Ressortie / Heat de Michael Mann : critique

Publié par Thierry Carteret le 23 mars 2018

Synopsis : La bande de Neil McCauley à laquelle est venu se greffer Waingro, une nouvelle recrue, attaque un fourgon blindé pour s’emparer d’une somme importante en obligations. Cependant, ce dernier tue froidement l’un des convoyeurs et Chris Shiherlis se retrouve obligé de « terminer le travail ». Neil tente d’éliminer Waingro, mais celui-ci parvient à s’échapper. Parallèlement, le lieutenant Vincent Hanna mène l’enquête…

♥♥♥♥♥

 

Heat - affiche

Heat – affiche

Heat revient sur nos écrans en copie restaurée 4K à l’initiative du distributeur Park Circus. Après une avant-première au Festival Lumière à Lyon en automne dernier, la première projection parisienne a eu lieu le 21 mars au Max Linder, à l’occasion d’une rétrospective Michael Mann jusqu’au 27 mars, avec également programmé Le Solitaire, Public Enemies et Hacker. Heat sera ensuite projeté le 28 mars à la Filmothèque du Quartier Latin et sur le circuit UGC national le 19 avril. L’occasion de revenir sur ce chef-d’œuvre de 1995, avec Al Pacino et Robert De Niro, souvent copié mais jamais égalé. Centré sur le face à face événement entre Al Pacino et Robert De Niro (les deux acteurs avaient précédemment joués dans la saga Le Parrain mais pas ensemble), Heat n’offre en réalité qu’une scène réunissant les deux stars dans une cafétéria. Dans cette séquence de six minutes en champ-contrechamp, Pacino et De Niro ne sont jamais montrés dans le même plan. Une volonté de Michael Mann qui a utilisé deux caméras en simultané, l’une sur Pacino, l’autre filmant le contrechamp avec De Niro. Avant Heat, il y eut un téléfilm réalisé en 1989 par Mann, intitulé L.A. Takedown. Une histoire de braquage, inspirée d’un fait criminel réel dans les années 60, qui voit le lieutenant de police Vincent Hanna, inspiré du vrai flic Chuck Adamson, et le grand malfrat Neil McCauley -de son vrai nom-, appelé Patrick McLaren dans le téléfilm, jouer au chat et à la souris avant que McCauley ne soit abattu en 1963. L.A. Takedown va en quelque sorte servir de matrice à Heat, puisque ce dernier reprend la même histoire et les mêmes personnages. Mais là où le scénario du téléfilm est d’une durée plus courte de 92 minutes dans son montage final, l’intrigue de son modèle pour le cinéma s’avère bien plus ample, s’étirant sur près de trois heures. Cela autorise un développement plus profond des scènes et qui enrichit la psychologie des protagonistes. C’est toute la force du long métrage de Michael Mann, qui traite à égalité ses deux personnages principaux.

 

Heat

Heat

 

Pour le filc Hanna et le malfrat McCauley, leur vie semble tendre vers un seul but : l’accomplissement obsessionnel de leur travail qu’il soit légal ou hors-la-loi. C’est ce professionnalisme méticuleux -trait de caractère de Mann-, qui lie ces deux hommes dans un respect mutuel. Ils se reconnaissent. Un thème cher déjà présent dans les précédents longs métrages du réalisateur, comme Le Solitaire ou Manhunter, dont la caractérisation des deux héros, joués par James Caan et William Petersen, préfigurent le malfrat et le policier. À l’instar du personnage de profiler Will Graham, Vincent Hanna est tiraillé entre son travail et sa vie de famille, avec son épouse Justine et sa belle-fille Lauren, jouée par une toute jeune Natalie Portman.

