Concert Philippe Sarde

Concert Philippe Sarde / Photo Jérôme Nicod pour CineChronicle

Le concert du 7 mars dernier à Bordeaux a été le lancement du Festival Ciné-Notes, entièrement dédié à Philippe Sarde. Concerts, ciné-concerts et projections ont rythmé cette semaine inédite et riche en émotions, musicales et visuelles, convoquant aux cotés du compositeur les plus grands cinéastes français : Claude Sautet, Pierre Granier-Deferre, Georges Lautner, Costa-Gavras, Bertrand Tavernier, Jean-Jacques Annaud et Roman Polanski.

 

 

 

Concert Philippe Sarde / Photo Jérôme Nicod pour CineChronicle

L’influence de Philippe Sarde dans l’histoire du cinéma français depuis 1970 est indiscutable. Il a accompagné, au long de ses 300 bandes originales, tous les styles, tous les genres et tous les cinéastes influents des années 1970-2000.

 

Au-delà de la liste à laquelle le concert rend hommage, rajoutons Marco Ferreri, André Téchiné, Philippe de Broca, Robert Bresson ou encore Jacques Doillon. La palette est considérable et nul compositeur au monde ne peut afficher une telle variété auprès d’autant de cinéastes majeurs.

 

Autant dire qu’il est impossible de choisir douze suites musicales au sein d’une telle filmographie et chacun sortira finalement frustré de ne pas avoir pu écouter la version orchestrale d’un film attaché à un souvenir personnel. Car c’est bien de cela dont il s’agit, lorsqu’on a grandi pendant l’âge d’or du cinéma post-Nouvelle Vague. Il nous manque Barocco, Pirates, ou encore Garçon, parmi les mélodies les plus connues du grand public.

 

Le choix ici semble davantage un choix de raison (tenter de montrer la riche palette et laisser une belle place aux solistes auxquels il tient tant) qu’un choix de coeur. Mais qu’importe, c’est la première fois qu’un orchestre propose au public d’entendre véritablement l’oeuvre de Philippe Sarde ailleurs que dans une salle de cinéma et sans les images. Enfin presque, car très intelligemment quelques images de chaque film sont projetées en amorce de chaque suite musicale, afin de situer dans la mémoire des spectateurs le souvenir des classiques proposés.

 

L’importance des solistes

 

L’intransigeance de Sarde quant à la composition et l’orchestration de ses musiques impose la présence des meilleurs solistes et des meilleurs musiciens. Il a  souvent travaillé avec le London Symphony Orchestra, sans doute le meilleur orchestre au monde et dirigé des solistes de haute volée. On trouve dans sa filmographie musicale Stan Getz, Stéphane Grappelli, Ron Carter ou encore Chet Baker. Ce n’est jamais un hasard, mais l’expression d’une prise de risque.

 

Ce soir-là, c’est Stéphane Belmondo qui a eu la lourde tâche de succéder à Stan Getz pour les envoûtantes notes de Mort d’Un Pourri, modèle de polar à la française. Par évidence, le Français s’est s’approprié la musique à son tempérament, à raison. Seul à l’avant scène, coordonné à l’orchestre, il a livré un moment magnifique.

 

La direction musicale précise de Bastien Stil

 

La première partie du programme est l’occasion pour l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine de restituer avec fidélité la subtilité musicale du compositeur. Fort Saganne va immédiatement ouvrir le coeur du public avec un film qui a marqué son époque (1984), à la fois grandiose et sensible, le violoncelle à fleur de peau. Avec Le Locataire, puis Tess, le programme nous rappelle à quel point les meilleurs oeuvres de Polanski sont issues de sa collaboration avec Philippe Sarde. Chacun peut tirer ses propres conclusions quant à l’apport de la musique (et du montage) à une oeuvre cinématographique.

 

Le trio Gérard Brach, Philippe Sarde et Roman Polanski a permis à ce dernier d’accéder à un niveau jamais retrouvé dans sa carrière, mis à part bien entendu Le Pianiste, une histoire personnelle. C’est la force de Sarde et de son intransigeance communicative, il pousse chaque cinéaste avec lequel il travaille à faire du cinéma et pas seulement des images.

 

Harem a marqué l’entrée en scène de Stéphane Belmondo, Les Enfants Gâtés est un film oublié, c’est surtout la suite de quinze minutes du Train qui a conclu avec maestria la première partie. Un des meilleurs films de Pierre Granier-Deferre, une des meilleures musiques de Philippe Sarde. Les larmes sont au rendez-vous, pas seulement au souvenir du portrait de Romy Schneider qui apparaît furtivement. Dommage qu’entre chaque acte de la suite l’orchestre fasse une pause, qui fut corrigée le soir suivant, car elle fragmente l’émotion.

 

Une seconde partie en forme de carte de visite

 

Si la première partie a fait la part belle à quelques pépites de carrière, la seconde va jouer l’éclectisme, avec des titres qui mettent davantage en valeur les solistes que la carrière du compositeur. Soyons clair, personne n’a vu Ghost Story dans la salle de l’auditorium. Qui se souvient de Attention Une Femme Peut en Cacher Une Autre, mignonne comédie de Georges Lautner avec Miou-Miou, Eddy Mitchell et Roger Hanin ? C’est moins la mémoire émotionnelle que la performance qui s’illustre ici. Il faut rendre hommage à Dominique Spagnolo, qui travaille depuis 6 ans avec Philippe Sarde et dernièrement à l’orchestration des sublimes Les Deux Amis et Rodin. Il n’est pas qu’au piano ce soir, il veille au grain au respect d’une oeuvre indispensable.

 

Le concert s’est terminé avec Les Choses De La Vie, quelques minutes avec Claude Sautet. Un salut musical de Sarde à l’auteur qui l’a fait débuter il y a cinquante ans. La musique est innovante, en forme de flashback, sombre, amoureuse, triste. Parfaitement interprétée. La salle, très émue, a applaudi chaleureusement l’ensemble des artistes, sans pour autant obtenir un rappel que tout le monde espérait, un ultime morceau, en forme d’apothéose positive. Bref, on en redemande.

 

 

 

PROGRAMME

 

Première partie : 46 minutes

  1. Fort Saganne (soliste : Dominique Spagnolo)
  2. Le Locataire
  3. Tess
  4. Harem (soliste : Stéphane Belmondo)
  5. Des Enfants Gâtés (solistes : S. Belmondo, Manu Marchès, D. Spagnolo, Thomas Lachaize)
  6. Le Train

 

Deuxième partie : 45 minutes

  1. Ghost Story
  2. L’Ami de Vincent (solistes : S. Belmondo et Trio Jazz : Carl-Henri Morisset, M. Marchès, Lukmil Perez)
  3. Mort d’un Pourri (solistes : S. Belmondo et Trio Jazz : C-H. Morisset, M. Marchès, L. Perez)
  4. Attention, Une Femme Peut en Cacher Une Autre (solistes : S. Belmondo, D. Spagnolo)
  5. Music Box (solistes : Lina Azrak, D. Spagnolo)
  6. Les Choses De La Vie (solistes : S. Belmondo, M. Marchès, D. Spagnolo)

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