Blu-ray / Embrasse-moi, idiot de Billy Wilder : critique

Publié par Sévan Lesaffre le 24 septembre 2018

Synopsis : Un chanteur de charme passe une quinzaine de jours dans une petite ville du désert de Californie et témoigne de l’intérêt à un écrivain de chansons sans succès, afin de séduire sa femme.

♥♥♥♥

 

Embrasse-moi idiot - jaquette

Embrasse-moi idiot – jaquette

Billy Wilder (La vie privée de Sherlock Holmes, Assurance sur la mort, Le Poison), célèbre pour ses comédies débridées et spirituelles avec Marilyn Monroe ou Audrey Hepburn, réalise en 1964, Embrasse-moi, idiot sur un scénario de son fidèle collaborateur, I.A.L. Diamond (Certains l’aiment chaud, La Garçonnière, Irma la Douce). D’une jalousie maladive, Orville Spooner (campé par Ray Walston) doit héberger, durant une nuit, Dino (alias Dean Martin), célèbre crooner à la réputation de séducteur. Redoutant que sa femme (la séduisante Felicia Farr) soit sensible au charme du chanteur, il la renvoie chez sa mère et engage Polly (incarnée par la belle Kim Novak), une entraîneuse de bar, pour jouer son rôle. Mais cette machination domestique ne se déroule pas comme prévu. Disciple de Lubitsch, Billy Wilder, qui aborde des sujets tabous tels que le travestissement, l’alcoolisme et la prostitution, apporte ici —une fois de plus par le biais d’un trio endiablé— son regard sur le couple et le mariage. Embrasse-moi, idiot, subtile satire sociale inspirée d’une comédie italienne d’Anna Bonacci, est un brillant mélange entre romance et comédie. Dans cette oeuvre au ton féroce, audacieux et provoquant, il est question d’envie, de désir, de jalousie et de manipulation. Des thématiques mises au service d’un discours « amoral et vulgaire » vigoureusement dénoncé par la critique de l’époque.

 

Dean Martin et Kim Novak - Embrasse moi idiot

Dean Martin et Kim Novak – Embrasse moi, idiot

 

En maître incontesté de la comédie américaine, Wilder situe son intrigue dans la ville imaginaire de Climax (« orgasme ») dans le Nevada et multiplie les rebondissements et trouvailles visuelles, n’hésitant pas à s’attaquer ouvertement à la censure et au code Hays. Par exemple, une plongée suggestive laisse entrevoir le bassin et les rondeurs de Polly the Pistol alors qu’elle perd accidentellement son nombril. De plus, si Embrasse-moi, idiot s’ouvre sur l’apparition de Dean Martin (Les Sept Voleurs de Chicago, Rio Bravo, Comme un torrent) à Las Vegas, les seconds rôles occupent le premier plan, guident et mènent le récit, reléguant les stars à l’arrière plan. Parmi ce jeu de chassé-croisé érotique construit sur le modèle de la Commedia dell’ arte, le spectateur retrouve la patte comique du réalisateur à savoir son grand sens du détail, son style inventif mais aussi l’emploi du montage parallèle et le recours aux renversements narratifs pour bâtir le récit. Ainsi, la réplique finale « Kiss me, stupid ! » fait évidemment écho au fameux « Nobody’s perfect » concluant avec humour Certains l’aiment chaud.

 

Ray Walston et Kim Novak - Embrasse moi idiot

Ray Walston et Kim Novak – Embrasse moi idiot

 

Somme toute, la mécanique d’Embrasse-moi, idiot fait mouche et produit un grand moment de cinéma. En effet, les quiproquos et situations sont cocasses, les dialogues fins et pimentés, le montage vertigineux et le casting s’avère toujours impeccable. La talentueuse, sensuelle et cartoonesque Kim Novak (Sueurs froides, L’Adorable voisine, Le miroir se brisa) remplace Marilyn Monroe, décédée tragiquement deux ans auparavant, et jouit de devenir « une femme mariée pour une nuit » tandis que Ray Walston (Cette satanée Lola, L’Arnaque, Mon Martien favori) en fait trop dans le rôle —central et dramatique— du pianiste Orville Spooner, initialement écrit pour Jack Lemmon et d’abord interprété par Peter Sellers. Dean Martin, quant à lui, s’autoparodie sous les traits d’un coureur de jupons à la voix de velours. Alice Pearce, l’inoubliable Madame Kravitz de la série Ma Sorcière Bien Aimée, Mel Blanc, l’homme aux mille voix, et Henry Gibson s’ajoutent au casting de cet immoral vaudeville. Enfin, il convient d’attribuer une mention spéciale à la sublime photographie en CinémaScope noir et blanc de Joseph LaShelle (Laura, Marty, Un Enfant attend) ainsi qu’à la partition d’André Previn et aux chansons des Gershwin. Oeuvre percutante, corrosive, au style direct et à la mise en scène soignée, Embrasse-moi, idiot, qui se dresse contre l’hypocrisie sexuelle américaine, ne vieillit pas et se savoure sans modération.

 

 

 

Blu-ray : Cette réédition, qui présente pour la première fois le long métrage dans une version haute définition, offre une copie splendide. Côté suppléments, les deux documents (Billy Wilder, la perfection hollywoodienne de Julia et Clara Kuberberg et Billy Wilder / I.A.L. Diamond, écrire à 4 mains, qui reviennent sur la carrière du cinéaste à la Paramount) ainsi que la conversation de trente-cinq minutes entre les journalistes Mathieu Machette et Frédéric Mercier apportent un complément intéressant en terme d’analyse filmique. L’édition contient également Celui par qui le scandale arrive, un livret de vingt-huit pages.

 

 

 

  • EMBRASSE-MOI, IDIOT (Kiss me, Stupid)
  • Sortie vidéo : 25 septembre 2018
  • Version restaurée haute définition
  • Format / Produit : Blu-ray et DVD + livret de 28 pages
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Avec : Dean Martin, Kim Novak, Ray Walston, Felicia Farr, Cliff, Osmond, Barbara Pepper, John Fiedler, Henry Gibson, Mel Blanc, Alice Pearce, Tommy Nolan…
  • Scénario : I.A.L. Diamond, Billy Wilder d’après l’oeuvre d’Anna Bonacci
  • Production : Billy Wilder, Doane Harrison
  • Photographie : Joseph LaShelle
  • Montage : Daniel Mandell
  • Décors : Alexandre Trauner
  • Costumes : Irene Caine, Wes Jefferies, Bill Thomas
  • Musique : André Previn, Ira Gershwin
  • Édition vidéo : Rimini Éditions
  • Tarif : 14,99 € (DVD) – 19,99 € (Blu-ray)
  • Durée : 2h06
  • Sortie initiale : 22 décembre 1964  (États-Unis) – 3 février 1965 (France)

 

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