L’Avenir de Mia Hansen-Love : critique

Publié par Antoine Gaudé le 6 avril 2016

Synopsis : Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

♥♥♥♥

 

L'Avenir de Mia Hansen-Love - affiche

L’Avenir de Mia Hansen-Love – affiche

Cinquième long métrage de la réalisatrice Mia Hansen-Love, L’Avenir (Ours d’Argent de la Meilleure réalisatrice au dernier festival de Berlin) prouve que le réalisme social à la française est encore loin d’avoir épuisé ces sujets, mais qu’un tel courant nécessite néanmoins une subtilité d’écriture qui n’est pas donnée à tous. Heureusement pour nous, Hansen-Love fait partie de cette génération de cinéastes talentueux (Céline Sciamma, Justine Triet, Guillaume Brac, Antonin Peretjatko…) capable d’insuffler à ces histoires la dose de nuances nécessaire afin d’éviter l’écriture emphatique de portraits caricaturaux, ainsi que de schémas et thèmes narratifs souvent englués dans un misérabilisme et un pathos surfaits, voire complaisants. À ce titre, Hansen-Love allège son nouveau film des défauts du précédent. Exit les chapitres et la morale d’Eden ; cet aspect « retour à la réalité » pour ces jeunes insouciants de la night, forcément un brin clinique et démonstratif. Dans L’Avenir, la réalisatrice étale une nouvelle fois son récit sur plusieurs années de vie maniant l’ellipse avec toujours autant de poésie. Exit également le passage de l’adolescence à l’âge adulte (Un Amour de jeunesse, Eden). Le film présente Nathalie (géniale Isabelle Huppert), professeure agrégée de philosophie, qui va se retrouver confronter aux aléas douloureux de la vie : mère dépendante et foldingue, mort d’un parent, divorce après 25 ans de mariage et les enfants qui ont quitté le foyer familial. Ce n’est plus un récit d’apprentissage, comme c’était le cas pour les précédents films ; il s’agit ici d’un réapprentissage. Non plus agencé par des étapes radicales propres au sentiment de révolte qui anime la jeunesse, mais comme un récit qui se façonne par des phases plus contrastées, réfléchies et mûries. Ou autrement dit, comment une femme adulte en vient à appréhender cette nouvelle forme de « liberté » qui s’offre à elle.

.

L'AvenirL'Avenir

L'AvenirL'Avenir

.

C’est d’ailleurs ce qui est le plus surprenant ici : cette tonalité chaleureuse, cette luminosité (les vêtements de Nathalie, la météo ensoleillée) – bien moins mélancolique que pouvait l’être Eden, austère par biens des aspects. La crise existentielle chez Hansen-Love s’avère douce et humaniste. Les doutes ne sont néanmoins pas écartés – certaines lectures de Nathalie le prouvent : le thème de la mort chez Jankélévitch, la soustraction à la logique du monde social chez Rousseau ainsi que le pamphlet pessimiste de Schopenhauer, le monde comme volonté et comme représentation. Mais les rencontres sont davantage déterminantes dans son parcours personnel, en particulier celle avec son ancien élève Fabien (Roman Kolinka). En philosophie, Nathalie serait plus du côté d’un Lévinas. En effet, par le regard honnête de Fabien, ainsi qu’à travers la vision d’une vie marginale dans cette bâtisse du Vercors et de cette communauté internationale et atypique, Nathalie va éveiller sa conscience. Sur son âge, qui l’empêche de s’exprimer politiquement, faute d’avoir gardé sa verve militante ; sur son corps vieillissant, qui lui fait penser qu’à 40 ans les femmes sont bonnes à jeter ; sur son mode de vie bourgeois, enfin, bien loin de ses idéaux de jeune communiste. Ces remises en cause, toujours souples et sages, finissent par jouer leur rôle identitaire. Ainsi, Nathalie finit par s’accepter en tant que telle : sa vie intellectuelle et professionnelle est liée à jamais à sa vie affective (son ex-mari était professeur de philo, Fabien est un ancien élève). Le réalisme social de Hansen-Love est donc – pour paraphraser Jankélévitch – « une parenthèse de rêverie dans la rhapsodie universelle » soit « une mélodie éphémère » que ni la mort, ni le désespoir ne viennent annihiler. Un réalisme coloré et chatoyant, plein de nuances et de peines, où la vie des parents ne s’éteint plus au départ des enfants, mais prend seulement une autre direction que Nathalie est désormais prête à embrasser.  

.

Antoine Gaudé

.

.

.

  • L’AVENIR écrit et réalisé par Mia Hansen-Love en salles le 6 avril 2016.
  • Avec : Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka, Edith Scob, Sarah Le Picard, Solal Forte, Elise Lhomeau…
  • Production : Charles Gillibert
  • Photographie : Denis Lenoir
  • Montage : Marion Monnier
  • Décor : Anna Falguères
  • Costumes : Rachète Raoult
  • Distribution : Les films du Losange
  • Durée : 1h40

.

Commentaires

A la Une

Beetlejuice Beetlejuice : la nouvelle bande annonce sort de terre

La suite des aventures de Beetlejuice, le personnage emblématique de Tim Burton, se dévoile dans une bande-annonce déjantée.    … Lire la suite >>

Bugonia : Yorgos Lanthimos, Emma Stone et Jesse Plemons de nouveau réunis

Le trio, actuellement en France pour la promotion de Kinds of Kindness, en compétition au 77e du festival de Cannes,… Lire la suite >>

The Ploughmen : Ed Harris va réaliser un film noir avec Owen Teague, Nick Nolte et Bill Murray

L’acteur et réalisateur adaptera le roman de Kim Zupan, avec Owen Teague, Nick Nolte et Bill Murray devant la caméra,… Lire la suite >>

Les Linceuls : Premier teaser pour le nouveau cauchemar de David Cronenberg

Présenté en compétition au festival de Cannes, le film met en scène Vincent Cassel et Diane Kruger dans un étrange… Lire la suite >>

Kathryn Bigelow s’associe à Netflix pour son prochain long-métrage

Les équipes de Netflix ont confirmé cette semaine lors de leur présentation aux annonceurs que la réalisatrice Kathryn Bigelow travaillait… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 UN P'TIT TRUC EN PLUS 1 310 277 3 3 433 739
2 LA PLANETE DES SINGES : LE NOUVEAU ROYAUME 633 463 2 1 566 193
3 BLUE & COMPAGNIE 284 442 2 737 655
4 LE DEUXIEME ACTE 242 657 1 242 657
5 BACK TO BLACK 115 316 4 960 934
6 THE FALL GUY 98 633 3 544 960
7 FRERES 81 369 4 584 559
8 LES INTRUS 80 889 1 80 889
9 LE TABLEAU VOLE 65 547 3 270 286
10 N'AVOUE JAMAIS 48 191 4 513 920

Source: CBO Box office

Nos Podcasts