Livre / Aesthetica Antarctica. The Thing de John Carpenter : critique

Publié par Jacques Demange le 23 novembre 2019

Résumé : Analyse du film The Thing de John Carpenter dans lequel un organisme mystérieux est découvert en Antarctique par une équipe de scientifiques. De forme instable, la Chose est impossible à décrire et reste une énigme pour le regard. L’étude de cette créature est le point de départ d’une réflexion traversant l’histoire de l’art, la littérature fantastique, l’esthétique et la philosophie de l’art.

♥♥♥♥♥

 

Aesthetica Antarctica - livre

Aesthetica Antarctica – livre

L’intérêt de cet ouvrage consacré à The Thing repose sur deux qualités essentielles. Il y a d’abord une volonté de renouveler le regard (critique ou cinéphile) que l’on porte sur le film de Carpenter, ambition noble dans ses déterminismes et qui a le mérite d’atteindre son but. À ce premier trait s’ajoute un objectif plus général consistant à rapprocher sciences naturelles et sciences humaines. En ce sens, l’écrit de Sophie Lécole Solnychkine, maître de conférences à l’université de Toulouse-Jean Jaurès en esthétique et philosophie de l’art, s’inscrit directement dans la filiation de la pensée philosophique de Michel Serre dont l’approche hybride et audacieuse avait déjà trouvé un terrain d’application au sein des études cinématographiques à travers la trilogie du monstre hollywoodien de Jean-Michel Durafour (L’homme invisible de James Wales. Soties pour une terreur figurative ; L’étrange créature du lac noir. Aubades pour une zoologie des images ; Nous resterons, pour vivre et mourir, avec les loups-garous. Confession théorique, tous trois parus chez Rouge Profond). Signalons immédiatement que Lécole Solnychkine évite soigneusement l’écueil auquel aurait pu la confronter son axe de recherche. Sa conceptualisation, particulièrement féconde, ne prend jamais le film comme un prétexte ou un simple moyen d’illustrer ses principes, mais s’échafaude à partir du sens que lui prête les images. Il s’agit pour l’auteure et son lecteur d’adopter le point de vue du monstre considéré comme un regard dynamique travaillant la matière des plans qui le constituent autant qu’ils en sont les principaux récipiendaires.

 

Cette attention soutenue au caractère matériel du cinéma ne doit pourtant pas seulement être considéré comme un retour vers ses principes techniques, mais bien comme une mise en question de sa nature esthétique et notamment son rapport aux représentations mimétiques. L’art cinématographique se mesure alors à sa qualité de texture ou à sa puissance de liquéfaction, à l’animalité qui l’habite et à l’informe qui le dérange. De fait, l’écrit dépasse le seul régime visuel de The Thing pour proposer une « matériaulogie » qui interroge en profondeur le regard que l’on porte aux images en mouvement, mais pas seulement. Progressivement, en effet, l’auteure adopte une posture iconologique, reconsidérant le film de Carpenter à la lumière des toiles de Rembrandt, de la novella de John W. Campbell adaptée, de la littérature de Victor Hugo et de Lovecraft, ou à travers une comparaison avec d’autres productions.

 

Aux exemples attendus (Alien, L’invasion des profanateurs de sépultures, le remake de The Thing ou le film d’origine de Hawks) s’ajoute la présence d’œuvres plus singulières (Le désert rouge, Shining, The Station…) Un vaste corpus que seconde parfaitement la présence d’un riche cahier iconographique inséré au milieu de l’ouvrage. Ces différentes clés d’entrée permettent de réorienter notre perception du film qui passe de la surface de ses images à une exploration de ses dimensions souterraines (lumières, montage, bande musicale, compositions chromatiques).

 

L’écriture subtile de Lécole Solnychkine accompagne la rigueur et l’exigence d’une recherche qui marque le franchissement d’une nouvelle étape dans la compréhension de l’œuvre de Carpenter et ouvre la pratique de l’analyse filmique à un salvateur renouvellement de ses outils traditionnels.

 

 

 

  • AESTHETICA ANTARCTICA. THE THING DE JOHN CARPENTER
  • Autrice : Sophie Lécole Solnychkine
  • Éditions : Rouge Profond
  • Collection : Débords
  • Date de parution : 7 novembre 2019
  • Format : 169 pages
  • Tarif : 19 €

A la Une

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Sandra Hüller incarnera l’écrivain Wolfgang Herrndorf dans le prochain film de Maria Schrader

Sandra Hüller continue d’enchaîner les projets aux horizons très différents. L’actrice allemande prêtera ses traits à l’écrivain Wolfgang Herrndorf dans… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts