Minisérie / Dracula (saison 1) : critique

Publié par Garance Lunven le 7 janvier 2020

Synopsis : Transylvanie, Roumanie. 1897. Le Comte Dracula boit du sang tout en dessinant ses futurs projets contre le Londres victorien.

♥♥♥♥♥

 

Dracula - affiche Netflix

Dracula – affiche Netflix

Bien loin des ados vampires glamourisés et du phénomène Twilight, la nouvelle minisérie britannique Dracula offre une relecture brillante de la célèbre légende du comte transylvanien. Énième adaptation du roman de Bram Stoker, cette nouvelle création diffusée sur Netflix ne manquera pas de faire frissonner son public grâce à des dialogues bien sentis, une esthétique soignée et un ton franchement mordant. Du sang neuf, donc, pour un mythe qui n’a cessé de fasciner cinéastes et réalisateur·trice·s depuis des générations. Adapté au moins une fois par décennie sur grand et petit écrans, cette série revient aux origines. 1897, Transylvanie. Un jeune notaire britannique séjourne pour un voyage d’affaires dans un château gothique surplombant les Carpates, sans se douter de la nature maléfique de son hôte, le comte Dracula (Claes Bang). Étonnante aversion pour le soleil et les miroirs, peur bleue des crucifix et pouvoir hypnotique, toutes les caractéristiques de la fiction originale de Bram Stoker sont mises en scène. La série n’hésite pas à embrasser les codes du genre horrifique, quitte à parfois frôler le kitsch. À la manière d’American Horror Story, l’effroi est en permanence doublé d’une dimension satirique et de scènes gores à souhait, sur fond de chair morcelée, bestioles rampantes et hémoglobine. Sans occulter sa portée anxiogène, ce second degré habilement distillé par les créateurs donnent une coloration fantasque à Dracula.

 

Claes Bang - Dracula

Claes Bang – Dracula

 

Que ce soit dans les répliques travaillées avec une ironie intelligente ou la mise en scène grotesque, la série titille sérieusement les zygomatiques. Sans oublier non plus le couvent de nones hongroises que le vampire devra affronter, dont l’une des mères supérieures affirme que « la foi est somnifère pour les enfants et les simples d’esprit ». Pas très catholique.

 

Si les créateurs sont jusqu’ici restés fidèles à la légende initiale, ce personnage prouve qu’ils ont su prendre des libertés pour la moderniser. Ainsi, la Némésis de Dracula, Docteur Van Helsing, se transforme ici en une bonne sœur athée à la langue bien pendue incarnée par Dolly Wells. Ce qui est d’autant plus curieux que, à l’origine, Abraham Van Helsing était un homme de loi avec une foi en Dieu quasi inébranlable sous la plume de Stoker. Mais quoi de plus approprié qu’une religieuse pour botter les fesses d’une créature du Diable qui sursaute à la vue d’un chapelet ? On en vient à se demander comment l’auteur lui-même n’y a pas pensé…

 

Claes Bang - Dracula

Claes Bang – Dracula

 

Ce sont pourtant ces mêmes libertés par rapport à l’œuvre originale qui font rapidement défaut à la série. Si le premier épisode est un régal autant sur le plan visuel que l’intrigue, le soufflé retombe dans le deuxième pour devenir carrément immangeable dans le dernier. L’histoire change de décor en permanence et, bien que l’on conçoive qu’un format d’une heure trente pour chaque épisode nécessite du renouveau,  la narration en devient confuse. Dracula nous fait non seulement voyager entre l’Europe Centrale et la Grande-Bretagne, mais aussi à travers le temps. Car le troisième épisode téléporte le comte à l’époque moderne, saturée par les technologies et néons de clubs branchés. Même si l’on sait que les failles spatio-temporelles et autres voyages dans le temps sont le dada des créateurs Steven Moffat et Mark Gatiss, qui ont participé à l’écriture de plusieurs épisodes de Doctor Who, on doute que le propos soit ici cohérent. Au-delà de briser l’unité visuelle et le charme victorien du début, cette dernière partie crée une rupture dans l’intrigue. Ce rouage scénaristique propre au duo britannique, qui consiste à remettre au goût du jour des personnages littéraires historiques, perd ici en vitesse. Alors même qu’il avait fait le succès de la série Sherlock.

 

Ceci étant dit, l’équipe de choc parvient tout de même à faire décoller l’intrigue grâce à une esthétique gothique irréprochable et à l’aura charismatique des deux personnages principaux. On notera la performance de Claes Bang, ici à contre-emploi par rapport à son rôle dans le film récompensé de la Palme d’Or à Cannes en 2017, The Square. Parodique, drôle et effrayant, le charme de Dracula opère si l’on accepte de se laisser prendre au jeu du chat et de la souris. Un jeu sanglant entre le vampire, la pieuse et le pieux.

 

 

 

  • DRACULA
  • Diffusion : depuis le 4 janvier 2020
  • Chaîne/ Plateforme : Netflix (diffusée sur BBC One)
  • Création et scénario : Mark Gatiss, Steven Moffat
  • Réalisation : Jonny Campbell (1er épisode) ; Damon Thomas (2e épisode); Paul McGuigan (3e épisode)
  • Avec : Claes Bang, Dolly Wells, John Heffernan, Morfydd Clark, Nathan Stewart-Jarrett, Scha Dhawan, Catherine Schell, Jonathan Arris, Tim Ingall, Clive Russell…
  • Durée : 3 épisodes de 1h30

 

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