Palmarès du 25e festival du film britannique de Dinard

Publié par Guillaume Ménard le 19 octobre 2014
The Goob de Guy Myhil - Hitchcock d'or au festival du film britannique de Dinard

The Goob de Guy Myhil – Hitchcock d’or au festival du film britannique de Dinard

Pour cette 25e édition, le festival du Film Britannique de Dinard a établi une programmation intéressante et osée, mettant de côté son humour si reconnaissable, au regard de certaines œuvres dont le caractère sombre a choqué nombre de spectateurs.

 

 

 

25e fesitval britannique de Dinard - affiche

25e fesitval britannique de Dinard – affiche

Depuis sa première édition, le festival du film britannique de Dinard a conservé cette tradition de la violence cinématographique, indissociable du réalisme social britannique. Il a, en effet, révélé nombre d’oeuvres dont Shallow Grave de Danny Boyle, Bloody Sunday de Paul Greengrass, Dead Man’s Shoes de Shane Meadows, London to Brighton de Paul Andrew Williams ou encore Tyrannosaur de Paddy Considine. Au cours de cette 25e édition, présidée par Catherine Deneuve du 8 au 12 octobre 2014, les découvertes se sont enchaînées avec quelques déceptions, d’agréables surprises mais aussi de petits chefs d’œuvre.

 

Les festivités ont débuté avec Sunshine On Leith de Dexter Fletcher, comédie musicale sympathique reprenant les tubes du groupe The Proclaimers, avec un Peter Mullan qu’on voit rarement aussi bienveillant. Si le film a eu le mérite d’afficher un sourire communicatif chez les festivaliers, son sous-texte sur le retour de militaires dans leur Ecosse natale annonçait implicitement une certaine noirceur pour la suite de la programmation. Ainsi, le prix suprême, le Hitchcock d’Or, a été attribué pour le premier long métrage, The Goob de Guy Myhill. Ce drame familial et intimiste situé dans un cottage anglais s’intéresse à un adolescent errant entre ses amis et sa mère sous le joug d’un homme peu fréquentable. Sa rencontre avec Eva le décide à sortir de son microcosme social. Si le récit n’invente rien renvoyant au cinéma de Ken Loach, spécifiquement à Kes pour son aspect lyrique et poétique et à Sweet Sixteen pour sa violence et l’attachement à la figure matriarcale, l’œuvre va à contre-courant des conventions du genre.

 

Frank - affiche

Frank – affiche

Parmi les autres œuvres en compétition, on retient Frank (à l’affiche le 4 février 2015) de Leonard Abrahamson, réalisateur de Adam and Paul et de What Richard Did, qui a crée la surprise en exhibant un ovni cinématographique. On y suit Jon (Domhnall Gleeson), jeune musicien qui, par un concours de circonstances, rejoint un groupe de musique (très) indépendant dont le fondateur est coiffé d’une fausse tête démesurée. La dimension bizarre et décalée en fait une œuvre vraiment barrée qui fascine autant qu’elle émeut avec une bande son expérimentale. Michael Fassbender dans le rôle-titre, Maggie Gyllenhall en musicienne psychotique et Scott McNairy en dépressif contribuent à cette fanfare complètement loufoque qui a reçu naturellement la Mention Spéciale pour la direction artistique.

 

Le prix du public a été décerné à 71 (en salles le 5 novembre 2014), récit d’un soldat anglais traqué par l’IRA en plein Belfast. Interprété avec brio par Jack O’Connell, vu récemment dans Starred Up, son personnage offre une vision qui nuance cette part de l’histoire anglaise complexe. La question de l’indépendance trouve ici un autre écho et se focalise sur une dimension humaine qui prend à la gorge permettant au premier long métrage de Yann Demange de remporter le prix du Public, tant la mise en scène est impressionnante de justesse.

 

Catch me Daddy

Catch me Daddy

La véritable claque sonore et visuelle a été donnée par la première œuvre hallucinante de Daniel Wolfe, Catch Me Daddy. Pendant près de deux heures, on suit Laïla (première performance de Sameena Jabeen Ahmed), jeune pakistanaise, traquée par son frère et une cohorte d’homme de mains envoyés par son père, pour la faire revenir – et retenir – au domicile familial. Le drame est sans concession, n’épargne rien ni personne et prend rapidement la forme d’un thriller qui se démarque par sa neutralité dans la mise en scène. La caméra expose sans jamais juger et nous renvoie les faits au travers d’une photographie magnifique qui lui vaut d’ailleurs le Prix de l’Image. Catch me Daddy repart également avec un second prix, et non des moindres, celui du scénario largement mérité. L’une des plus grandes déceptions, The Riot Club (en salles le 31 décembre 2014) de Lone Scherfig, réalisatrice du très bon Une Education, nous présente ici un drame plus prétentieux dont les allures empruntent à Orange Mécanique. Le propos qui se veut dénonciateur des clubs universitaires pousse ici deux jeunes à découvrir la violence frontale de la bourgeoisie d’Oxford. Au final, un résultat réchauffé et sans saveur, qui redéfinit l’outrance et l’exagération.

