The Voices de Marjane Satrapi: critique

Publié par Guillaume Ménard le 12 février 2015

Synopsis : Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…

 

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The Voices - affiche francaise

The Voices – affiche francaise

Près de dix ans après son Persépolis, magnifique autobiographie corrosive sur la révolution iranienne, Marjane Satrapi nous offre The Voices, récipiendaire ex-aequo du Prix du Jury et du Prix du Public au 22e festival de Gérardmer. La rupture est clairement assumée depuis Poulet aux Prunes, qui marquait sa seconde collaboration avec Vincent Paronnaud. Après ses adaptations réussies de ces histoires initialement dessinées et le décevant La Bande des Jotas, Satrapi s’attaque ici à la comédie noire pop acidulée, sans cette fois en écrire le scénario. Dans The Voices, on se retrouve plongés dans une spirale colorée d’excentricité entre comédie, horreur et romance. On y suit Jerry (Ryan Reynolds), trentenaire gauche, au passé obscur. Souffrant d’un trouble de la personnalité, il est amoureux de sa collègue de travail, Fiona (Gemma Arterton). La mise en scène de Satrapi orchestre avec brio la bipolarité du héros et du récit. Elle instaure dès l’introduction un véritable code de couleurs. Les uniformes des employés de l’usine de baignoires sont rose bonbon et les vêtements des jeunes femmes de la comptabilité ont des teintes criardes et chaudes. Cette surenchère chamarrée provoque l’hilarité tout en créant une dimension parallèle à la réalité. Tout se confirme dans le propos sous-jacent du film, opposant la vision rêvée et fantasmée de Jerry à celle de la froide réalité.

 

Ryan Renolds, le chat Monsieur Moustache et le chien Bosco dans The Voices de Marjane Satrapi

Ryan Renolds, le chat (Monsieur Moustache) et le chien (Bosco) dans The Voices de Marjane Satrapi

 

Dès la première demi-heure, on bascule dans un thriller teinté d’humour sombre. Ce changement radical est provoqué par Jerry, qui choisit d’arrêter la prise de ses médicaments pour vivre une sublimation de la vie, entre fantasmes et rêves éveillés. Il s’enfonce alors dans une schizophrénie l’amenant à commettre l’irréparable. Les choix du personnage reposent régulièrement sur une lutte intérieure, représentée par des dialogues savoureux et cyniques entre son chien et son chat. En proie à un délire permanent, Jerry croit entendre parler ses animaux domestiques, ces « voix » le poussant à commettre des crimes (celle de son chat génial Monsieur Moustache) ou à les empêcher (son chien Bosco). On rentre ainsi dans une dynamique triangulaire où le maître tente tant bien que mal de choisir sa propre voie.

 

Le rythme est parfaitement cadencé, multipliant les bévues de l’anti-héros dont les réactions outrancières provoquent le rire malgré la gravité des faits. Pourtant, le récit, dans sa dernière partie, s’enferme dans une répétition des situations qui résume l’enjeu du personnage lié à une intrigue horrifique ordinaire. C’est donc un scénario qui présente des limites narratives, dispersant au fur et à mesure l’intérêt du spectateur. Heureusement, la réalisation de Satrapi fait oublier ce défaut, dynamitant à chaque plan les règles du genre, avec des séquences et un découpage incisif très proche de la bande dessinée. Les champs-contrechamps sont diablement efficaces, en particulier ceux concernant Jerry avec sa psychothérapeute (Jacki Weaver) et sa potentielle petite amie Lisa (Anna Kendrick). Les échelles de plans sont aussi tributaires du neuvième art, cloisonnant les personnages dans des espaces confinés, comme la scène où Jerry démembre son premier cadavre et fait rentrer les morceaux dans des tupperwares.

 

The Voices de Marjane Satrapi

The Voices de Marjane Satrapi

 

Le son occupe également une place toute particulière. Ici les sonorités servent la dimension comique qui accentue cette distorsion du réel, comme ces bruitages traduisant le passage du rouge à lèvres dans le département de la comptabilité. La composition musicale d’Olivier Bernet, fidèle collaborateur de Satrapi, est moins inspirée que ses anciennes créations, notamment dans certaines scènes volontairement pathétiques avec Jerry. A l’inverse, les partitions mélodiques fonctionnent à merveille et entraînent l’amusement, particulièrement avec le morceau final.

 

Mais Satrapi excelle surtout dans sa direction d’acteurs. Comme elle l’avait précédemment fait avec Chiara Mastroianni ou encore Edouard Baer, la réalisatrice aime relever les défis en leur offrant des rôles à contre-emploi. Ici, Ryan Reynolds irradie l’écran avec la meilleure performance de sa carrière, maîtrisant autant l’aspect comique que l’émotion. Notons que l’acteur prête également sa voix aux animaux. Gemma Arterton et Anna Kendrick assurent également des prestations convaincantes en dépit de leur faible teneur psychologique entre naïveté et sexualité. Cette vision de la séduction se confronte directement à la souffrance du héros, qui matérialise en sous-texte la peur de la solitude et de la déception. Ainsi, sans révolutionner le genre de la comédie horrifique, The Voices via son final pop incarne bien cette dualité dans un festival de couleurs et de musique, où derrière les sourires apparents se cache une réflexion acide sur l’incommunicabilité d’une société repliée sur ses apparences.

 

 

  • THE VOICES réalisé par Marjane Satrapi en salles le 11 Mars 2015.
  • Avec : Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Stephanie Vogt, Gulliver McGrath, Adi Shankar, Ella Smith, Paul Brightwell…
  • Scénario : Michael R. Perry
  • Production : Roy Lee, Matthew Rodes, Adi Shankar, Spencer Silna, Nicole Barton.
  • Photographie : Maxime Alexandre
  • Montage : Stéphane Roche
  • Costumes : Bettina Helmi
  • Décors : Udo Kramer
  • Musique : Olivier Bernet
  • Distribution : Le Pacte
  • Durée : 1h43

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