Jojo Rabbit de Taika Waititi : critique

Publié par Joanna Wadel le 28 janvier 2020

Synopsis : Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

♥♥♥♥♥

 

Jojo Rabbit - affiche

Jojo Rabbit – affiche

On peut rire de tout, à condition de bien le faire. Si en humour, Taika Waititi a tendance à forcer le trait (Thor : Ragnarok), sa générosité lui permet de signer l’une des plus intelligentes satires du nazisme. Exercice pourtant délicat sans tomber dans le déjà-vu ou le mauvais goût. Mais l’âpreté du sujet ne fait pas peur au réalisateur de Vampires en toute intimité, qui s’appuie sur son ardeur créative pour transformer l’essai, et faire d’un roman poignant une comédie fantaisiste et éclairée. Jojo Rabbit est l’adaptation du Ciel en cage de la Néo-zélandaise Christine Leunens. Un récit qui à l’origine n’a rien d’amusant, centré sur Johannes, un adolescent antisémite renvoyé des jeunesses hitlériennes après un accident, qui découvre que ses parents cachent une jeune fille juive sous leur toit. Cohabitation – puis amour – impossible entre le fanatique et sa proie, que Waititi transforme en tendre initiation d’un enfant de dix ans. Son Jojo est un petit garçon allemand fasciné par le roman national-socialiste, et dont l’ami imaginaire s’appelle Hitler. Les posters du Führer tapissent les murs de sa chambre, alors que le petit bout, élevé par sa mère (Scarlett Johansson), est incapable de tordre le cou d’un lapin. Au fil d’une histoire peuplée de personnages loufoques dans un décor fantasmé, le tout sur une B.O pop-rock planante, le cinéaste se paie gentiment la propagande nazie qu’il aborde avec le regard candide de son protagoniste, campé par l’irrésistible Roman Griffin Davis. Juifs cornus aux super-pouvoirs télépathiques, artefacts aryens qui rendent invincibles, combattants hauts comme trois pommes… Le film est un guide du nazisme pour les nuls qui raille un à un les mythes grotesques du troisième Reich, et les présente pour ce qu’ils étaient : un patchwork de symboles, de chimères et d’inepties au service d’une culture de la haine de tout et de tout le monde.

 

Jojo Rabbit

Jojo Rabbit

 

Pétri de mauvaise foi et de cruauté gratuite, le Hitler rêvé de Jojo auquel Taika Waititi prête ses traits incarne à la perfection l’imposture du régime. Le réalisateur compose un dictateur déluré, méchant à souhait, et marche allègrement dans les pas de Charlie Chaplin, qu’il cite à grands renforts d’accent et de gestuelle agitée. Mais s’il joue la carte de la caricature caustique et de l’humour noir, Waititi ne s’aventure pas dans le trash et se contente de pointer, non sans une verve certaine, des évidences. Le nazisme est un système excluant qui glorifie la violence. Rien que l’on ne sache déjà. Le parti pris d’observer la guerre par la lorgnette de la naïveté de son héros pour en tirer une conclusion altruiste, contrecarre toute réelle subversion.

 

Toutefois, cette légèreté s’accompagne d’une maturité nécessaire. Le cinéaste n’oublie pas de garder les pieds sur Terre, et infuse dans ses dialogues chantants nombre de messages essentiels. Aussi, il amène un peu de réalité dans l’univers burlesque que s’est construit Jojo. Une percée dramatique survient brutalement, faisant éclater la bulle du garçon. Elle rappelle, avec pudeur, que la guerre n’est pas un jeu, et que le métrage reste conscient de la gravité des crimes nazis, sans jamais basculer dans le drame historique. D’autres œuvres, comme La vie est belle, s’en sont chargé.

 

Jojo Rabbit

Jojo Rabbit

 

Émouvante allégorie de l’embrigadement, puis des désillusions de la jeunesse allemande attirée par les promesses creuses du nationalisme, Jojo Rabbit fait mouche, et livre une lecture aussi avisée que ludique du Ciel en Cage, et de la Seconde Guerre mondiale vécue par toute une génération de l’autre côté du Rhin. Plus sage que d’ordinaire, – et donc efficace – Taika Waititi s’est imprégné des classiques du genre pour proposer sa mouture de la métaphore enfantine, certes balisée et accessible, mais d’une sincérité et d’un entrain contagieux. Un film hilarant, pédagogique, qui ne manque pas d’âme.

 

 

 

  • JOJO RABBIT
  • Sortie salles : 29 janvier 2020
  • Réalisation : Taika Watiti
  • Avec : Roman Griffin Davis, Scarlett Johansson, Thomasin McKenzie, Taika Waititi, Sam Rockwell, Rebel Wilson, Stephen Merchant, Alfie Allen
  • Scénario : Taika Waititi, d’après le roman Le ciel en cage de Christine Leunens
  • Production : Carthew Neal, Taika Waititi et Chelsea Winstanley
  • Photographie : Mihai Mălaimare Jr.
  • Montage : Tom Eagles
  • Décors : Ra Vincent
  • Costumes : Cynthia Bergstrom et Mayes C. Rubeo
  • Musique : Michael Giacchino
  • Distribution : Twentieth Century Fox France
  • Durée : 1h48

 

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Source: CBO Box office

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