Ressortie/ Furyo de Nagisa Oshima: critique

Publié par Thierry Carteret le 16 mars 2015

Synopsis : Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

 

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Furyo - affiche

Furyo – affiche

Ce mois de mars est marqué par une actualité forte autour de David Bowie. À commencer par l’exposition événement qui lui est entièrement consacrée à la Philarmonie de Paris du 3 mars au 31 mai, puis par la ressortie en salles de Furyo en version numérique restaurée 2k absolument splendide. Ce chef-d’œuvre de Nagisa Oshima, décédé en 2013, offrait son plus beau rôle à la rock star britannique aux yeux vairons. Furyo est l’adaptation du livre The Seed and the Sower de Laurens Van Der Post, qui a vécu véritablement l’expérience des camps de prisonniers. Si le film a mis quelques années avant d’aboutir, il a pu voir le jour sur les écrans en 1983, grâce à la pugnacité du producteur Jeremy Thomas. À l’époque de sa sortie, Oshima était auréolé du prestige sulfureux de L’Empire des Sens, drame érotique sado-masochiste qui avait fait sensation, s’accompagnant d’un parfum de scandale lors de sa sélection au festival de Cannes en 1976. Avec Furyo, le cinéaste propose une variation beaucoup moins frontale, mais tout aussi percutante, sur le même thème. Ce film de guerre, également présenté à Cannes, est avant tout une réflexion sur la confrontation de deux cultures et l’affrontement tendu et passionnel entre le prisonnier de guerre anglais, incarné par le magnétique David Bowie, et le capitaine japonais Yonoi, campé par Ryuichi Sakamoto. Ce dernier signe également la bande originale. L’affiche française met d’ailleurs en lumière cette relation. Les deux comédiens et musiciens, côte à côte, deviennent la représentation de leurs univers artistiques à la fois unis et séparés par la lame d’un katana, symbolique d’une liaison entre Eros et Tanathos. Ryuichi Sakamoto livre une partition musicale aussi culte que l’œuvre, avec le score mythique Merry Christmas Mr. Lawrence, son titre original.

 

David Bowie dans Furyo de Nagisa Oshima

David Bowie dans Furyo de Nagisa Oshima

 

Si David Bowie avait refusé à l’époque de signer la musique au profit de son rôle, ses chansons auraient sans doute apporté davantage de sens au choc des cultures. Mais sa performance de Jake Celliers reste bouleversante comme celle remarquable de Tom Conti (le Mr Lawrence du titre). Sa présence étrangement charismatique est aussi pour beaucoup dans la réussite de Furyo. À ce titre, les séquences où ils se donnent la réplique sont parmi les plus belles et poétiques. Ainsi, les flashbacks exprimant les souvenirs de Celliers, enrichissent considérablement la psychologie et la complexité du personnage. Ils donnent une dimension onirique qui contraste avec le quotidien atroce et douloureux des prisonniers britanniques dans le camp japonais. Victimes de brimades, ils sont forcés d’assister à des éxécutions de prisonniers et à des punitions par hara-kiri opérées par leurs ennemis. Ces passages demeurent encore aujourd’hui assez violents et perturbants, bien que le réalisateur joue davantage sur le registre de la suggestion.

 

Ryuichi Sakamoto dans Furyo de Nagisa Oshima

Ryuichi Sakamoto dans Furyo de Nagisa Oshima

 

Dans l’ensemble, la mise en scène de Oshima est rigoureuse et le montage fait lentement glisser l’œuvre vers le drame tragique d’un rapport amoureux impossible. L’être désiré va progressivement prendre l’ascendant sur celui qui tente en vain de le faire plier à sa volonté, jouet d’une lutte constante contre l’attirance et l’admiration. En parallèle se noue une autre relation, d’ordre plus amicale, entre Lawrence et le sergent Hara, joué par un Takeshi Kitano alors débutant mais formidable dans son premier grand film. Au final, le conflit des deux camps laisse place à une plus grande compréhension et à la tolérance entre deux mondes qui ont, entre temps, appris à se connaître. Furyo reste un poème cinématographique déchirant. Une ode à la liberté, à l’amitié et à l’amour que la guerre et ses atrocités ne peuvent anéantir. Le sentiment humain parvient toujours à sortir victorieux de la barbarie. Nagisa Oshima, à qui la Cinémathèque Française consacre une rétrospective exceptionnelle du 4 mars au 2 mai 2015, a livré un chant de paix et d’amour puissant et universel qu’il faut revoir absolument.

 

 

>> NOTRE INTERVIEW AVEC JEREMY THOMAS, PRODUCTEUR DE FURYO <<

 

 

  • Ressortie de FURYO (Merry Christmas, Mr Lawrence) de Nagisa Oshima en salles le 18 mars 2015 en version restaurée 2K.
  • Avec : David Bowie, Ryuichi Sakamoto, Tom Conti, Takeshi Kitano, Yûji Honma, Daisuke Iijima, Hideo Murota, Barry Dorking…
  • Scénario : Paul Mayersberg, Nagisa Oshima
  • Production : Jeremy Thomas
  • Photographie : Toichiro Narushima
  • Montage : Tomoyo Oshima
  • Décors : Shigemasa Toda
  • Costumes : Christine West, Kazuo Matsuda
  • Musique : Ryuichi Sakamoto
  • Distribution : Bac Films
  • Durée : 2h02
  • Date de sortie initiale : 1er juin 1983

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