 

Asa Butterflied

Asa Butterflied dans X+Y

Du côté des œuvres présentées hors compétition, on retient Une belle fin (en salles le 21 janvier 2015) de Uberto Pasolini, une comédie acide sur un Londonien dont le métier consiste à retrouver les membres de la famille de personnes défuntes mais qui finit malheureusement par toujours s’occuper de leur rendre hommage… seul. Eddie Marsan excelle dans ce rôle à double tranchant, entre rires et émotion grâce à un scénario bien ficelé. Puis aussi l’acerbe Keeping Rosy aux accents hitchcockiens, qui présente une nouvelle facette de l’actrice Maxine Peake, destinée d’habitude à des rôles moins extrêmes. Il est question d’une femme ambitieuse dont le licenciement lui fait commettre l’irréparable. Hilarant et pernicieux, le film enchaîne les aberrations de notre personnage dont la descente aux enfers crée un décalage avec la mise en scène perverse de son réalisateur Steve Reeves. X+Y se démarque totalement en se concentrant sur un adolescent dont les aptitudes aux mathématiques lui offrent une opportunité qui pourrait changer sa vie. Loin des archétypes dramatiques, ce drame intimistefait écho à Un homme d’Exception de Ron Howard. Le récit s’intéresse en effet à la dualité des jeunes génies, entre affirmation de leur talent et l’envie de s’émanciper en appliquant les principes d’Epicure plutôt que ceux de Pythagore. Le jeune Asa Butterfield parvient à nous toucher, épaulé par Rafe Spall et Eddie Marsan, assurant un divertissement tout en retenue.

 

Snow in Paradise - affiche

Snow in Paradise – affiche

L’un des films les plus violents du festival s’avère aussi l’un des plus intéressants. Snow In Paradise (à l’affiche le 4 février 2015), présenté au dernier festival de Cannes dans la section Un Certain Regard, suit sur la descente aux enfers d’un jeune homme après son entrée dans le monde de la drogue, régi par des règles qu’il ne va pas respecter. Si ce récit est parfois décousu, ce film coup de poing, au rythme diabolique et musique Jazz, possède un caractère malsain entre les dialogues et la photographie, provoquant un sentiment de claustrophobie. Frederic Schmidt, dans le rôle principal, est troublant de désespoir tandis que Martin Askew est à glacer le sang en petit chef de la pègre locale. Le réalisateur Andrew Hulme signe ici son premier long métrage après avoir ses gammes en tant que monteur sur Control et The American de Anton Corbjin.

 

Après cette virée asphyxiante, on découvre avec enthousiasme le génialissime GOD HELP THE GIRL (à l’affiche le 3 décembre 2014), assurément l’un des meilleurs films hors sélection du festival. Stuart Murdoch, chanteur et compositeur du groupe Belle And Sebastian, fait ses débuts derrière la caméra. C’est en toute logique qu’il s’intéresse à l’univers musical avec Eve (Emily Browning), une jeune fille qui va faire la connaissance d’un jeune musicien pour créer leur groupe. L’œuvre, plongée dans le Glasgow des années 60, étonne par sa fraîcheur et sa mélancolie, et se démarque des teen movies américains formatés. Emily Browning est resplendissante et confirme son statut d’actrice.

 

Ainsi, cette 25e édition du Festival Britannique de Dinard continue résolument dans sa lancée avec une programmation intelligente et sombre qui ne cède jamais au conformisme. Les œuvres étonnent par leur diversité des genres et si l’humour anglais qu’on affectionne n’est pas présent partout, il n’est jamais très loin se faisant davantage cynique dans un monde qui ne l’est pas moins.

 

 

>> RENCONTRE AVEC SUZANNE CLÉMENT, MEMBRE DU JURY DE LA 25E ÉDITION, AUTOUR DE MOMMY <<

 

 

LE PALMARÈS DU FESTIVAL DE DINARD 2014

 

  1. HITCHCOCK D’OR : The Goob de Guy Myhill
  2. MENTION SPÉCIALE pour sa direction artistique : Frank de Leonard Abramson
  3. PRIX DU SCÉNARIO : Catch me Daddy de Daniel Wolfe
  4. PRIX DE L’IMAGE : Catch me Daddy de Daniel Wolfe
  5. PRIX DU PUBLIC : 71, réalisé par Yann Demange
  6. PRIX COUP DE COEUR : Lilting, ou la délicatesse de Hong Khaou
  7. PRIX DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE : The bigger picture de Daisy Jacobs
  8. HITCHCOCK D’OR D’HONNEUR : au réalisateur Michael Radford

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