Livre/ Hollywood, la cité des femmes par Antoine Sire : critique

Publié par Jacques Demange le 29 octobre 2016

Résumé :  Hollywood, la cité des femmes est le premier livre à décrire avec précision la trajectoire des femmes qui ont construit le mythe hollywoodien. D’une plume érudite et passionnée, l’auteur évoque plus d’une centaine d’actrices et ouvre sur une nouvelle lecture de l’histoire d’Hollywood, à travers le rôle des femmes.

♥♥♥♥♥

 

Hollywood, la cité des femmes - Antoine Sire

Hollywood, la cité des femmes – Antoine Sire

En 1953, dans leur numéro consacré à la femme au cinéma, les Cahiers du cinéma titraient leur éditorial par une question rhétorique : « Où sont passés les Garbo d’antan ? », avant de décrire ces « divinités muettes » descendues de leur Olympe pour se métamorphoser tragiquement en un « souillon verni, platiné…et dégrafé à la Marilyn Monroe » aboutissant logiquement à une dégradation du mythe et à la disparition de sa métaphysique. Pour radicale que soit cette opinion, celle-ci semble témoigner d’une pensée, ô combien obscurisante, qui continue d’agiter une certaine tendance de la cinéphilie française. C’est dire l’importance de ce monumental essai qui pose un regard à la fois neuf et singulier sur l’histoire du classicisme hollywoodien (1930-1955). Aborder le cinéma par le prisme de la femme relève de la plus cohérente des logiques, semble indiquer Antoine Sire, auteur, acteur et personnalité publique aux multiples talents, dès son introduction. On l’a peut-être oublié, mais la popularisation du divertissement cinématographique participa de l’intérieur aux mouvements d’émancipation de la femme. À l’écran aussi, les choses évoluent. Au fil des années, les stéréotypes s’effacent et les rôles féminins profitent d’une caractérisation psychologique plus fouillée. Si certains types persistent (Mary Pickford en jeune fille pure, Theda Bara en vamp), leur représentation dépasse souvent le schématisme pour aboutir à des images plus contrastées, sinon tempérées.

.

Paradoxe hollywoodien oblige, ce sont souvent des hommes qui seront à l’origine des plus beaux portraits de femmes : Cecil B. DeMille et Erich von Stroheim d’abord, puis George Cukor, Howard Hawks, Frank Capra, Alfred Hitchcock. Là où les gender studies anglo-saxonnes firent de la femme un instrument idéologique mis au service d’une critique appuyée du système hollywoodien, Antoine Sire en fait un objet d’étude particulièrement intéressant, à la fois contextuel, technologique, et esthétique. Des « Cendrillons » socialisées de la Grande Dépression (Jean Arthur, Barbara Stanwyck) aux femmes libérées des women’s pictures (Dorothy Malone, Jane Wyman) de l’après-guerre, en passant par les héroïnes pulsionnelles du film noir (Lauren Bacall, Veronica Lake, Gene Tierney, Lana Turner), l’auteur dresse un panorama très complet de l’histoire états-unienne. Cette évolution rencontre des problématiques plus techniques (l’arrivée du son, de la couleur), idéologiques (jouer avec ou contre le Production Code entré en vigueur en 1934), sociales, mythographiques, voire civilisationnelles (l’immigration, puis l’intégration d’actrices européennes).

.

Vingt chapitres répartis en cinq parties et s’étalant sur quelques 1200 pages, La cité des femmes décrite par Sire prend des allures d’encyclopédie. À travers ses portraits d’actrices, l’auteur entre avec humour dans le détail, décrivant Fay Wray comme la première « scream queen » de l’histoire du cinéma (et dont les talents vocaux ne se limitaient pas à King Kong, loin s’en faut), rappelant le bégaiement rapidement contrôlé de Marion Davies, ou le relooking subi par Greta Garbo à la MGM. La focalisation sur certains classiques en particulier (Sérénade à trois, Duel au soleil, La Comtesse aux pieds nus, entre autres) permet de revenir sur le tournage de films dont l’efficience fut souvent déterminée par la présence de leurs vedettes féminines. L’érudition amoureuse et passionnée dont fait montre l’écriture de Sire rappelle le Kevin Brownlow de La Parade est passée (Institut Lumière/Actes Sud, 2011), les deux auteurs partageant un style concis, n’oubliant jamais l’implication subjective sans pour autant tirer vers les facilités de l’expression emphatique.

.

La mise en page, cosignée par l’Institut Lumière et Actes Sud, associe l’élégance à un souci de clarté. Ouvrage préfacé par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, photographies en noir et blanc qui confinent au sublime, tandis que les annexes s’affirment comme des prolongements essentiels (filmographies et biblographies très complètes, indexes des noms et des œuvres venant assurer la clarté de la lecture). « Si Garbo est entrée dans la légende comme un symbole d’Hollywood, Marlene Dietrich, elle, s’est inscrite dans l’histoire comme une des femmes les plus marquantes du XXe siècle » écrit Sire. Une remarque qui peut être généralisée à l’ensemble des actrices étudiées par l’auteur. Ni divinité ni souillon, ces dernières apparaissent, in fine, comme les figures les plus emblématiques de l’histoire de leur pays.

.

.

.

  • HOLLYWOOD, LA CITÉ DES FEMMES – Histoire des actrices de l’âge d’or d’Hollywood (1930-1955) par Antoine Sire disponible aux éditions Institut Lumière/Actes Sud depuis octobre 2016.
  • 1266 pages
  • 59 €

Commentaires

A la Une

Edgar Wright planche sur l’adaptation d’un roman de science-fiction

Pour son prochain film, le cinéaste et scénariste britannique abordera le genre de la science-fiction en adaptant le roman Set… Lire la suite >>

L’American Film Institute crée son Movie Club ; Steven Spielberg ouvre avec le Magicien d’Oz

L’organisation culturelle à but non lucratif AFI lance le Movie Club en proposant chaque jour un grand classique, complété par… Lire la suite >>

Confinement : La Comédie-Française lance sa web télé

Les amateurs de théâtre ont de quoi se réjouir. La Maison de Molière transporte les planches de la salle Richelieu… Lire la suite >>

Confinement : projections de quartier, programmations virtuelles, le cinéma de proximité subsiste

Des projections nocturnes d’une cour d’immeubles à Lyon aux initiatives de petites salles, le cinéma reste un biais d’échange et… Lire la suite >>

Mad Max : Anya Taylor-Joy pourrait camper la jeune Furiosa

La star des Nouveaux Mutants a été auditionnée pour jouer le rôle de Furiosa dans le prequel racontant la jeunesse… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 LA BONNE EPOUSE 171 000 1 171 000
2 EN AVANT 94 057 2 609 438
3 DE GAULLE 83 266 2 595 179
4 INVISIBLE MAN 59 311 3 620 402
5 RADIOACTIVE 36 738 1 36 738
6 L'APPEL DE LA FORET 34 114 4 1 179 087
7 10 JOURS SANS MAMAN 26 608 4 1 107 557
8 LE CAS RICHARD JEWELL 25 649 4 773 799
9 SONIC LE FILM 24 216 5 2 062 770
10 DARK WATERS 22 173 3 270 545

Source: CBO Box office

Nos Podcasts