Coffret / Rock Hudson & Doris Day. La trilogie romantique : critique

Publié par Jacques Demange le 23 avril 2021

Résumé : En trois comédies, Doris Day et Rock Hudson ont, à l’orée des années 60, construit un mythe et façonné un imaginaire collectif durable : celui-de la vie américaine en technicolor et en cinémascope, de ses appartements luxueux et de son chic incomparable. Une incarnation tenace du glamour, d’une perfection toujours remise en cause de façon pétillante et irrévérencieuse. Retrouvez ces joyaux nageant dans un politiquement incorrect délectable et portés par une écriture incomparable.

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Coffret Rock Hudson et Doris Day - La trilogie romantique

Coffret Rock Hudson et Doris Day – La trilogie romantique

Confidences sur l’oreiller (Michael Gordon, 1959), Un pyjama pour deux (Delbert Mann, 1961) et Ne m’envoyez pas de fleurs (Norman Jewison, 1964) composent une trilogie placée sous le signe de la représentation. Il n’est en ce sens pas anodin que le premier film s’ouvre sur un split-screen, technique qui se présentera comme la forme matricielle des trois productions, et qui affirme le paradoxe inhérent à la dramaturgie de cet ensemble. À la fois réunis et séparés, les personnages de Rock Hudson et Doris Day s’attirent autant qu’ils se repoussent. Le procédé est certes classique dans le cadre de la comédie romantique mais permet ici d’ouvrir la voie à un ensemble d’éléments dont la manifestation à l’écran relève d’abord d’une stratégie du lapsus. Confidences sur l’oreille, qui se présente comme le meilleur des trois, ne cesse ainsi d’entretenir un trouble sur ce que l’on voit, ce que l’on entend et ce que l’on sait, ou plutôt ce que l’on croit savoir. Le jeu de dédoublement orchestré par Hudson (et repris sur un mode mineur dans Un pyjama pour deux) affirme la prédominance de la feinte dans l’organisation du jeu amoureux. Le charme exercé par ce Don Juan impénitent se consolide à travers sa maîtrise du faux-semblant qui fait écho aux principes de la mise en scène de Gordon. La division de l’écran se présente comme une caution qui favorise une proximité érotique que la censure de l’époque n’aurait pu tolérer. La séquence du bain que partage sans en avoir l’air les deux acteurs est bien connue, mais il faut lui ajouter le recours à certains procédés moins tape à l’œil. Ainsi du hors-champ ponctuellement employé dans les deux premiers films et qui s’inscrit dans la tradition de la comédie sophistiquée de Lubitsch.

 

Confidences sur loreiller Rock Hudson et Doris Day

Confidences sur l’oreiller (Pillow talk) avec Rock Hudson et Doris Day

 

Dans cet univers new-yorkais artificiel, l’aspect édulcoré, parfaitement restitué par la restauration proposée par Elephant Films, affirme la prédominance du factice. Le désir sort alors de son sommeil. Non pas le désir pur des amants romantiques, mais celui, pulsionnel, qui dérègle les comportements, brave les conventions et la logique.

 

La chose apparaît clairement dans Un pyjama pour deux qui emprunte par moments au nonsense et à l’esprit visuel du cartoon, phénomène caractéristique de la comédie américaine du début des sixties (de Oui ou non avant le mariage ? [David Swift, 1963] à Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines [Ken Annakin, 1965] en passant par La Grande Course autour du monde [Blake Edwards, 1965]). La scène de l’aquarium est sur ce point exemplaire, l’image des poissons ajoutée en post-production révélant le sous-texte du dialogue, l’animalité et la tension sexuelle qui anime les (d)ébats habillés des deux protagonistes.

 

Un pyjama pour deux - Rock Hudson et Doris Day

Un pyjama pour deux (Lover come back) avec Rock Hudson et Doris Day

 

Ne m’envoyez pas de fleurs peine de son côté à prolonger cette configuration. Le changement de décennie et la transformation des mœurs ont sans nul doute joué leur rôle dans cette baisse de régime. La représentation se limite à la façade de la maison de banlieue et cesse d’approfondir le sens des images. L’humour prend une valeur plus psychanalytique, plus évidente, moins brillante. Qu’importe, le temps fait son œuvre et permet, a posteriori, d’envisager le film comme la mise en scène d’un mode de vie dont la tranquillité apparente est rongée par l’inquiétude et la pathologie.

 

Le pulsionnel se transforme alors en une crise nerveuse qui explose par à coups et dont les retentissements marqueront certaines des plus brillantes comédies des décennies à venir (on songe notamment au Prisonnier de la seconde avenue [1975] de Melvin Frank). L’aliénation sous-tendue par Confidences sur l’oreiller et Un pyjama pour deux prend une forme littérale qui s’enrichit incidemment d’une charge critique dont on perçoit aujourd’hui toute la pertinence sociologique.

 

Ne menvoyez pas de fleurs avec Rock Hudson et Doris Day

Ne m’envoyez pas de fleurs (Send me no flowers) avec Rock Hudson et Doris Day

 

Ces différentes qualités sont parfaitement relayées par les bonus proposés dans ce coffret. D’abord les présentations et commentaires de Jean-Pierre Dionnet dont l’enthousiasme, toujours aussi contagieux, assure le plaisir pris à la découverte des coulisses de la création. Sa faconde orale se met ainsi au service d’une analyse des caractéristiques audio-visuelles des films, mais aussi de la personnalité des deux vedettes.

 

Cette étude se prolonge d’une bien belle manière à travers le livret rédigé par Denis Rossano, journaliste et romancier (on lui doit notamment le très beau roman Un père sans enfant consacré aux malheurs familiaux de Douglas Sirk). L’auteur recontextualise la production de chacun des films en revenant de façon approfondie sur l’identité et la carrière des cinéastes et collaborateurs de production (décorateurs, producteurs, scénaristes, costumiers…).

 

Coffret Rock Hudson et Doris Day - La trilogie romantique - Elephant Films

Coffret Rock Hudson et Doris Day – La trilogie romantique – Elephant Films

 

À ces considérations historiques s’ajoute un portrait de Doris Day qui permet de réhabiliter le talent de cette actrice-chanteuse et dont les déboires personnels écaillent quelque peu le vernis chaste et vertueux qui s’apposait rapidement sur sa persona cinématographique. Rossano recompose l’image de l’interprète en rappelant la valeur polymorphe de ses capacités dramatiques. Ces accompagnements confirment en définitive tout l’intérêt que l’on doit porter à cette trilogie tout en affirmant l’excellence éditoriale de ce coffret.

 

 

 

  • ROCK HUDSON ET DORIS DAY. LA TRILOGIE ROMANTIQUE
  • Éditions : Coffret 3 Blu-ray + Livret / Coffret 3 DVD + Livret
  • Date de sortie : 20 avril 2021
  • Réalisateurs : Michael Gordon, Delbert Mann et Norman Jewison
  • Avec : Doris Day, Rock Hudson, Tony Randall, Thelma Ritter, Nick Adams, Julia Meade…
  • Scénario : Stanley Shapiro, Maurice Richlin, Paul Henning, Julius J. Epstein
  • Producteurs : Ross Hunter, Martin Melcher, Stanley Shapiro, Harry Keller
  • Photographie : Arthur E. Arling, Daniel L. Fapp
  • Montage : Milton Carruth, Marjorie Fowler, J. Terry Williams
  • Musique : Frank De Vol
  • Distribution : Elephant Films
  • Durée : 297 minutes
  • Sortie initiale : 7 octobre 1959 – 20 décembre 1961 – 14 octobre 1964
  • Tarif : 50,99 €

 

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