Nobody’s Watching de Julia Solomonoff : critique

Publié par Erica Farges le 24 avril 2018

Synopsis : Nico est un comédien argentin tout juste installé à New York. Dans l’attente de trouver un rôle, il enchaîne les petits boulots pour s’en sortir… Sa vie affective et sociale s’en trouve bouleversée. Quand un ancien amant lui rend visite, tout vacille, l’obligeant à se confronter aux raisons de son exil.

♥♥♥♥

 

Nobodys Watching - affiche

Nobody’s Watching – affiche

Dans Nobody’s Watching, la recherche identitaire de Nico (Guillermo Pfening) et les questionnements qu’elle engendre entrent en résonance avec un espace urbain éclectique. Julia Solomonoff aborde de manière originale le thème de la quête d’identité, déjà traité sous une perspective différente dans son précédent long-métrage, Le Dernier Été de la Boyita, tout en montrant sa complexité et ses paradoxes. Encore une fois, la réalisatrice puise dans son propre vécu. Si ce sont des éléments de son enfance qui ont inspiré Le Dernier Été de la Boyita et Hermanas, Nobody’s Watching se base sur ses expériences en tant qu’étrangère à New York, où elle a fait un Master en cinéma et est actuellement, depuis huit ans, professeure universitaire. Nobody’s Watching s’affranchit de l’idée de diversité comme simple affiche, notamment en proposant de nouveaux regards sur l’immigration et l’homosexualité. Contrairement à la majorité des histoires sur l’exil à l’écran, l’enjeu présenté ici n’est pas l’intégration ou l’expulsion du personnage principal et n’y a pas de question de vie ou de mort. Nico a quitté Buenos Aires de son plein gré et peut y revenir quand il le souhaite. Dans son cas, l’échec n’est pas une fatalité, mais une ouverture sur de nouvelles opportunités. L’autre particularité du récit est de montrer un héros homosexuel dont les dilemmes personnels ne tournent pas autour de son identité sexuelle. Pour Nico, il s’agit plutôt de parvenir à gérer ses relations sociales et de réussir à percer en tant qu’acteur aux États-Unis alors qu’il est trop « blanc » pour jouer un latino, mais ne parle pas assez bien l’anglais pour obtenir un rôle d’autochtone.

 

Nobodys Watching

Nobodys Watching

 

Le titre peut être lié à l’ambigüité des désirs du protagoniste. En effet, s’il vient à New York en recherchant une sorte d’anonymat, sa dépendance aux regards des autres le rattrape très vite. Les différentes facettes de New York sont montrées du point de vue du protagoniste. Nico essaye de se calquer sur le rythme trépidant de la ville pour mieux s’y fondre, les mouvements de son corps tentent de s’imprégner de cette ambiance urbaine particulière pour pouvoir s’y déplacer. Il se métamorphose en une sorte de caméléon extrêmement malléable, son métier d’acteur devient son mode de vie. Cependant, cette cadence effrénée est souvent contrebalancée par des parenthèses de quiétude, signifiant une pause dans l’agitation de la mégalopole. L’effervescence new-yorkaise avec les possibilités infinies qu’elle semble promettre et l’euphorie de la liberté permise par l’anonymat contrastent avec la solitude, la précarité et le poids du passé qui vient hanter le présent.

 

Julia Solomonoff fait de nouveau appel à Lucio Bonelli, le directeur de photographie avec qui elle avait déjà travaillé pour réaliser Le Dernier Eté de La Boyita, afin de représenter les contrastes de cette ville à l’aide des couleurs et des paysages qui changent au fil des saisons. La réalisatrice confirme son empreinte unique en réalisant avec subtilité une nouvelle fiction imprégnée de son expérience personnelle. Nobody’s Watching est un long-métrage à identités multiples. Sa singularité est, en partie, due à sa production internationale, qui a permis davantage de liberté créative qu’un circuit plus commercial.

 

Erica Farges

 

 

 

  • NOBODY’S WATCHING (Nadie Nos Mira)
  • Sortie salles : 25 avril 2018
  • Réalisation : Julia Solomonoff
  • Avec : Guillermo Pfening, Elena Roger, Rafael Ferro, Cristina Morrison, Kerri Sohn, Pascal Yen-Pfister, Marco Antonio Caponi, Mayte Montero, Paola Baldion, Mirella Pascual…
  • Scénario: Julia Solomonoff, Christina Lazaridi
  • Production: Felicitas Raffos, Andrés Longares, Natalia Agudelo Campillo, Nicolás Herreño Leal, Lucía Murat, Jaime Mateus Tique, Elisa Lleras
  • Photographie : Lucio Bonelli
  • Montage : Andrés Tambornino, Pablo Barbieri
  • Décors : Maite Perez-Nievas, Mariela Ripodas
  • Musique : Sacha Amback, Pablo Mondragónn
  • Distribution : Epicentre Films
  • Durée : 1h41

 

Commentaires

A la Une

The Bikeriders : Michael Shannon retrouve le réalisateur Jeff Nichols

Pour son sixième long-métrage, le cinéaste Jeff Nichols fait à nouveau appel à son acteur fétiche Michael Shannon, et collabore… Lire la suite >>

Wednesday : Première bande-annonce de la série de Tim Burton

Après trois ans d’absence, le réalisateur américain a dévoilé les images de sa première série télévisée pour le géant du… Lire la suite >>

Wise Guys : Robert De Niro dans le prochain film de gangsters de Barry Levinson

L’acteur de 79 ans retrouve le scénariste des Affranchis et s’associe au réalisateur de Rain Man, Barry Levinson, pour un… Lire la suite >>

Le Magicien d’Oz : Kenya Barris à la réalisation du remake

Le créateur de la série Black-ish, Kenya Barris, prend les rênes du remake du Magicien d’Oz pour le studio Warner… Lire la suite >>

Modigliani : Johnny Depp à la réalisation d’un biopic sur le célèbre peintre coproduit par Al Pacino

Pour son second long-métrage, l’acteur américain s’attaque au sculpteur italien Amedeo Modigliani, avec Al Pacino en tant que coproducteur.  … Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 ONE PIECE FILM RED 575 182 1 575 182
2 BULLET TRAIN 313 237 2 804 304
3 NOPE 224 705 1 224 705
4 LES MINIONS 2 : IL ETAIT UNE FOIS GRU 213 497 6 3 358 761
5 THOR : LOVE AND THUNDER 197 826 5 2 577 053
6 KRYPTO ET LES SUPER-ANIMAUX 191 457 3 747 548
7 TOP GUN : MAVERICK 180 658 12 6 057 934
8 LA TRES TRES GRANDE CLASSE 157 884 1 157 884
9 DUCOBU PRESIDENT ! 97 550 5 967 713
10 MENTEUR 82 714 5 777 133

Source: CBO Box office

Nos Podcasts