Geronimo de Tony Gatlif: critique

Publié par Didier Flori le 15 octobre 2014

Synopsis : Sud de la France. 
Dans la chaleur du mois d’août, Geronimo, une jeune éducatrice veille à apaiser les tensions entre les jeunes du quartier Saint Pierre. 
Tout bascule quand Nil Terzi, une adolescente d’origine turque s’échappe de son mariage forcé pour retrouver son amoureux, Lucky Molina, un jeune gitan. 
Leur fuite met le feu aux poudres aux deux clans. Lorsque l’affrontement éclate en joutes et battles musicales, Geronimo va tout tenter pour arrêter la folie qui embrase le quartier.

 

♥♥♥♥♥

 

Geronimo de Tony Gatlif - affiche

Geronimo de Tony Gatlif – affiche

Geronimo s’ouvre sur un travelling qui suit la course des personnages principaux, un peu comme le récent MANGE TES MORTS de Jean-Charles Hue (notre critique), tous deux présentés d’ailleurs au dernier festival de Cannes. Mais l’effet est ici doublé, avec d’un côté une mariée en fuite et de l’autre son amant en moto. Leurs directions opposées les destinent à se rejoindre avant de chevaucher ensemble l’engin sur un rock tzigane. Toutes ces courses effrénées semblent nous renvoyer au souvenir de celle mythique de Jean-Pierre Léaud à la fin des 400 Coups, symbole du geste libérateur de la Nouvelle Vague. Et de fait, – à l’instar de Godard, Truffaut ou Chabrol s’opposant aux conventions du cinéma de l’époque -, Tony Gatlif (comme Hue) cherche à construire des espaces alternatifs dans le paysage du Septième Art français. Si Geronimo n’est pas aussi abouti que MANGE TES MORTS, il n’en dégage pas moins un charme singulier s’organisant autour de deux pôles. Il y a d’une part un lyrisme qui donne le ton dès la séquence d’ouverture. Le conflit opposant une famille de turcs et de gitans, variation évidente de celui des Capulets et des Montaigus au cœur de Roméo et Juliette, plonge l’œuvre dans un récit profondément tragique. Et puis il y a une part de réalisme social, portée par l’éducatrice Géronimo (Céline Sallette), qui tente d’apaiser les tensions au sein des quartiers défavorisés servant de cadre à l’action.

 

Geronimo de Tony Gatlif - Les Films du Losange

Geronimo de Tony Gatlif – Les Films du Losange

 

En dépit de l’expérience concrète de Tony Gatlif par rapport à ce milieu dont il est originaire, l’aspect réaliste est sa plus grande faiblesse et peine à convaincre. C’est d’autant plus dommage qu’on a l’impression d’assister à un rendez-vous manqué pour la formidable Céline Sallette, qui tenait enfin un rôle de premier plan. Révélée dans L’Apollonide (2011), elle mène depuis une carrière discrète bien qu’elle ait une présence indéniable. Car Geronimo hésite à mettre en avant à la fois l’actrice et son personnage, lequel aurait pourtant pu servir de point d’ancrage à ce récit, hélas trop brouillon et pour lequel on a du mal à se passionner. La faute en incombe aussi au choix de Gatlif de trop avoir privilégié le travail avec des acteurs non professionnels. Car malheureusement les interprètes surjouent des dialogues qui sonnent faux. Céline Sallette et le sympathique Sergi Lopez, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à faire oublier cette carence de la direction d’acteurs.

 

Celine Sallette dans Geronimo de Tony Gatlif - Les Films du Losange

Celine Sallette dans Geronimo de Tony Gatlif – Les Films du Losange

 

Mais si la partie réaliste ne fonctionne pas frisant par moments même le ridicule, ce manque à gagner n’enlève cependant rien à la réussite de l’aspect lyrique dans lequel Gatlif peut donner libre cours à ses qualités de metteur en scène formaliste. On retient notamment cette séquence d’affrontement de rue entre deux bandes rivales qui évoque une envolée opératique à la Francis Ford Coppola. Les sons combinés des lames de couteaux sur les grillages, des talons des danseurs et des mains qui viennent frapper les corps forment une musique au rythme endiablé. On assiste ensuite fascinés à un battle de danses aux acrobaties spectaculaires où le choix des interprètes trouve sa véritable justification dans leurs performances chorégraphiques. Gatlif stimule aussi l’imagination du spectateur en emmenant parfois Geronimo vers le fantastique, notamment lors d’une séquence où la mariée en fuite se retrouve seule dans une maison abandonnée aux prises avec des vents violents résonnant comme des présences fantomatiques. Finalement, les défauts et qualités de ce drame musical se trouvent résumés dans son acte final. Alors que la tension dramatique devrait être à son paroxysme dans un jeu du chat et de la souris, on ne se soucie pas réellement du sort des personnages. Toutefois le décor en ruines des immeubles désertés et recouverts de peintures murales a quelque chose de sublime. Ainsi, à défaut de proposer un ensemble vraiment percutant, la promesse à moitié réalisée de Geronimo aura su au moins nous offrir quelques moments de cinéma et images mémorables…

 

Didier Flori

 

 

  • GERONIMO écrit et réalisé par Tony Gatlif en salles le 15 octobre 2014.
  • Avec : Céline Salette, Rachid Yous, David Murgia, Nailia Harzoune, Vincent Heneine, Adrien Ruiz, Aksel Ustun, Tim Seyfi, Sébastien Houbani, Sergi Lopez…
  • Production : Delphine Mantoulet
  • Photographie : Patrick Ghiringhelli
  • Son : Philippe Welsh
  • Montage : Monique Dartonne
  • Costumes : Catherine Rigault
  • Musique : Delphine Mantoulet, Valentin Dahmani, Tony Gatlif
  • Distribution : Les Films du Losange
  • Durée : 1h45

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