Sur La Ligne de Andrea Sedláčková: critique

Publié par Olivier H. Gamas le 6 juillet 2015

Synopsis : Tchécoslovaquie années 80, Anna, jeune et talentueuse sprinteuse sélectionnée dans l’équipe nationale, s’entraine pour la qualification aux Jeux Olympiques. Ses entraineurs lui administrent à son insu des stéroïdes anabolisants. Ses performances s’améliorent spectaculairement mais après un malaise lors de l’entrainement, elle apprend la vérité. Anna décide de poursuivre l’entrainement sans dopants, au risque de ne plus être à niveau, ce qui inquiète sa mère qui voit dans cette qualification l’opportunité pour sa fille de passer derrière le rideau de fer. Après que la jeune sportive finisse dernière lors d’une course, sa mère informe le coach qu’elle ne prend plus de stéroïdes. Ils décident ensemble de lui en injecter secrètement, sous prétexte de lui administrer de simples vitamines…

 

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Sur La Ligne (Fair Play) - affiche

Sur La Ligne (Fair Play) – affiche

Sur La Ligne saisit les enjeux sportifs sous le communisme tchécoslovaque des années 80. Andrea Sedláčková, la monteuse nommée aux César pour son travail sur Welcome de Philippe Lioret, revient cette fois derrière la caméra pour cette œuvre politique tout en retenue. Les proches d’Anna voient en elle une championne potentielle, mais pas sans la Stromba, une substance dopante qu’ils vont jusqu’à lui injecter à son insu. Pour son entraîneur et les cadres du comité, il s’agit de faire triompher le socialisme tchèque. Pour sa mère, le succès permettrait de passer à l’ouest. La réalisatrice prend le parti d’une approche esthétique sobre afin de rendre l’atmosphère viciée du quotidien de l’époque où les perspectives d’avenir sont réglées par un socialisme tout puissant. L’austérité de la photographie, des décors, des costumes et de la direction d’acteurs évoque la situation historique qui emprisonne les êtres. Pour eux, le sport n’est qu’un outil politique, véritable tragédie pour Anna, interprétée avec candeur par Judit Bardos. La photographie soignée dans des nuances de bleu désaturées souligne la vie terne des protagonistes. Mais des couleurs plus chaleureuses apparaissent dès lors qu’Anna se met à courir, seuls moments de liberté malgré les difficultés de l’entraînement. Cette volonté d’exprimer l’asphyxie par des teintes grisées est contrebalancée par une utilisation plutôt douce de la lumière qui met en tension les enjeux du parcours d’Anna, entre dureté et passion. Elle ne s’épanouie jamais complètement, bien que l’athlétisme soit son élément. Tout ce paradoxe est ainsi intelligemment mis en exergue à travers la photographie. Un aspect également souligné par une musique fluide et discrète, tantôt inquiétante, et parfois enlevée, qui vient illustrer l’ambivalence d’Anna.

 

Judit Bardos dans Sur La Ligne

Judit Bardos dans Sur La Ligne

 

Sur la Ligne reprend la thématique du sport comme prison, une constante du genre. Dès lors, la pression monte sur la jeune fille qui doit faire face à ses proches et notamment à sa mère. La relation entre les personnages, autour et avec la sprinteuse, devient rapidement le moteur narratif. Anna est un personnage endormi que les évènements réveillent, une allégorie de la fin du communisme, à l’heure de son effondrement à venir. Cette approche intéressante génère néanmoins des difficultés de scénario. La réalisatrice appuie trop sur l’innocence du personnage qui finit par apparaître d’une naïveté pas toujours compréhensible : Anna signe un contrat de confidentialité précédant les injections de Stromba mais ne comprend pas qu’il s’agit de dopage, et lorsqu’il est question par la suite de lui injecter des vitamines, elle ne saisit toujours pas.

 

Judit Bardos dans Sur La Ligne

Judit Bardos dans Sur La Ligne

 

Reste un propos tout à fait maîtrisé et une peinture politique efficace de la Tchécoslovaquie communiste, qui préfère souligner l’atmosphère d’un quotidien et ses conséquences sociales plutôt que de sombrer dans une approche didactique. La direction d’acteurs tient pour beaucoup dans cette efficacité de fond. Car la mise en scène, souvent en retrait, reste quelque peu anecdotique, en dépit d’une gestion des cadres et d’un découpage efficaces. La réussite globale de Sur La Ligne émane aussi dans la capacité de la réalisatrice à éviter les écueils du film de sport. Anna combat davantage ses proches et le contexte historique plutôt que son rapport personnel à l’athlétisme. Pour Andrea Sedláčková et le spectateur, le sport devient alors un prétexte, comme pour les protagonistes qui, derrière les enjeux politiques, ne s’y intéressent jamais vraiment. Un angle original et salvateur, qui met en lumière un contexte, une époque et une société.

 

 

Olivier H. Gamas

 

 

  • SUR LA LIGNE (Fair Play) écrit et réalisé par Andrea Sedláčková en salles le 5 août 2015
  • Avec : Judit Bardos, Anna Geislerová, Vlastina Svátková, Eva Josefíková…
  • Production : Undine Filter, Pavel Strnad, Katerina Cerna, Silvia Strnad
  • Photographie : Baset Jan Střitežskŷ
  • Montage : Jakub Hejna
  • Décors : Viera Dandova, Petr Fort
  • Costumes : Simona Rybáková
  • Musique : David Solař, Miro Žbirka
  • Distribution : Zylo
  • Durée : 1h40


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