Sortie VOD/ Half of a Yellow Sun de Biyi Bandele: critique

Publié par Laurianne de Casanove le 10 octobre 2015

Synopsis : Après avoir brillamment terminé leurs études en Angleterre, Olanna et Kainene, deux sœurs jumelles, retournent au Nigéria, leur pays d’origine. Très vite, leurs chemins se séparent. Olanna devient professeure de sociologie et part rejoindre Odenigbo, son amant, dans le nord du pays. Kainene, quant à elle, doit désormais s’occuper de l’entreprise de son père. Femme d’affaire déterminée et indépendante, elle finit par s’éprendre de Richard, un écrivain anglais. Bientôt la vie des deux jeunes femmes bascule. Après la création de la république du Biafra, la guerre civile déchire le pays.

 

♥♥♥♥♥

 

Half of a Yellow Sun - affiche

Half of a Yellow Sun – affiche

Tiré du bestseller éponyme de l’auteure nigériane Chimamanda Ngozie Adichie, Half of a Yellow Sun dépeint les déboires sentimentaux de deux sœurs sur fond de guerre civile. La moitié de soleil annoncé dans le titre est celle qui orne le drapeau du Biafra. Un soleil éphémère, souvenir de ce pays qui, après avoir fait sécession avec le Nigéria, fut ravagé par la guerre et la famine de 1967 à 1970. Half of a Yellow Sun est un joli film. Joli, pas vraiment beau. Malgré un casting prometteur, Chiwetel Ejiofor (Twelve Years a Slave) et Thandie Newton (Mission : Impossible 2), ce drame historique manque de souffle. Le problème émane d’abord de son actrice principale. Dans le rôle d’Olanna, l’une des deux sœurs, Newton parvient rarement à nous émouvoir. Son jeu est à l’image de son parfait accent anglais, froid et appliqué, représentant ici le symbole de son éducation et de sa classe sociale. Hélas, rien ne transparaît sur son si beau visage et on peine souvent à compatir. Face à elle, trois hommes, Ejiofor (Odenigbo), Joseph Mawle (Richard) et John Boyega (Ugwu). Un trio de comédiens dont l’interprétation sensible et intelligente redonne une certaine profondeur au récit. On peut d’ailleurs regretter que ce dernier, jeune domestique analphabète d’Olanna, n’ait pas davantage de place dans l’histoire. Ce choix aurait sans doute apporté une autre dimension, car tel le choryphée d’une tragédie antique, il nous montre du doigt ce qu’il faut regarder.

 

Half of a Yellow SunHalf of a Yellow SunHalf of a Yellow SunHalf of a Yellow Sun

 

L’autre défaut de Half of a Yellow Sun provient de la mise en scène souvent décousue, voire rompue par différents rythmes. La première partie se déroule dans la maison d’Odenigbo et à la façon dont Biyi Bandele filme l’intimité du couple, on comprend qu’il vient du théâtre. Beaucoup trop de plans fixes. La caméra reste immobile tel un œil indiscret, les mots gagnent en puissance et les décors deviennent caisses de résonance, mais l’ennui point et l’on appréhende le déroulement de l’histoire du Nigéria où l’on voit germer les graines de la violence interethnique. Cependant, cette seconde moitié étonne et redonne de l’élan. La guerre fait intrusion dans le récit. Les plans raccourcissent, le montage s’accélère. Le chaos, qui s’empare soudain du pays, est capturé avec une redoutable efficacité. La musique de Ben Onono et Paul Thomson est ici particulièrement bien employée. Son rythme sec, tel un homme qui halète, augmente l’intensité dramatique du moment.

 

Malheureusement, l’action se disperse à nouveau et le tempo perd de son intensité. Half of a Yellow Sun souffre de manques, comme des plans d’ensemble qui auraient permis une meilleure respiration. On a dès lors du mal à saisir l’ampleur du drame. Plusieurs événements (la famine) sont balayés d’un revers de main et ce qu’il advient de certains protagonistes est rapidement éludé. Loin de dynamiser le récit, ces ellipses empêchent de véritablement se plonger dans l’histoire et de s’attacher aux personnages. Au final, tout l’intérêt se rattache à sa dimension historique. La guerre du Biafra n’avait encore jamais été évoquée au cinéma. Or, aujourd’hui encore, ce conflit reste un sujet extrêmement sensible. Au Nigéria, la censure a en outre d’abord empêché la sortie de Half of a Yellow Sun. On regrette alors que les moments dramatiques soient noyés au milieu de scènes de romance à l’eau de rose. La narration s’égare et le spectateur finit hélas par s’ennuyer devant cette œuvre qui comme le soleil de son titre, semble incomplète.

 

Laurianne de Casanove

 

 

  • HALF OF A YELLOW SUN réalisé par Biyi Bandele, disponible en VOD depuis le 28 septembre, sur iTunes et GooglePlay.
  • Avec : Thandie Newton, Chiwetel Ejiofor, Joseph Mawle, Anika Noni Rose, John Boyega, Hakeem Kae-Kazim, Babou Ceesay, Rob David, Paul Hampshire…
  • Scénario : Biyi Bandele d’après l’œuvre Half of a Yellow Sun de Chimamanda Ngozie Adichie
  • Production : Andrea Calderwood
  • Photographie : John de Borman.
  • Montage : Chris Gill.
  • Directeur artistique : Christophe Dalberg
  • Costumes : Jo Katsaras
  • Musique : Ben Onono, Ben Thomson
  • Durée : 1h47


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