Peter Bogdanovich nous a quittés à l’âge de 82 ans

Publié par Jacques Demange le 7 janvier 2022
Peter Bogdanovich

Peter Bogdanovich

Peter Bogdanovich fut l’un des enfants terribles du Nouvel Hollywood. Génie précoce qui ne tarda pas à se brûler les ailes, le réalisateur laisse derrière lui une œuvre inégale mais dont les plus beaux titres ont marqué pour toujours la mémoire des cinéphiles.

 

 

 

La Derniere seance

La Dernière séance

Peter Bogdanovich, né en 1939, a d’abord été un cinéphile insatiable, dévorant les films à la manière dont un bibliophile se nourrirait des œuvres des grands maîtres de la littérature.

 

En 1961, alors à peine âgé de 22 ans, il publie sa première monographie consacrée à Orson Welles. Sa plume est pleine de déférence pour celui qu’il considère comme un génie maudit et avec lequel il nouera une amitié solide.

 

Comme son modèle, Bogdanovich est un artiste précoce, intronisé au panthéon des grand noms du Nouvel Hollywood dès son troisième long métrage. Il est vrai que La Dernière séance (1971) impressionne encore par la maturité de son style et de son ton.

 

À travers la description fine de différents personnages, Bogdanovich dressait le portrait d’une jeunesse américaine déjà rattrapée par le crépuscule de ses rêves. Cette douceur amère traversera ses films suivants avec le même bonheur : On s’fait la valise, docteur ? (1972), La Barbe à papa (1973), et encore Jack le Magnifique (1979) qui clôture la décennie dorée des seventies.

 

Mask

Mask

Dès Daisy Miller (1974) pourtant, Bogdanovich semble avoir perdu sa superbe, même si certaines de ses productions ultérieures parviendront encore à convaincre le grand public (Mask [1985]) ou laisseront présager la possibilité d’un retour en grâce (Texasville [1990] et Broadway Therapy [2014], son dernier long métrage de fiction) qui n’adviendra finalement jamais.

 

Qu’importe en définitive, car le cinéaste est resté une figure iconique de la mouvance des Movie Brats. Formé à l’écurie Roger Corman, Bogdanovich s’est d’abord rêvé acteur. C’est sous la direction de son mentor qu’il fait ses premiers pas devant la caméra avec Les Anges sauvages (1966) puis The Trip (1967).

 

Il s’offrira ensuite l’un des rôles principaux de La Cible (1968) où il prend un évident plaisir à donner la réplique à Boris Karloff. En 1997, Noah Baumbach, qu’on peut considérer comme l’un de ses héritiers les plus légitimes, fait appel à ses services pour Highball et Mr. Jealousy. Mais c’est David Chase qui lui permet de faire connaître son visage à une nouvelle génération de (télé)spectateurs en lui offrant le rôle du docteur Elliot Kupfenberg dans la série Les Soprano (1999-2007).

 

À revoir la trajectoire prise par son œuvre, la comparaison avec Orson Welles devient saisissante. Comme celle du réalisateur de Citizen Kane (1941), la carrière de Bogdanovich fut aussi impressionnante que fulgurante. Ses échecs et ses compromissions artistiques n’arrivèrent pourtant jamais à entamer la légende qui restera à jamais attachée à son nom.

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