L’été. Un lieu de drague pour hommes, caché au bord d’un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux. Franck le sait, mais il veut vivre cette passion.

 

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L'inconnu du Lac affichePrix de la mise en scène de la section Un certain regard au 66e festival de Cannes, le nouveau film d’Alain Guiraudie a fait sensation à juste titre, et pour plusieurs raisons. D’abord pour son sujet, ou plutôt, pour le traitement et l’exploration de son sujet. L’Inconnu du lac s’inscrit bel et bien dans le sillon du Roi de l’évasion (2009), où le réalisateur traitait déjà de l’homosexualité mais à travers l’amitié amoureuse entre un gay et une adolescente. L’approche concerne cette fois-ci un amour-passion évident, et elle s’avère radicale, courageuse et assez efficace. Dans un huit-clos à ciel ouvert que l’on ne quittera plus – une plage isolée dans le Var, entre un lac et une forêt – Le beau Franck (Pierre Deladonchamps) se lie d’amitié et même d’affection avec l’étrange et solitaire Henri (Patrick d’Assumçao), et tombe amoureux du magnifique Michel (Christophe Paou), qui s’avèrera vite dangereux derrière sa silhouette avantageuse. Alain Guiraudie n’y va pas par quatre chemins filmant une grande partie de ses personnages en tenue d’Adam et surtout, dans des scènes de sexe explicites. L’interdiction aux moins de 16 ans se justifie mais il n’y a rien d’ostentatoire pour autant dans le procédé, Guiraudie restant à bonne distance sans se dégonfler et sans vulgarité. Les scènes de drague et de rencontres sexuelles se succèdent ainsi avec une réelle authenticité et non sans humour, meilleure arme pour briser la glace avec le spectateur face à l’érotisme qui parcourt cet Inconnu du lac, avant que ce dernier ne bascule dans l’horreur.

 

L'inconnu du Lac1

 

Grâce à ce recul et ce détachement, sans jugement et sans éloignement, Guiraudie le scénariste évite une rupture trop forte une fois que la scène clé du meurtre lance le suspense qui va se jouer. Le jeu minimaliste des comédiens, tous très investis, compte aussi dans ce glissement progressif de la chronique sociologique teintée d’humour vers la plongée dans l’angoisse. Henri, personnage tout en rondeurs et en bonhomie, apparaît très vite attachant avant de dévoiler une personnalité plus complexe dont il est difficile de savoir non pas ce qu’il veut, mais ce qu’il attend de son nouvel ami. Il devient l’oracle qui annonce le mauvais présage, tempérant la romance très intense de Franck et Michel. Les deux amants, eux, font penser à des dieux grecs, solaires et insondables au milieu de ce conte qui s’apparente à une tragédie antique, avec son unité de lieu, son temps resserré et ses protagonistes qui s’enfoncent irrémédiablement dans l’obscurité.

 

L'inconnu du Lac3

 

Mais c’est à sa mise en scène que Guiraudie, au prix cannois mérité, fascine véritablement, à commencer par la manière dont il filme le fameux lac. Arme de séduction et aimant à plaisirs pour les nageurs naturistes dans un premier temps, le lieu de baignade n’en est que plus effrayant à partir du moment où Michel y noie l’une de ses conquêtes et que Franck, bien que conscient du danger, se laisse gagner par sa passion inconditionnelle et une attirance morbide. Le lac, étincelant sous les étoiles comme sous le soleil, inquiète au même titre que cette forêt sombre bientôt contaminée à son tour par Michel le vampire magnétique. La tension habite ces longs plans fixes sur ce décor naturel, et le vent qui danse dans les arbres lui-même est de mauvais augure. Chaque élément tient donc un rôle dans cette pièce macabre presque théâtrale dans laquelle la plage des amours et des conversations fait office de scène principale alors que tout se joue in fine dans ou depuis les coulisses (la forêt) et dans cette arrière-scène (le lac).

 

L'inconnu du Lac2

 

La séquence du meurtre évoquée plus tôt, en particulier, témoigne du brio de Guiraudie à instaurer mise en abîme et ambiguïté. En quelques minutes, il sonne le glas du cadre utopique présenté jusqu’alors, mais on devine qu’il est trop tard : Franck est déjà épris. Tous les points de vue se rejoignent alors durant ce même plan-séquence filmé en caméra subjective : celui du protagoniste, celui du spectateur et celui du metteur en scène-narrateur. Une sorte d’union sacrée qui se forme autour d’une même attente quant à la suite des événements. Impossible de faire marche arrière dans ce climat mortuaire, mais Franck ne paraîtra jamais plus vivant qu’en assumant ses ébats et ses sentiments. Et pour cause : Guiraudie a avoué s’être souvenu de la phrase de l’écrivain George Bataille durant son travail : « l’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Son Inconnu du lac en offre une grande et belle démonstration, tout en distillant un regard qui, avec relativement peu de mots et d’images, en dit également beaucoup sur l’ennui et la solitude tels qu’il existent aujourd’hui.

 

 

 

L’INCONNU DU LAC écrit et réalisé par Alain Guiraudie en salles le 12 juin 2013 avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick d’Assumçao, Jérôme Chappatte. Directeur de production : Nicolas Leclere. Producteurs délégués : Sylvie Pialat, Benoît Quainon. Post-Production : Toufik Ayadi. Premier assistant réalisateur : Julie Darfeuil. Direction artistique : Roy Genty, François Labarthe, Laurent Lunetta. Photographie : Claire Mathon. Son : Philippe Grivel. Montage son et mixage : Nathalie Vidal. Montage : Jean-Christophe Hym. Distribution : Les Films du Losange. Durée : 1h37. Interdit aux moins de 16 ans.

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