Girl de Lukas Dhont : critique

Publié par Erica Farges le 8 octobre 2018

Synopsis : Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

♥♥♥♥

 

Girl - affiche

Girl – affiche

Girl, premier long-métrage de Lukas Dhont, coécrit avec Angelo Tijssens dans le cadre de la Cinéfondation de Cannes, a remporté cette année la Caméra d’Or dans la section Un Certain Regard et la Queer Palm. Tourné du point de vue de Lara, ce rôle périlleux marque les débuts au cinéma de l’apprenti danseur et comédien Victor Polster. Grâce à une transformation impressionnante et une prestation bouleversante, le jeune acteur reçoit le Prix d’interprétation unisexe mérité. Inspiré d’une histoire vraie pour créer la protagoniste, le cinéaste belge voulait depuis longtemps porter à l’écran le changement de sexe à l’adolescence en plaçant son déroulement à l’intérieur de l’univers de la danse classique. Cette idée germe dans son esprit alors qu’il vient à peine de commencer ses études de cinéma et tombe sur un article à propos d’une fille née dans un corps de garçon. Non sans rappeler les œuvres d’Andrea Arnold, surtout Fish Tank où l’héroïne est aussi une passionnée de danse, Lara est filmée, caméra à l’épaule, avec une majorité de plans centrés sur son visage, alternant les moments d’intimité et les scènes où elle interagit en groupe. Les mouvements de la danseuse et de ses camarades renvoient à des images du photographe David Hamilton. Les incertitudes de l’adolescence se superposent à l’attente de la ballerine juvénile de voir son corps enfin changer pour être en harmonie avec sa personnalité et la crainte que cette mutation n’arrive jamais.

 

Victor Polster - Girl

Victor Polster – Girl

 

Après avoir subi la puberté masculine, Lara doit affronter un traitement lourd, incluant des opérations délicates, afin de devenir une femme tout en continuant un entraînement intense de danse classique ; une discipline où la morphologie prend fréquemment le dessus de l’envie. À travers une mise en scène sobre, Girl retrace la complexité des circonstances qu’expérimente la protagoniste. À l’exaltation provoquée par les promesses de cette nouvelle vie succède l’épuisement d’un corps pas encore près à exécuter des exercices prévus pour une anatomie féminine. Fresque révélant le chamboulement affectif provoqué par la transition physiologique, beaucoup de séquences affichent le physique au premier plan pour faire ressortir les émotions de Lara, évitant ainsi de la réduire à sa modification biologique. L’élément corporel est central sans être personnalisé, il n’est que l’une des composantes de l’identité.

 

Si les représentations de la transsexualité sont plus nombreuses qu’auparavant sur les écrans, montrer sa manifestation chez une personne aussi jeune est une initiative osée. Certes, Tomboy de Céline Sciamma rejoint une thématique similaire, mais est dépourvu de la proximité charnelle de Girl. Le long-métrage possède également l’originalité de dépeindre une adolescente transgenre qui évolue accompagnée par un soutien familial solide, malgré l’absence d’une mère, au lieu de mettre en place un contexte de rejet parental face à cette situation. L’inexistence d’un conflit significatif avec la famille et d’entraves extérieures à sa réalisation personnelle souligne la souffrance intérieure de Lara qui prend possession de son corps.  Girl aborde frontalement la transsexualité avec déférence, se dispensant de clichés qui lui sont trop souvent associés.

 

Par ce portrait intimiste où la candeur angélique de l’héroïne côtoie la violence imposée à son corps, Lukas Dhont offre une œuvre poignante centrée sur une quête identitaire tumultueuse qui mêle adolescence, changement de sexe et dépassement de soi.

 

 

 

  • GIRL
  • Sortie salles : 10 octobre 2018
  • Réalisation : Lukas Dhont
  • Avec : Victor Polster, Arieh Worthalter, Oliver Bodart, Tijmen Govaerts, Katelijne Damen, Valentijn Dhaenens, Magali Elali, Alice de Broqueville, Alain Honorez, Chris Thys, Angelo Tijssens
  • Scénario : Lukas Dhont et Angelo Tijssens
  • Production : Dirk Impens
  • Photographie : Frank van den Eeden
  • Montage : Alain Dessauvage
  • Costumes : Cathérine Van Bree
  • Musique : Valentin Hadjadj
  • Distribution : Diaphana
  • Durée : 1h45

 

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