 

Si la vie privée des deux rivaux est au premier plan de l’intrigue de Heat, les autres personnages ne sont pas en reste, tels les complices de Neil, Chris (Val Kilmer), Trejo (Danny Trejo), Michael (Tom Sizemore), Donald (Dennis Haysbert) ou le malfrat psychopathe Waingro (Kevin Gage). Chaque protagoniste existe à l’écran de façon profonde en s’appuyant sur un modèle existant. Le receleur Nate, incarné superbement par Jon Voight, est directement inspiré d’Edward Bunker, un truand de Los Angeles devenu par la suite romancier de polar. Si la direction d’acteur est remarquable, c’est aussi parce qu’elle repose sur un scénario et un montage qui donnent une dimension à chacun.

 

Heat

Heat

 

Dans les seconds rôles, on a rarement vu Val Kilmer ou Tom Sizemore si justes. Il en va de même des actrices Ashley Judd, Diane Venora et Amy Brenneman. Ici, comme dans la plupart des films du cinéaste américain, les femmes y jouent un rôle de premier plan, à égalité des personnages masculins. Toutes sont les garantes de l’équilibre de leur couple et de la cellule familiale. Cette dimension essentielle dans son cinéma est ce qui fait aussi sa grandeur. Sans ces héroïnes, les héros ne sont que des solitaires cherchant à donner un sens à leur vie. Si certains considèrent le cinéma de Mann comme plutôt « masculin », les personnages féminins sont traitées avec une grande délicatesse, notamment dans les relations amoureuses parfaitement construites. En témoigne celle, superbe et triste, entre Neil et Eady.

 

En outre, les scènes d’amour respirent la même authenticité que les scènes d’action. Ces dernières sont mémorables ; la séquence du hold-up dans la banque suivie de la longue fusillade est un modèle du genre. Le réalisateur a fait appel à Andy McNab, un spécialiste des armes à feu et ancien militaire pendant la guerre du Golfe, afin de d’assurer de la véracité de l’opération. Une séquence exemplaire par son réalisme et son découpage. La fusillade est parfaitement lisible, et véridique jusqu’aux détonations. Le tournage de cette scène a nécessité six jours, durant les matinées des week-end, car impossible de bloquer une artère de Los Angeles en semaine et en pleine journée. Une prouesse que beaucoup de réalisateurs ont tenté de reproduire, et même rendre hommage (l’ouverture de The Dark Knight de Christopher Nolan).

 

HeatHeat

 

Soutenu par la superbe photographie nocturne de Dante Spinotti, Heat a été tourné intégralement en pellicule technicolor 35mm, avant que Mann ne choisisse le numérique sur ses longs métrages suivants (Collatéral, Miami Vice, Public Enemies). N’oublions pas la magnifique bande originale, garnie de morceaux de Brian Eno, Elliot Goldenthal ou Moby. Des longues nappes musicales aux accords parfois lyriques, renforçant l’intrigue jusqu’à une dernière partie au climax prodigieux, alliant tension et émotion. Heat a bénéficié des retours critiques et public très enthousiastes. Parfaite occasion donc de (re)voir ce polar immersif sur grand écran en version restaurée, car si il y a une œuvre qui convient à une image de très grande dimension, c’est bien ce classique de Michael Mann.

 

 

 

  • HEAT
  • Ressortie salles : 21 mars 2018 au Max Linder – 28 mars à la Filmothèque du Quartier Latin – 19 avril sur le circuit UGC
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : Michael Mann
  • Avec : Al Pacino, Robert De Niro, Val Kilmer, Ashley Judd, Jon Voight, Tom Sizemore, Amy Brenneman, Diane Venora, Wes Studi, Ted Levine, William Fichtner, Natalie Portman, Tom Noonan, Danny Trejo,…
  • Scénario : Michael Mann
  • Production : Art Linson, Michael Mann
  • Photographie : Dante Spinotti
  • Montage : Pasquale Buba, William Goldenberg, Dov Hoeing, Tom Rolf
  • Décors : Neil Spisak
  • Costumes : Deborah Lynn Scott
  • Musique : Brian Eno, Michael Brook, Elliot Goldenthal
  • Distribution : Park Circus
  • Durée : 2h50
  • Sortie initiale : 6 décembre 1995 (USA) – 21 février 1996 (France)

 

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts