Minisérie / Gaslit : critique

Publié par Jacques Demange le 28 avril 2022

Synopsis : une vision moderne du Watergate qui se concentre sur les histoires méconnues et les personnages oubliés du scandale.

♥♥♥♥♥

 

Gaslit - affiche

Gaslit – affiche

Réalisée par Matt Ross (28 Hotel Rooms, Captain Fantastic) et créée par le scénariste Robbie Pickering (qui s’est fait connaître pour son travail d’écriture sur Mr. Robot), Gaslit ne doit pas être considérée comme une énième adaptation de la célèbre enquête journalistique menée par Bob Woodward et Carl Bernstein. En accord avec le podcast « Slow Burn » de Leon Neyfakh dont la minisérie est adaptée, Gaslit nous rappelle la complexité des ramifications de cette affaire et l’implication de certaines personnalités que la légende avait effacées de la mémoire collective. Ainsi de Martha Mitchell (Julia Roberts), épouse de John Mitchell (Sean Penn), procureur général des États-Unis sous l’administration de Richard Nixon, qui n’hésita pas à écorner l’allégeance politique de son mari pour affirmer son opposition à la guerre du Vietnam. L’intelligence de Gaslit est ainsi de s’intéresser au contexte de l’époque et de rappeler la fracture idéologique qui divisa l’Amérique des années 1970. Le scandale du Watergate apparaît alors comme le symptôme de cette division, le symbole le plus frappant d’un pouvoir qui a perdu pied avec la réalité. Sur ce point, l’une des premières séquences de la série montrant John Dean (Dan Stevens), conseiller juridique de la Maison-Blanche, traverser les rues de la capitale dans sa voiture de sport se révèle particulièrement éloquente. Alors que la caméra s’attarde sur les sans-abris arpentant les trottoirs de la ville, Dean essuie les regards réprobateurs de deux jeunes femmes visiblement peu impressionnées par son costume quatre pièces. En quelques plans seulement, Gaslit nous signifie que dans cette Amérique gagnée par la méfiance envers les institutions, l’habit ne fait plus le moine. La série s’emploiera alors à découdre l’étoffe dont étaient faits les héros d’hier.

 

Julia Roberts - Gaslit

Julia Roberts – Gaslit

 

Ainsi de Martha Mitchell dont le maquillage et la coupe artificiels, le sourire crispé et la garde-robe apprêtée dissimulent l’âme d’une militante qui ne tardera pas à s’éveiller. De la même manière, Dean semble évoluer à l’intérieur d’un hiatus temporel, déchiré entre son inclinaison naturel pour les traditions du Parti Républicain et le discours subversif de sa compagne (Betty Gilpin) qui l’incitera à relativiser ses valeurs. Si le récit aménage donc une place de choix aux figures féminines, le versant masculin de la série profite d’une caractérisation tout aussi développée.

 

Au-delà du personnage de Dean, Sean Penn campe un John Mitchell tout à la fois bonhomme et inquiétant. Son lourd maquillage permet à l’acteur d’aménager ses effets, se réfugiant derrière son masque de latex pour valoriser l’éclat lugubre de son regard et renforcer l’ambiguïté de ce vieux briscard de la politique entraîné dans les projets fantasques de G. Gordon Liddy (Shea Whigham), « cerveau » du Watergate et authentique halluciné tout droit sorti d’une dimension parallèle.

 

Sean Penn et Julia Roberts - Gaslit

Sean Penn et Julia Roberts – Gaslit

 

Mêlant la tonalité de la chronique avec celle de la frasque, Gaslit parvient à captiver l’attention du spectateur en accentuant le caractère grotesque de cet événement politique. L’humour se présente ainsi comme une donnée essentielle dans la réussite dramaturgique de la série. Parce que connue de tous, l’affaire du Watergate ne convoquait pas un procès à charge, idée que Pickering a visiblement bien compris, préférant dresser le portrait d’une certaine caste dirigeante définitivement déconnectée de la réalité qui l’entoure.

 

C’est ici que le tragique opère et que cette affaire vieille maintenant de près d’un demi-siècle nous apporte un enseignement précieux pour notre présent et notre avenir. À force de creuser le fossé entre le pouvoir et les préoccupations réelles des citoyens, le pire ne peut qu’advenir. Cette série s’adresse alors principalement aux bons entendeurs et aux esprits alertes qui sans tomber dans le piège des théories complotistes ont conscience que l’énormité fait partie intégrante de l’Histoire politique.

 

 

 

  • GASLIT
  • Diffusion : depuis le 24 avril 2022
  • Chaîne / Plateforme : Starzplay
  • Création : Robbie Pickering
  • Réalisation : Matt Ross
  • Avec : Julia Roberts, Sean Penn, Dan Stevens, Betty Gilpin, Shea Whigham, Darby Camp, Allison Tolman, Nat Faxon, Chris Conner, Carlos Valdes, Nelson Franklin, Adam Ray, Chris Bauer, J. C. MacKenzie, Brian Geraghty, Patton Oswalt
  • Production : Caroline James et Gregg Tilson
  • Scénario : Robbie Pickering, Amelia Gray, Anayat Fakhraie, Sofya Levitsky-Weitz, Max Maduka, Alberto Roldan
  • Photographie : Larkin Seiple
  • Montage : Joe Leonard, Franklin Peterson, Lauren Connelly, Greg Dephoure Goldman
  • Musique : Mac Quayle
  • Décors : Jennifer Likehart
  • Costumes : Susie DeSanto
  • Durée : 7 épisodes de 60 minutes environ

 

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Source: CBO Box office

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