon), un père de famille bien ordinaire mais chiffe molle, ses deux femmes, Rose (Julianne Moore), son épouse en fauteuil roulant, sa belle-soeur, Margaret (Julianne Moore également), et leur fils, Nicky (Noah Jupe). Jusqu’au moment où, une nuit, deux truands font irruption dans leur maison au milieu de la nuit pour les cambrioler. La situation empire avec la visite de Roger (Oscar Isaac), un agent d’assurances aux intentions malhonnêtes. Déterminé à veiller au bien être de la famille, Gardner prend enfin les choses en main et sort de ses gonds.

 

Avec sa belle bande de personnages sortis de l’univers des Coen, antihéros, abrutis et salopards, le film bascule alors dans le thriller à l’humour très noir. Si la violence monte crescendo en parallèle au cœur des deux histoires, l’une mue par la vengeance, l’autre par le racisme, on peine à faire le lien entre les deux parties. C’est là où le bât blesse. En dehors d’être voisins et de la relation entre les deux fils, Nicky est autorisé à jouer au baseball avec Andy (Tony Espinosa), le gamin des Meyers (Karimah Westbrook et Leith Burke), le seul moment optimiste du film, les deux couples n’ont rien d’autre en commun. Les Meyers ne sont pour rien dans les déboires des Lodge et ceux-ci ne sont pas gagnés, en apparence, par la haine raciste.

 

Karimah Westbrook - Bienvenue a suburbicon

Karimah Westbrook – Bienvenue à suburbicon

 

Du début jusqu’à la fin le spectateur restera à distance de la famille noire dont il ne saura pratiquement rien et cette intrigue en toile de fond aurait mérité d’être davantage exploitée. Du coup, la satire d’une certaine Amérique et de la belle vitrine derrière laquelle se déroulent des choses pas très propres, n’atteint pas totalement son but. De l’ensemble, on retiendra malgré tout la qualité de l’interprétation avec un casting quatre étoiles, même si Josh Brolin et Woody Harrelson, un moment pressentis, n’y figurent pas, dont deux prestations remarquables signées Matt Damon, capable de jouer sur plusieurs registres et de passer d’un banal père de famille à un personnage abject, et Noah Jupe, 11 ans, l’étonnante révélation du film, présenté en compétition à la 74e Mostra de Venise et au Festival international du film de Toronto.

 

 

 

  • BIENVENUE A SUBURBICON (Suburbicon)
  • Sortie salles : 6 décembre 2017
  • Réalisation : George Clooney
  • Avec : Matt Damon, Julianne Moore, Noah Jupe, Glenn Fleshler, Alex Hassell, Gary Basaraba, Oscar Isaac, Karimah Westbrook, Tony Espinosa, Leith Burke…
  • Scénario : Joel et Etan Coen, George Clooney, Grant Heslov
  • Production : Grant Heslov, George Clooney, Teddy Schwarzman
  • Photographie : Robert Elswit
  • Montage : Stephen Mirrione
  • Décors : James D. Bissell
  • Costumes : Jenny Eagan
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Distribution : Metropolitan Filmexport
  • Durée : 1h44

 

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