Hard Eight de Paul Thomas Anderson : critique

Publié par Erica Farges le 19 novembre 2018

Synopsis : John a perdu tout son argent. Il rencontre Sydney et tous deux partent pour Reno. Sous la tutelle de Sydney, John devient un joueur professionnel. Il tombe également amoureux…

♥♥♥♥♥

 

Hard Eight - affiche

Hard Eight – affiche

Sortie cinéma inédite en France du premier long-métrage de Paul Thomas Anderson. Après une projection au dernier Festival de La Rochelle dans la section D’Hier à Aujourd’hui, on a donc enfin l’occasion de découvrir sur grand écran l’œuvre qui a initié la carrière cinématographique du réalisateur de Magnolia, There will be blood et Phantom Thread. Car si Hard Eight, avec pour titre Double Mise, a fait l’objet d’une présentation à Cannes en 1996, il n’est pas eu les honneurs d’une sortie dans les salles françaises. Tout commence lorsque le producteur Robert Jones propose à Paul Thomas Anderson de faire une version longue du court-métrage Cigarettes & Coffee -à ne pas confondre avec le Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch-, qui a fait connaître le cinéaste au Festival de Sundance en 1993. Entre les discordes des producteurs avec PTA et la conciliation des emplois du temps de tous les acteurs pour le tournage, Hard Eight prend deux ans à être finalisé. Ce film s’ouvre et se ferme sur le même diner, lieu de la rencontre décisive -laquelle on ne sait pas si elle est calculée ou le fruit du pur hasard-, entre le mentor et son apprenti. Il suit toujours le protagoniste mystérieux du format court Sydney (Philip Baker Hall), inspiré du rôle que l’acteur interprétait dans Midnight Run. Par la suite, PDA retravaille avec ce comédien pour réaliser Boogie Nights et Magnolia. Le réalisateur fait aussi ses premiers pas avec certains professionnels, dont le directeur de la photographie Robert Elswit et le costumier Mark Bridges, qui deviennent des collaborateurs attirés pour ses prochains films.

 

Hard Eight

Hard Eight

 

L’appui de l’équipe de production influente et la notoriété naissante du réalisateur depuis Sundance permettent de réunir un casting prestigieux. Philip Baker Hall est secondé par John C. Reilly qui joue le protégé de son aîné. En outre, on retrouve Gwyneth Paltrow dans le rôle de Clementine, une prostituée dont John tombe amoureux, Samuel L. Jackson en nouvel ami ambigu, ainsi qu’un Philip Seymour Hoffman pas encore oscarisé en joueur de craps. Malgré le jeu d’acteur impeccable et l’écriture de personnages excellente, Hard Eight reste encore loin du talent novateur et grandiose de PDA aujourd’hui et l’influence des œuvres de Scorsese sur ce thriller autour des combines crapuleuses dans les casinos de Reno se ressent. Il admet également que Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville a été une source d’inspiration majeure.

 

Bien que l’univers dans lequel se déroule l’intrigue manque d’une certaine originalité, ce premier long-métrage laisse cependant apercevoir son style unique. Il y a déjà ici plusieurs thématiques récurrentes de sa filmographie. La conception désillusionnée de la nature humaine où les relations toxiques régissent des personnages qui tentent de vaincre leur solitude en constituant une famille de substitution, mais sont submergés par leurs vices et le mode de vie décalé qui aboutissent à la manifestation d’une agressivité latente. Les références à d’autres films de malfrats sont évidentes, pourtant la sobriété avec laquelle est montrée la lumière clinquante associée au monde des casinos y apporte de la singularité. Thriller néo-noir explorant la perdition d’âmes délaissées dans le milieu du jeu, Hard Eight est considéré comme emblématique du cinéma indépendant américain des années 1990 via sa mise en scène minimaliste et contemplative qui valorise le jeu d’acteurs brut.

 

 

 

  • HARD EIGHT
  • Ressortie salles : 21 novembre 2018
  • Réalisation : Paul Thomas Anderson
  • Avec : Philip Baker Hall, John C. Reilly, Gwyneth Paltrow, Samuel L. Jackson, Philip Seymour Hoffman, Melora Walters, F. William Parker, Wynn White, Andy Breen, Renee Breen, Robert Ridgely, Kathleen Campbell
  • Scénario : Paul Thomas Anderson
  • Production : Robert Jones, John S. Lyon, Daniel Lupi
  • Photographie : Robert Elswit
  • Montage : Barbara Tulliver
  • Décors : David A. Koneff
  • Costumes : Mark Bridges
  • Musique : Michael Penn et Jon Brion
  • Distribution : Splendor Films
  • Durée : 1h42
  • Sortie initiale : 20 janvier 1996 (États-Unis) –  Mai 1996 (Festival de Cannes – France)

 

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