Combo / Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola : critique

Publié par Jacques Demange le 23 février 2021

Synopsis : La quarantaine passée, Peggy Sue vient de se séparer de Charlie, son grand amour de jeunesse. Un soir, elle se rend à la fête des anciens du lycée Buchanan, classe 1960 : Peggy Sue retrouve tous ses camarades d’alors et se fait élire reine de la soirée. Mais lorsqu’elle découvre Charlie dans l’assemblée, la voilà qui s’évanouit… pour se réveiller vingt-cinq ans plus tôt, à l’infirmerie du lycée !

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Peggy sue sest mariee - Combo edition prestige limitee

Peggy Sue s’est mariée – Combo édition prestige limitée

Les cinéphiles s’accordent généralement à considérer que la filmographie du Coppola des eighties a trop longtemps été mésestimée. Certes, le réalisateur n’entre pas de la meilleure des façons dans cette nouvelle décennie. Après les réussites artistiques et commerciales des deux premiers volets du Parrain (1972 et 1974), du névralgique Conversation secrète (1974) et de l’opératique Apocalypse Now (1979), la réception de Coup de cœur (1982) fit l’effet d’une douche froide. Cette comédie musicale supposée révolutionner l’industrie hollywoodienne par l’introduction des nouvelles techniques du cinéma électronique ne tint aucune de ses promesses. Pire : elle transforma durablement le statut de Coppola qui, du golden boy du Nouvel Hollywood, apparut aux yeux des majors comme un faux prophète dépassé par les attentes d’une nouvelle génération de spectateurs et de producteurs. Dans cette perspective, les productions suivantes du réalisateur peuvent s’interpréter comme des tentatives d’infiltration, recourant aux codes des genres pour faire passer en contrebande des préoccupations, thématiques ou techniques, plus personnelles. Outsiders (1983), Rusty James (1983) et Peggy Sue s’est mariée (1986) voient ainsi Coppola profiter de l’engouement des années 1980 pour le teen movie. Si ces deux premières incursions marquent nettement sa distance avec la coda du genre telle qu’instituée par le prolifique John Hughes, la troisième s’inscrit dans une piste plus ambivalente.

 

 

La grande qualité de Peggy Sue s’est mariée tient d’abord à l’attachement du cinéaste pour son sujet. S’il ne fut pas immédiatement lancé sur ce projet, Coppola s’enticha du scénario de Jerry Leichtling et Arlene Sarlner au point de l’enrichir de quelques anecdotes tirées de ses souvenirs personnels. Narrant le retour de Peggy (Kathleen Turner) vers l’année 1960 et ses premiers émois adolescents, le film profite du récent succès de Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985) qui popularisa les récits de voyage dans le temps. Comme Zemeckis, Coppola joue de l’esprit nostalgique et de la mode rétro. Sans doute soucieux de rendre ses lettres de noblesse à la décennie qui le vit débuter sa carrière cinématographique, le réalisateur semble s’engoncer dans les décors édulcorés d’une Amérique fantasmatique.

 

Cette première approche ne tient pourtant pas longtemps. En introduisant le film par une fête d’anciens élèves, le réalisateur confère immédiatement à son récit une touche mélancolique. L’interrogation de Coppola se veut corrosive : comment le temps peut-il ravager les espoirs d’une génération ? Prenant la pose devant les portraits photographiques de leurs doubles du passé, les personnages peinent à retrouver l’euphorie de leur jeunesse. Au plaisir des retrouvailles se substitue bien vite le constat amer des échecs qui ont façonné le quart de siècle séparant le passé heureux du cruel présent.

 

Certes le happy-end semble rétablir la norme et la possibilité d’une continuité. Mais le paradoxe temporel décrit par le film repose d’abord sur la logique d’un point de rupture. Entre la Peggy du passé et celle venue du futur, c’est la fatalité qui l’emporte. Face aux déclarations enflammées de son futur ex-époux, Charlie (Nicolas Cage), la lassitude l’emporte et Peggy rattrape le temps perdu en découvrant les à-côtés de son existence parallèle.

 

 

L’autre force du film réside dans l’interprétation des acteurs qui permet de percevoir une continuité dans l’œuvre de Coppola. Comme les années 1970 lui avaient permis de diriger une nouvelle génération de monstres sacrés (Al Pacino, Robert De Niro, Gene Hackman, Diane Keaton, James Caan, Shirley Knight, Robert Duvall…), la décennie suivante le mène à découvrir de nouveaux visages. Aux présences physiques de Matt Dillon, Tom Cruise, Patrick Swayze et Mickey Rourke de Outsiders et Rusty James, répond le jeu nuancé de Kathleen Turner qui offre un saisissant contraste à l’expressivité marquée de Nicolas Cage. Parmi les seconds rôles, Jim Carrey s’épanouit en arborant la double casquette du bouffon et du clown triste.

 

Récemment encore, Coppola déclarait à nos confrères des Cahiers du cinéma : « Je crois qu’il faut remettre de la performance dans le cinéma, elle a été volée aux acteurs pour être mise entre les mains des monteurs et de la post-production (…). Or, je crois qu’il n’y a pas de films satisfaisants sans un bon travail avec les acteurs. Ils doivent être considérés comme les coauteurs du film » (n°773, février 2021). Peggy Sue s’est mariée illustre brillamment cette réflexion. Le dispositif spéculaire qui balise le film valorise plutôt qu’il supplée le style des interprètes. Dans le cas du cinéaste comme de ses acteurs, il s’agit d’insister sur la position d’un entre-deux.

 

Peggy sue sest mariee - Combo BR et DVD edition prestige limitee

Peggy Sue s’est mariée – Combo BR et DVD édition prestige limitée

 

L’édition Blu-ray proposée par Carlotta propose un travail soigné sur l’image et le son, mais convainc aussi par son supplément. Le commentaire du réalisateur et historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret décrit le contexte de création du film tout en l’inscrivant dans le genre de la comédie de remariage conceptualisé par le philosophe Stanley Cavell. Ses réflexions s’articulent autour de brillantes analyses de séquences qui permettent de poser un nouveau regard sur une œuvre dont il faut réhabiliter l’immense intérêt. 

 

 

 

 

  • PEGGY SUE S’EST MARIÉE (Peggy Sue got married)
  • Édition : Blu-ray (master haute définition), DVD (nouveau master restauré) ou Éditions Prestige Limitées (Combo Blu-ray+ DVD + Memorabilia
  • Date de sortie : 17 février 2021
  • Réalisateur : Francis Ford Coppola
  • Avec : Kathleen Turner, Nicolas Cage, Barry Miller, Catherine Hicks, Joan Allen, Kevin J. O’Connor, Jim Carrey, Lisa Jane Persky, Barbara Harris, Don Murray, Sofia Coppola, Helen Hunt, Maureen O’Sullivan…
  • Scénario : Jerry Leichtling et Arlene Salner
  • Producteurs : Paul R. Gurian
  • Photographie : Jordan Cronenweth
  • Montage : Barry Malkin
  • Musique : John Barry
  • Distribution : Carlotta Films
  • Tarifs : 20 € (Blu-ray ou DVD) – 28 € (Combo Édition Prestige limitée comprenant un fac-similé du dossier de presse de l’époque, un jeu de 5 photos et une affiche)
  • Durée : 103 minutes
  • Sortie initiale : 10 octobre 1986 (États-Unis) – 7 janvier 1987 (France)

 

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Source: CBO Box office

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