The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal : critique

Publié par Jacques Demange le 6 janvier 2022

Synopsis : Lors de vacances à la mer en solitaire, Leda est fascinée par une jeune mère et sa fille qu’elle observe sur la plage. Bouleversée par leur relation fusionnelle (ainsi que par leur grande famille bruyante et intimidante), Leda est submergée par la terreur, la confusion et l’intensité de ses souvenirs de maternité précoce.

♥♥♥♥♥

 

The Lost Daughter - affiche

The Lost Daughter – affiche

C’est à une curieuse rencontre que nous convie The Lost Daughter, premier long métrage de l’actrice Maggie Gyllenhaal. En décrivant le séjour d’une professeur d’université (Olivia Colman) sur la plage d’une côte grecque, le film opte pour la multiplicité de trajectoires soudain abandonnées puis reprises et recommencées afin de retranscrire la profondeur d’une impression. C’est à travers cette désorientation apparente que le film assure sa maîtrise. Inspirée par l’écriture de la romancière italienne Elena Ferrante dont elle se propose d’adapter la prose, la mise en scène de Gyllenhaal oscille entre brutalité et douceur pour mieux déconstruire l’apparente quiétude de son atmosphère. À la manière d’une ethnologue, l’héroïne observe la micro-société qui prend forme devant ses yeux, en décrypte les rapports de force et les enjeux, s’y immisce tout en conservant sa distance. Croyant s’élever au-dessus de la tribu familiale dont elle raille les comportements et habitudes, le personnage ne tarde pas à entamer sa chute. Car, au-delà de la frontière sociale, l’expérience du souvenir comble l’écart, rapproche, consolide et détruit à la fois. C’est par l’anecdote que le récit de The Lost Daughter parvient à jouer au niveau de l’allégorique et du symbole. La perte d’une poupée ou la simple chute d’une pomme de pin se constituent comme des événements dont le caractère au semblant aléatoire n’empêchent la production de sens. Car Gyllenhaal s’emploie à les associer ou plutôt à les télescoper pour explorer l’intensité de ces liens souterrains qui tissent le fil de toute existence.

 

The Lost Daughter

Olivia Colman – The Lost Daughter

 

Le passé réapparaît moins qu’il tombe lui aussi, à la manière des gouttes de pluie ou des rayons du soleil, pour se répandre dans les grains du sable friable et pourtant éprouvant de chaleur et lourd d’humidité. C’est ici que le film de Gyllenhaal parvient à nous faire ressentir le goût de l’impression. Ainsi de l’amertume qui se dégage d’une ambivalence, de l’acidité d’une confrontation ou de la douceur d’une rencontre.

 

Cette communication est à la fois assurée par la mise en scène subtile de la réalisatrice et par l’interprétation d’Olivia Colman. Après The Lobster (Yorgos Lanthimos, 2015) et The Father (Florian Zeller, 2020), l’actrice britannique continue d’afficher une impressionnante aptitude à cerner les nuances de ses personnages. Ses nombreux gros plans prennent une valeur directrice, Colman jouant principalement de ses moues pour exprimer la fragilité et l’inquiétude qui foudroient momentanément l’apparente sérénité de son rôle.

 

The Lost Daughter

The Lost Daughter

 

N’ayons pas peur des comparaisons : The Lost Daughter a parfois les allures d’un Mort à Venise helléniste. Le film réveille en même temps qu’il émerveille par la fraîcheur d’un ton aussi réjouissant que revigorant.

 

 

 

  • THE LOST DAUGHTER
  • Diffusion : 31 décembre 2021
  • Chaîne / Plateforme : Netflix
  • Réalisation : Maggie Gyllenhaal
  • Avec : Olivia Colman, Ed Harris, Dakota Johnson, Jessie Buckley, Peter Sarsgaard, Paul Mescal, Oliver Jackson-Cohen, Jack Farthning, Dagmara Dominczyk
  • Scénario : Maggie Gyllenhaal (d’après le roman Poupée volée d’Elena Ferrante)
  • Production : Charles Dorfman, Maggie Gyllenhaal, Osnat Handelsman-Keren, Talia Kleinhendler
  • Photographie : Hélène Louvart
  • Montage : Affonso Gonçalves
  • Musique : Dickon Hinchliffe
  • Décors : Inbal Weinberg
  • Costumes : Edward K. Gibbon
  • Durée : 2 h 01

 

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