Minisérie / Signé Satyajit Ray : critique

Publié par Jacques Demange le 2 juillet 2021

Synopsis : De la satire au thriller psychologique, cette série porte à l’écran quatre nouvelles du célèbre réalisateur, écrivain et compositeur indien Satyajit Ray.

♥♥♥♥

 

Signe Satyajit Ray - affiche

Signé Satyajit Ray – affiche

Dans l’inconscient cinéphile, le nom de Satyajit Ray évoque certains des meilleurs films du patrimoine cinématographique indien (citons, entre autres, La Complainte du sentier [1955], Le Salon de musique [1959], Le Monde d’Apu [1959], La Déesse [1960]…). À l’instar de Pasolini en Italie, la notoriété nationale de Ray est autant tributaire de ses films que de sa production littéraire. Moins connue en France car n’ayant bénéficié d’aucune traduction, celle-ci s’offre à nous par le biais de cette minisérie d’anthologie qui adapte quatre nouvelles du cinéaste. Produite en Inde, créée par Sayantan Mukherjee et diffusée sur Netflix, Signé Satyajit Ray affirme d’abord un souci de cohérence que l’on retrouve à travers la tonalité plurielle de chacun de ses épisodes. Associant souvent avec bonheur une atmosphère de malaise, un goût pour l’absurde et un discours aux accents existentiels, la série met en scène quatre récits de solitude. Un homme d’affaires frappé par des problèmes de mémoire, un maquilleur cherchant vengeance à travers ses prothèses et masques de latex, un kleptomane entraîné dans un voyage vers la rédemption, ou un acteur devant affronter ses problèmes d’égo, déclinent les facettes d’une problématique commune. Aux éléments culturels propres à l’Inde (l’importance de la religion et de l’honneur, les rapports de castes…) répond une authentique volonté de toucher à l’universel à travers une focalisation sur l’intériorité fracturée de l’Homme. Chaque récit met ainsi en scène le difficile face à face avec soi-même, opposant l’authentique humilité avec une inexorable mauvaise foi qui accueille moults débordements tragi-comiques.

 

 

La mise en scène se caractérise quant à elle par une certaine froideur pouvant tour à tour servir la force d’un scénario ou au contraire l’amoindrir. Dans « Ne m’oubliez pas », premier épisode de la série, le cérémonial de la réalisation (composition parfaite des plans, mouvements fluides de la caméra) semble parfois entretenir trop de distance avec son sujet pour créer un véritable effet d’empathie. Ce manque est en partie comblé par la suite, les récits s’orientant plus franchement vers l’humour, glaçant ou franc.

 

La confession théâtralisée de « Cleptomanie » ou l’errance cabotine de « L’imposteur » profitent d’une mise en scène réfléchie, intégrant la profondeur de champ et les choix de lumières comme des composantes dramaturgiques à part entière. Clôturant la série, « Sous les projecteurs » s’offre quant à lui comme un pastiche en demi-teinte des productions bollywoodiennes. Appréciable dans sa forme, l’épisode peine à maintenir son intérêt sur la longueur.

 

 

Dans son ensemble, Signé Satyajit Ray prouve donc le bien-fondé de son idée d’origine. Tout en profitant de la singularité propre à l’écriture du réalisateur, la série s’accomplit pleinement à travers sa capacité à soutenir la puissance profuse et parfois disparate de sa narration.

 

 

 

  • SIGNÉ SATYAJIT RAY
  • Diffusion : depuis le 25 juin 2021
  • Plateforme / Chaîne : Netflix
  • Créateur : Sayantan Mukherjee
  • Avec : Manoj Bajpayee, Ali Fazal, Harshvardhan Kapoor, Kay Kay Menon, Radhika Madan, Gajraj Rao, Rajesh Sharma, Bidita Bag, Chandan Roy Sanyal, Raghuvir Yadav, Anindita Bose, Akansha Ranjan Kapoor, Dibyendu Bhattacharya, Moumita Pandit
  • Scénario : Siraj Ahmed, Sayantan Mukherjee, Niren Bhatt (d’après quatre nouvelles de Satyajit Ray)
  • Durée : 4 épisodes de 60 minutes environ

 

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