Livre / La télévision selon Alfred Hitchcock : critique

Publié par Jacques Demange le 23 septembre 2021

Résumé : Hitchcock est le cinéaste le plus étudié, pourtant tout un pan de son œuvre reste largement ignoré : son oeuvre télévisuelle, entendue ici comme l’ensemble de sa production pour la télévision. Le titre indique la perspective adoptée. Il s’agit, d’une part, de cerner le regard que porte Hitchcock sur la télévision ; et, d’autre part, de comprendre comment, à travers cette production intensive, Hitchcock a fait œuvre de télévision : une œuvre inventive et sans équivalent, traversée par la conscience aigüe des potentialités du média, de ses ressources esthétiques comme de sa capacité à réfléchir la réalité de l’époque.

 

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La television selon Alfred Hitchcock

La télévision selon Alfred Hitchcock

Peut-on aujourd’hui prétendre connaître l’œuvre d’Hitchcock sans prendre en compte sa production télévisuelle ? Le présent ouvrage semble répondre par la négative tant la richesse de ses analyses prouvent l’indéniable intérêt que l’on doit porter à l’incursion du cinéaste sur le petit écran. Deux grands axes structurent l’étude de Gilles Delavaud, professeur émérite en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8. D’abord, la figure du réalisateur et comment sa personnalité artistique a su s’adapter et exploiter les potentialités de ce nouveau médium. Ensuite, l’Histoire de la télévision américaine des années 1950 et 1960 dont l’ouvrage propose un état des lieux qui lève le voile sur certains de ses pans les plus méconnus. Généralement considéré comme le grand adversaire du cinéma hollywoodien, Delavaud nous rappelle que les grands studios ne tardèrent pas à produire leurs propres émissions pour le petit écran. La réussite de cette greffe est parfaitement emblématisée par la démarche d’Hitchcock qui profitera de son passage à la télévision pour approfondir certains traits de sa personnalité artistique. En s’attardant plus particulièrement sur les incipit des séries Alfred Hitchcock présente et The Alfred Hitchcock Hour, l’ouvrage souligne la lucidité du réalisateur qui comprit très vite en quoi la familiarité permise par le format télévisuel pouvait servir sa propre renommée. Se mettant lui-même en scène à travers ces petits sketchs introductifs, Hitchcock profite de la force d’attraction du petit écran pour développer une réflexion dont Delavaud décrypte les principaux enjeux.

 

Au-delà du plaisir de l’auto mise en scène, c’est un authentique discours critique sur la télévision que développe le cinéaste. Les questions de la violence et de la censure sont ainsi frontalement abordées par le cinéaste qui n’hésite pas à briser les tabous et conventions de l’industrie culturelle américaine en même temps que les limites de l’écran dont il est à la fois le maître et le prisonnier. S’intéressant au contenu des épisodes, Delavaud remarque que la série n’hésitait pas à aborder des sujets autrement plus sulfureux que la simple représentation d’actions criminelles. La délinquance juvénile, la crise maritale ou l’angoisse diffuse ressentie par le citoyen lambda au milieu de ses congénères confèrent à l’émission une évidente valeur sociologique que l’auteur prolonge à travers d’instructifs développements.

 

Si le cinéma est d’abord affaire de collaborations, la chose est plus vraie encore à la télévision. Il faut alors reconnaître à l’ouvrage sa volonté de mettre en lumière ces figures de l’ombre qui participèrent au succès de la série. D’abord et principalement la scénariste Joan Harrison qui travailla aux côtés d’Hitchcock dès le milieu des années 1930 avant de se faire un nom comme productrice à Hollywood. Dans un brillant chapitre, Delavaud note l’influence exercée par Harrison sur le travail du réalisateur au cinéma comme à la télévision.

 

À travers un retour approfondi sur la trame narrative de certains épisodes, l’auteur perçoit ainsi la présence d’un point de vue féminin qui s’incarne à travers la caractérisation de personnages féminins complexes qui se présentent comme la principale source d’identification du spectateur. C’est alors une relecture de l’œuvre hitchcockienne que se propose d’introduire Delavaud.  Assorti d’un index des films et des émissions, ainsi que d’une large bibliographie, cet ouvrage permet de comprendre comment l’Histoire de la télévision permet d’envisager autrement l’art et la manière des auteurs du grand écran.

 

 

 

  • LA TÉLÉVISION SELON ALFRED HITCHCOCK
  • Auteur : Gilles Delavaud
  • Éditions : Presses universitaires de Rennes
  • Collection : PUR-Cinéma
  • Date de parution : 23 septembre 2021
  • Langues : Français uniquement
  • Format : 277 pages
  • Tarifs : 30 €

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