Série / The Boys (saison 1) : critique

Publié par CineChronicle le 21 août 2019

Synopsis : Dans un monde fictif où les super-héros se sont laissés corrompre par la célébrité et la gloire et ont peu à peu révélé la part sombre de leur personnalité, une équipe de justiciers qui se fait appeler « The Boys » décide de passer à l’action et d’abattre ces super-héros autrefois appréciés de tous.

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The Boys - affiche

The Boys – affiche

Sorti le 26 juillet sur Amazon Prime, The Boys est un véritable pied de nez à l’univers Marvel et DC. Adaptée d’un comics éponyme crée par Garth Ennis, la série plonge le spectateur dans un monde régi par une équipe de super-héros, les 7. Le Protecteur, A-Train, Starlight, The Deep et compagnie forment une Justice League parodique. Mais derrière les exploits herculéens et sauvetages à hauts risques se cache un décor bien plus sombre. Harcèlement sexuel, corruption, eugénisme… la série n’épargne pas ces figures sacralisées et les transforme en antihéros méprisables à la botte de la multinationale Vought. Car c’est Madelyn Stillwell, VP de l’entreprise, qui est réellement à la tête d’une mascarade d’ampleur internationale. Face à eux, une bande de bras cassés, The Boys, prend les armes pour déjouer leurs plans. Animés d’un esprit de vengeance redoutable, Billy Butcher, La Crème, Huguie et The Frenchie sont des brutes épaisses au profil aussi peu reluisant que celui des super-héros. La série offre en somme une galerie de personnages à la moralité douteuse, motivés par leurs propres ambitions. Sans oublier l’ultra violence caractéristique de la série, qui nécessite d’être résistant face à une forte quantité d’hémoglobine, de corps démembrés, et d’explosion de chair humaine. Il n’est donc pas étonnant que DC ait stoppé la publication du comics en 2007 et cédé les droits aux auteurs, en prétextant l’extrême violence du scénario. Un argument pourtant déconcertant quand on connaît le contenu sanglant de certains titres, comme Preacher. La raison de ce refus est à chercher ailleurs. Le ton satirique de The Boys ne risquait-il pas de saboter l’usine à super-héros concurrente de Marvel ? Car la multinationale Vought n’est autre que le reflet fictif de ces mastodontes américains bien réels.

 

The Boys

The Boys

 

Dirigée par Seth Rogen, Evan Goldberg et Eric Kripke, la série en fait d’ailleurs son propos principal en pointant du doigt la commercialisation des super-héros. Trop de prequels, sequels et autres produit dérivés qui n’en finissent pas de fortifier les empires quasi sacrés de Marvel et DC. Sans oublier leurs rapports ambigus avec la politique américaine. Le Protecteur, joué par Antony Starr, porte les couleurs du drapeau US et semble à première vue incarner les valeurs types vantées par les patriotes : courage, liberté et justice. Derrière la cape étoilée se tient pourtant un homme cruel et égoïste, qui prend la fuite lorsqu’un avion est détourné par des djihadistes, abandonnant les passagers à leur sort. Cet épisode parmi tant d’autres révèle la coloration politique de The Boys, qui tire un portrait au vitriol des États-Unis et de leur rôle messianique à l’international. Mais ce n’est pas tout. À bien des égards, la série fait le constat d’une Amérique puritaine dont le système repose sur le racisme et la misogynie du corps social.

 

The Boys

The Boys

 

Dans une ère post #MeToo, le personnage de Starlight, interprétée par la formidable Erin Moriarty, incarne les questions du harcèlement sexuel et du rapport au corps féminin. En témoigne la scène de réunion au cours de laquelle Madelyn Stillwell et les chargés de communication offrent à l’héroïne un nouveau justaucorps échancré et moulant. Sous peine d’être poliment congédiée par la boss, la jeune America’s sweetheart se voit contrainte d’enfiler le costume. Fait intéressant à noter ici : les personnages féminins sont à la fois opprimés et oppresseurs. Une façon de traduire les comportements hostiles de certaines femmes envers leurs homologues. Une lecture féministe habile qui fait l’effet d’un coup de pied dans la fourmilière des comics, bien que certaines héroïnes comme Captain Marvel et Wonder Woman aient ouvert la voie récemment. Ce qui n’a pas empêché les fans de The Boys d’accuser la série de « fridging » (littéralement « femmes dans le frigo »), un trope courant dans les comics. Ce terme désigne un mécanisme scénaristique qui consiste à tuer, kidnapper, ou priver de ses pouvoirs un personnage féminin pour les besoins de l’histoire et des héros masculins.

 

De quoi refroidir certains fans pour la saison 2 déjà commandée ? Peut-être pas. Car selon les dires de Seth Rogen dans une interview, la suite s’annoncerait deux fois plus barrée, sanglante et trash.

 

Garance Lunven

 

 

 

  • THE BOYS
  • Diffusion : depuis le 26 juillet 2019
  • Chaîne / Plateforme : Amazon Prime
  • Création et Réalisation : Seth Rogen, Evan Goldberg, Eric Kripke
  • Avec : Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Erin Moriarty, Chace Crawford, Jessie T.Usher, Tomer Capon, Elisabeth Scue, Dominique McElligott
  • Scénario : Eric Kripke, Rebecca Sonnenshine, George Mastras, Craig Rosenberg, Anne Cofell Saunders, Ellie Monahan
  • Production : Seth Rogen, Evan Goldberg, Eric Kripke
  • Durée : 8 épisodes d’une heure environ

 

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