The Riot Club de Lone Scherfig: critique

Publié par Julie Braun le 27 octobre 2014

Synopsis : Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

 

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The Riot Club - affiche

The Riot Club – affiche

Lone Scherfig, la plus british des réalisatrices danoises, nous convie à pénétrer le cercle privé de l’Université d’Oxford dans THE RIOT CLUB. Adapté d’une pièce de théâtre de Laura Wade, POSH, ce drame décrit avec une élégance simple et dans une ambiance feutrée, ce monde dont sont issus certains hauts fonctionnaires de cette monarchie parlementaire. Si Lone Scherfig signe une œuvre sur les classes sociales, l’argent, la réussite et le pouvoir, elle esquisse aussi un récit sur l’apprentissage. Le Riot Club, fictif, né sous la plume de Laura Wade est fondé au 18e siècle après la mort de Lord Riot, jeune noble instruit et libertin. Plusieurs siècles après, ce cercle toujours composé de dix hommes, perdure tout en conservant ses critères : sélection extrême et extrême débauche. Lone Scherfig, qui nous plonge dans un univers uniquement masculin, s’intéresse aux personnages et à leur expression. THE RIOT CLUB est une succession de rites de passages, comme si ces jeunes se forçaient eux-mêmes à pénétrer l’âge adulte. Ils n’ont pas de repères et le film l’illustre par l’absence quasi-totale des parents. Harry Villiers (Douglas Booth), jeune homme promis à l’héritage de la fortune familiale. Dimitri Mitropoulos (Ben Schnetzer), fils d’un armateur grec, nouveau riche. Hugo Fraser-Tyrwhitt (Sam Reid), très aristocrate, issu de la noblesse déchue, désargenté et très attaché au club. Seuls huit membres font partie de ce cercle dès l’ouverture, ils doivent alors proposer des candidats, du sang neuf. Deux nouveaux étudiants sont introduits après une succession de ridicules rites de passage, de boycotts caricaturaux et surannés. Miles et Alistair sont diamétralement opposés et le conflit opère rapidement. Miles (Max Irons, fils de Jeremy Irons), comparable au personnage féminin joué par Carey Mulligan dans Une éducation de Lone Scherfig, est un jeune homme jovial, sensible qui s’interroge sur ses idéaux. Ce parcours initiatique va le faire grandir, avec tout ce que cela suppose de désillusions. Tout comme Alistair (Sam Claflin) qui lui est froid, calculateur et totalement en manque de repères.

 

Max Irons et Natalie Domer dans The Riot Club de Lone Scherfig

Max Irons et Natalie Domer dans The Riot Club de Lone Scherfig

 

Mais c’est aussi dans cet univers masculin, où les symboles phalliques du pouvoir et de l’argent n’ont jamais été si ostensiblement montrés, que les personnages féminins, bien que secondaires, prennent une place très importante. Elles sont censées représenter le sexe faible. Inconstantes, elles sont tantôt prostituées tantôt petites amies reléguées et désavouées. Pourtant dans ce monde d’hommes inconséquents, débauchés et en quête d’identité, ce sont des femmes fortes et mesurées qui savent qui elles sont. N’existant pas dans la pièce de Laura Wade, elles ont été rajoutées dans le scénario. Par leur présence subtile et éphémère, elles font prendre toute la mesure de la faiblesse du sexe dit fort. Crescendo, Subito. THE RIOT CLUB est comme une musique, un opéra en trois actes. On commence légèrement sur une musique douce de rires et d’insouciance lorsqu’on voit le cercle se réunir pour la première fois dans cette université d’Oxford, remplie d’étudiants assoiffés de savoir et d’alcool. Le rythme se fait plus enlevé lors de la soirée dans un pub tenu par un père dont la fille l’aide au service. La violence s’immisce pas à pas, l’alcool coule à flots, la cocaïne passe de main en main et envenime les discours, insinuant des tourments d’adolescents qui ne se sentent à leur place nulle part. L’image de ce père et de sa fille, dont la relation simple montre un amour inconditionnel, énerve cette élite devenue des orphelins ne possédant de leurs parents que leur titre, héritage matériel. L’œuvre deLone Scherfig bascule dès lors dans le thriller social.

 

The Riot Club de Lone Scherfig

The Riot Club de Lone Scherfig

 

Le Riot Club, c’est la photo prise avant cette soirée dans ce lieu de la campagne anglaise, loin d’Oxford, comme s’ils voulaient se cacher, échapper à leur univers le temps d’un instant. Mais leurs conditions sociales les rattrape. Ils sont enfermés dans ce carcan de castes sans jamais parvenir à se défaire de leurs démons. Ils ne sont rien sans l’argent et tout se paie pour eux : les gens, l’amour, le sexe, la drogue. Le matériel et l’immatériel cohabitent dans leur esprit sans jamais faire la différence. Lone Scherfig a su ainsi dépeindre une jeunesse brillante et décadente avec un regard jamais malveillant, ni manichéisme. C’est ce qu’on peut aussi lui reprocher, d’être trop lisse et caricaturale. Elle donne à cette troupe d’acteurs britanniques la liberté de nous guider vers ce monde brutal, obsolète, surréaliste des hautes sphères anglaises. La scène un peu longue de ce dîner annuel de débauche, nous fige dans un univers comme pour nous en tatouer les us et coutumes. On peut aller voir THE RIOT CLUB pour la beauté des pierres universitaires mais on peut aussi le voir pour se rappeler que ces pratiques ancestrales perdurent et que l’argent sera toujours loin de faire le bonheur.

 

 

Julie Braun

 

>> LIRE NOTRE INTERVIEW AVEC LONE SCHERFIG SUR THE RIOT CLUB <<

 

 

  • THE RIOT CLUB de Lone Scherfig en salles le 31 Décembre 2014.
  • Avec : Max Irons, Sam Claflin, Jessica Brown Findlay, Douglas Booth, Holliday Grainger, Natalie Dormer, Sam Reid, Ben Schnetzer, Tom Hollander, Tony Way, Freddie Fox, Olly Alexander, Matthew Beard, Amanda Fairbank-Hynes, Xavier Atkins….
  • Scénario : Laura Wade d’après sa propre pièce de théâtre, POSH.
  • Production : Graham Broadbent, Peter Czernin
  • Photographie : Sebastian Blenkov
  • Décors : Barbara Herman-Shelding
  • Costumes : Steven Noble
  • Montage : Jake Roberts
  • Musique : Kasper Winding
  • Distribution : Paramount
  • Durée : 1h47

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