Synopsis : Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

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Pentagon Papers - affiche

Pentagon Papers – affiche

Faites tourner ces belles rotatives! Steven Spielberg démarre ici l’année avec un drame politique percutant, qui sera suivi par son thriller de science-fiction en mars prochain. Avec Pentagon Papers (The Post), il retrace l’affaire qui a éclaboussé la classe politique américaine en 1971, trois ans avant le scandale du Watergate toujours sous Richard Nixon. Il rejoint ces oeuvres fondamentales sur l’impact de la presse, après Les Hommes du Président (quatre Oscars en 1976) ou encore plus récemment Spotlight (deux Oscars sont celui du meilleur film en 2015). Période de sortie propice face à des gouvernements qui veulent « délégitimer la liberté de la presse », museler les médias et ne pas se soumettre à un quelconque contre-pouvoir (la presse est « l’ennemi du peuple américain », dixit Trump). Sur un scénario de Liz Hannah et du vétéran Josh Singer -oscarisé pour celui de Spotlight-, Pentagon Papers traite ainsi des problématiques toujours sur le feu de l’actualité. Le récit relate le rôle du Washington Post, considéré à cette époque comme un « petit journal local » de l’aveu du rédacteur en chef Ben Bradlee, incarné par Tom Hanks, qui a révélé, avec le New York Times, la participation politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Vietnam de 1945 à 1967. S’étalant sur quatre présidents -de Truman à Nixon-, ce scandale a délibérément provoqué les conflits dans ce pays d’Asie du Sud-Est et intensifié la contestation de l’opinion publique sur l’engagement américain.

 

Pentagon Papers

Pentagon Papers

 

Si Les Hommes du Président se concentrait sur l’investigation méticuleuse de deux journalistes, Pentagon Papers met en exergue le droit fondamental d’un journal à divulguer aux citoyens des informations sur la politique du gouvernement en place et à contester son pouvoir absolu. Dans les faits, le New York Times fut le premier à révéler des extraits de cette étude classée top-secret (47 volumes, 7000 pages), à l’initiative de Robert McNamara, alors secrétaire de la Défense sous Johnson et Kennedy. Une publication qui a provoqué l’injonction du gouvernent de Nixon, faisant fi du 5e amendement, pour interdire la parution de ce dossier, en accusant le journal de violer la loi sur l’espionnage.

 

Steven Spielberg met particulièrement en lumière le rôle capital de Katherine Graham, première directrice de la publication d’un grand journal américain. Il s’agit donc également ici de la prise de positon d’une femme, héritière d’une entreprise familiale -succédant à son père et à son mari-, qui a dû imposer sa fonction et ses choix face à une administration masculine qui a remis en question sa capacité à diriger ce journal qui s’apprêtait à entrer en bourse. Les petits accrochages avec Ben Bradlee dans le restaurant, sur l’évolution de la rubrique « Style », en est un premier exemple. L’échange, dans le bureau de Graham, sur leur affinité avec les Kennedy et ce qui a découlé de ces allégeances, en est un second. On ne s’étonne donc pas du choix de Meryl Streep dans ce rôle ni de sa performance, qui reste cependant confinée dans sa zone de confort. Une zone de confort malgré tout mémorable, surtout lorsqu’elle décide de publier. D’une femme dépassée, affectée et liée à ses relations avec Robert McNamara (Bruce Geenwood) et les Kennedy, elle se libère, s’impose et créé un rassemblement médiatique sans précédent, faisant entrer de plain-pied le Washington Post dans l’histoire de la presse américaine.

 

Face à elle, Tom Hanks, qui retrouve le cinéaste pour la cinquième fois, joue également dans sa zone de confort. Efficace, mais peut-être moins inspirant que Jason Robards, gagnant de l’Oscar dans ce rôle de soutien dans Les Hommes du Président.

 

Pentagon Papers

Pentagon Papers

 

Pentagon Papers a le canevas classique du drame journalistique, à l’image des Hommes du Président. Il montre dès l’ouverture le rôle de Daniel Ellsberg (Matthew Rhys), ancien analyste de la RAND Corporation, en train de photocopier nerveusement ces documents qu’il va transmettre au New York Times, géré par le rédacteur en chef Abe Rosenthal (Michael Stuhlbarg). La suite exploite cette compétition entre journaux, cette course à la vérité pour réveiller les consciences de l’Amérique. Mais le meilleur se révèle dans le dernier acte, véritable montée en puissance sur la prise de position, jusqu’au tout dernier plan -sans doute la meilleure fin de film, de l’année-, qui ouvre magistralement sur le thriller politique de Pakula et le scandale du Watergate.

 

Si le traitement reste traditionnel, la mise en scène de Spielberg ne l’est pas. Sa caméra est sans cesse en mouvement autour de ses personnages, installant une atmosphère attentiste, fébrile, urgente, électrique. On peut cependant lui reprocher un excès futile dans le mélo, l’héroïsme et le patriotisme. La musique de John Williams accentue d’ailleurs cette emphase. Si elle ne semble pas des plus originales de prime abord, elle s’avère finalement assez étonnante dans ce mélange musical entre la tonalité des drames politiques de l’époque et celle des films de guerre du Vietnam en mode Oliver Stone. Rappelons que le maestro a composé les bandes originales de Né un quatre juillet, Nixon et JFK

 

Pentagon Papers peut prendre la forme d’un « diptyque politique » avec Les Hommes du Président, situé sous les mandats de Nixon. Un film politique, historique et féministe saisissant donc, réalisé par un fougueux Spielberg toujours au service de l’optimisme.

 

 

 

  • PENTAGON PAPERS (The Post)
  • Sorties salles : 24 janvier 2018
  • Réalisation : Steven Spielberg
  • Avec : Meryl Streep, Tom Hanks, Bruce Greenwood, Carrie Coon, Bob Odenkirk, Sarah Paulson, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Alison Brie, David Cross, Tracy Letts, Matthew Rhys, Bradley Whitford, Zach Woods, Pat Healy, Stark Sands, Jennifer Dundas…
  • Scénario : Liz Hannah, Josh Singer
  • Production : Kristie Macosko Krieger, Amy Pascal, Steven Spielberg
  • Photographie : Janusz Kaminski
  • Montage : Michael Kahn
  • Décors : Rick Carter
  • Costumes : Ann Roth
  • Musique : John Williams
  • Distribution : Universal Pictures International France
  • Durée : 1h55

 

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Source: CBO Box office

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