Pulp de Florian Habicht: critique

Publié par Arnold Petit le 2 avril 2015

Synopsis : Le 8 décembre 2012, le groupe de rock alternatif culte Pulp joue son dernier concert dans sa ville natale de Sheffield, en Angleterre. Le spectateur suit pendant 24 heures le groupe dans son quotidien mais aussi et surtout, les habitants de cette petite ville industrielle autrefois florissante qui s’apprêtent à accueillir le quintette en héros national.

 

♥♥♥♥♥

 

Pulp - affiche

Pulp – affiche

Pulp reste l’un des groupes les plus adorés mais méconnus de la scène brit-pop alors qu’ils ont paradoxalement fondé ce mouvement à la fin des années 70. Bien avant que des grosses pointures comme Oasis et Blur n’en deviennent les fers de lance, la bande atypique du chanteur Jarvis Cocker avait déjà sorti plusieurs albums s’opposant à la scène à plusieurs reprises. C’est sous un angle intimiste mais touchant et énergisant que le réalisateur Florian Habicht (Love Story, 2010) nous présente la musique unique, remuante, sexy et personnelle de ce groupe à nul autre pareil. Original, le documentaire PULP (a film about life, death & supermarkets) s’attarde davantage sur le public que sur les musiciens, en particulier les habitants de leur ville natale, Sheffield. Elle avait été reconnue internationalement dans les années 20 comme étant le berceau de l’industrie moderne, en créant ni plus ni moins la plus grosse entreprise de poutrelles d’acier inoxydable. Suite au déclin de ce revenu massif dans les années 70, en raison d’une sévère et impitoyable concurrence, le chômage grimpa de près de quinze pourcent en quelques mois et la dépression gagna le cœur de ses habitants. Au centre de cette déprime sociale, Pulp est devenu, pour plusieurs âmes perdues, un véritable exutoire. Florian Habicht recueille ici les témoignages et avis de ses fans assidus. C’est en tout cas l’angle d’attaque privilégié par le réalisateur et le chanteur. Ce dernier lui a fait personnellement visiter les lieux, montrés dans ce film, qui ont inspiré les textes sulfureux et authentiques interprétés par le groupe.

 

Jarvis Cocker dans Pulp de Florian Habicht

Jarvis Cocker dans Pulp de Florian Habicht

 

Les plus cinéphiles se souviendront que l’action de The Full Monty de Peter Cattaneo (1997) se passe à Sheffield et suit une troupe d’ouvriers au chômage reconverti en strip-teaseurs. Rien d’étonnant alors que le morceau Deep Fried in Kelvin de Pulp soit l’un des titres de la bande originale. Car si les habitants de la ville ne se sont pas tous laissés aller à ce choix de carrière pour pallier la crise économique, l’exubérance sexuelle et l’élégance naturelle de la musique de Pulp semble avoir agi comme un catalyseur pour nombre d’entre eux. D’une vieille femme mélomane à un travesti isolé, en passant par un gardien de kiosque à journaux et un groupe de jeunes groupies féminines, Pulp reste sur les lèvres de tout le monde à Sheffield. Le documentaire nous livre ainsi avec tendresse leurs impressions, anecdotes et légère mélancolie à l’idée de la séparation – scénique en tout cas – de leurs idoles.

 

Pulp de Florian Habicht

Pulp de Florian Habicht

 

L’usage du hit iconique Common People illustre à merveille ce choix assumé de Florian Habicht. Pulp se focalise plus volontiers sur les gens du commun que sur la starification de ce groupe complexe, mené de main de maître par le chanteur de 52 ans, toujours apte à faire hurler les fans de tout bord, âge et sexe. Avec sa maigreur et ses grandes lunettes, cette personnalité forte, décalée et magnétique aurait très bien pu figurer en tant que fer de lance du look hipster. Tel un Woody Allen saturnien, Cocker se livre avec autant d’intensité que ses musiciens sur cette magique expérience, sans jamais tirer la couverture à lui. Un dandy qu’on espère pourtant comme celui détenant les innombrables réponses qu’un fan cherchera. Mais ce n’est point dans ce documentaire qu’il les trouvera. Cocker nous conte avec brio comment il est devenu un contre produit de la culture de supermarché et comment la présence de la mort l’obsède dans son quotidien. Fil rouge du récit, Cocker agit comme un GPS qui nous dirige au coeur des lieux le plus emblématiques du quotidien de Sheffield. La pudeur – déguisée, comme il le formule – du chanteur rappelle celle du crooner Nick Cave dans le documentaire 20 000 JOURS SUR TERRE (notre critique).

 

Pulp de Florian Habicht

Pulp de Florian Habicht

 

Quid de la musique dans tout ça ? On navigue ici de façon équilibrée entre séquences interviewées, petits sketchs scénarisés et grands moments de live. Les exactions de Cocker sur scène répondent à une adolescente folle de lui, avant que la caméra ne se concentre sur des enfants réagissant à chaud à une chanson du groupe avec la promesse de figurer dans le film. Une intégrité artistique et filmique qui permet de voguer entre plusieurs points de vue et univers afin d’accrocher à la fois le plus réticent spectateur et le plus profane des mélomanes. Pulp serait-il alors l’ultime témoignage d’une certaine forme de rock ? Le documentaire de Florian Habicht oscille entre vie, mort et supermarchés pour nous offrir l’une des tentatives les plus intenses et touchantes. Il nous prouve que, malgré la disparition apparente de Pulp, l’esprit du rock alternatif est bien loin d’être moribond se créant pour toujours dans des esprits subversifs et sincères et dans l’anormalité de la normalité.

 

 

 

  • PULP (a film about life, death & supermarkets) de Florian Habicht en salles le 1er avril 2015.
  • Avec : Nick Banks, Jarvis Cocker, Candida Doyle, Richard Hawley, Steve Mackey, Mark Webber et les habitants de Sheffield.
  • Scénario : Florian Habicht et Peter O’Donaghue d’après un concept de Florian Habicht et Jarvis Cocker.
  • Production : Alex Boden et Florian Habicht
  • Photographie : Maria Ines Manchego.
  • Montage : Peter O’Donaghue.
  • Musique : Pulp
  • Distribution : ZED
  • Durée : 1h30

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