Ressortie / Thelma et Louise de Ridley Scott : critique

Publié par CineChronicle le 29 août 2018

Synopsis : Thelma est femme au foyer, réduite à l’esclavage domestique par un mari qui la méprise. Louise, indépendante et plus émancipée est serveuse dans un diner. Pour échapper à leur quotidien monotone, les deux amies partent pour un weekend à la montagne. En chemin, elles s’arrêtent dans un bar où elles rencontrent Harlan, prédateur local, qui séduit Thelma. Puisqu’elle refuse de céder davantage à ses avances, il s’apprête à la violer sur le parking. Louise surgit et l’abat d’un coup de revolver. L’irréparable commis, Thelma et Louise partent en cavale sur les routes de l’Arkansas à bord de la Ford Thunderbird 1966 de Louise.

♥♥♥♥♥

 

Thelma et Louise - affiche

Thelma et Louise – affiche

Thelma et Louise, lauréat de l’Oscar du meilleur scénario en 1991, n’est pas seulement un film féministe sur l’émancipation et l’affranchissement, il est aussi et surtout le fruit du regard d’un homme sur la misère et le vice de son propre sexe, ce qui est encore bien plus grand. Ridley Scott (Alien, Blade Runner) signe ici une oeuvre emblématique et intemporelle sur la condition des femmes. À l’heure des mouvements #MeToo et Time’s Up, soit plus d’un quart de siècle après sa première sortie en salle, Thelma et Louise reste toujours au cœur de l’actualité. Dès l’ouverture, ce road movie annonce la couleur, au sens propre comme au figuré. En noir et blanc, un mouvement panoramique balaie l’immensité d’un paysage typique de l’imagerie du western fordien, champ en friche, route en terre battue et, au loin, la montagne crevant les nuages. Le paysage, vaste, immuable, à l’image d’une certaine Amérique, se colorise avec lenteur. Des histoires comme celle-ci, ce pays en a vu et en verra d’autres, semble nous dire en un plan Ridley Scott en préambule de son récit. Fondu au noir. S’il est question de paysage, il est aussi question d’aires – urbaines et rurales – mais aussi de climat. Au soleil brûlant accompagnant la fuite des deux amies le long des routes nationales de l’Arkansas –lui conférant ainsi malgré tout des airs d’escapade souvent teintés de joies et de rires– s’oppose la pluie qui ne quitte pas les hommes, en ville.

 

Susan Sarandon et Geena Davis - Thelma et Louise

Susan Sarandon et Geena Davis – Thelma et Louise

 

Lorsque l’inspecteur Slocombe, campé par Harvey Keitel, interroge Jimmy, le petit ami de Louise, ou Darryl, le mari de Thelma, c’est sous cette pluie battante. De la même façon, lorsque Jimmy retrouve Louise à Oklahoma City, il ramène avec lui la pluie, tout comme J.D. (Brad Pitt) au moment de pénétrer dans la chambre de Thelma. Tous les hommes qui gravitent autour des deux femmes et entrent en contact physique ou visuel avec elles se révèlent tôt ou tard sous leur jour le plus vil et nous offrent divers portraits dignes des plus cinglants Caractères de La Bruyère. Un violeur, un voleur, un routier obscène etc.

 

Christopher McDonald interprète à merveille Darryl, l’archétype du mari macho aux airs supérieurs et à la gestuelle bouffie d’une ridicule auto-suffisance. Michael Madsen, –dans son premier rôle d’envergure avant sa longue collaboration avec Quentin Tarantino (Reservoir Dogs, Kill Bill, Les Huit Salopards)– est l’amoureux au look de rockeur, cheveux gominés à la Elvis, violent et amoureux. J.D. le beau séducteur et gangster des bacs à sable est joué par le jeune Brad Pitt, 28 ans, dont c’est la révélation auprès de la profession. Quant à Harvey Keitel, Ridley Scott lui permettait en 1991 de se réinventer et de jouer à contre-emploi en incarnant la figure du gentil flic, lui qui fut le proxénète du Taxi Driver de Scorsese. Keitel demeure la seule figure masculine entièrement positive du film, le seul de ces hommes qui comprend leur geste et n’entrera jamais dans un contact direct avec Thelma et Louise autre que par le téléphone.

 

Susan Sarandon et Geena Davis - Thelma et Louise

Susan Sarandon et Geena Davis – Thelma et Louise

 

Mais s’il fallait choisir une image qui contient l’essence de ses personnages, ce serait celle de Louise dans un ranch de l’Arkansas où elles font halte. Elle enlève ses bagues, sa montre, ses boucles d’oreilles et les donne au vieillard qui la contemple. De la même manière qu’elle avait jeté quelques minutes auparavant son rouge à lèvre, elle retire par cette métaphore tous ces artifices qui l’encombrent et lui pèsent, et sans perdre pour autant une once de féminité. In fine, c’est encore cette symbolique du paysage américain qui stoppe inéluctablement nos deux fugitives, prises en tenailles par une armada de policiers, acculées par les rocs et les crevasses de ce god damn Grand Canyon en Arizona. Le grand saut, fondu au blanc. Et la douce boucle d’être amèrement bouclée.

 

Ainsi, toutes ceintures attachées, cette ressortie au cinéma en version restaurée 4K nous fait davantage ressentir la beauté et l’aridité des grandes routes du Sud des États-Unis jusqu’à son moindre grain de sable. Un format CinémaScope qui épouse la vitesse de la Thunderbird dans la détresse éternelle de deux femmes condamnées pour s’être élevée contre la gent masculine impunie, et qui vont jusqu’au bout de leur geste.

 

Valentin Ribas

 

 

 

  • THELMA ET LOUISE
  • Ressortie salles : 29 août 2018
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : Ridley Scott
  • Avec : Geena Davis, Susan Sarandon, Harvey Keitel, Michael Madsen, Brad Pitt, Christopher McDonald, Timothy Carhart, Stephen Tobolowsky, Lucinda Jenney, Marco St. John…
  • Scénario : Callie Khouri
  • Production : Ridley Scott, Callie Khouri
  • Photographie : Adrian Biddle
  • Montage : Thom Noble
  • Décors : Anne H. Ahrens
  • Costumes : Elizabeth McBride
  • Musique : Hans Zimmer
  • Distribution : Solaris Distribution
  • Durée : 2h09
  • Sortie initiale : 24 mai 1991 (États-Unis) – 29 mai 1991 (France)

 

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