Musique/ The Neon Demon par Cliff Martinez : critique

Publié par Jérôme Nicod le 16 juin 2016

Résumé : À peine arrivée à Los Angeles, la jeune et innocente mannequin Jesse se fait dévorer des yeux. Dans ce monde infesté de tigresses et pour lequel on tue pour un regard, elle va tenter de survivre. Pour cette troisième collaboration, Nicolas Winding Refn a laissé ici une place essentielle à la musique de Cliff Martinez, au point de constituer l’ADN de l’oeuvre. Un pari risqué et gagné. Dans les bacs depuis le 3 juin, 23 morceaux, édité par Gaumont. Disponible en CD et double vinyle.

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Musique de The Neon Demon par Cliff Martinez

Musique de The Neon Demon par Cliff Martinez

Nicolas Winding Refn ne laisse rien au hasard, tout semble calculé, prémédité. Il emprunte ici tous les chemins pour concentrer l’idée de sa fable macabre et réaliser une oeuvre d’une rare puissance visuelle et sonore. THE NEON DEMON (notre critique), présenté en compétition au 69e Festival de Cannes, est une véritable expérience sensorielle. Tout est sous contrôle, jusqu’à la projection du film qui débute par le traditionnel balais de logos des coproductions, dans un silence absolu. Aucun son pendant les deux minutes de cette avalanche de marques, afin de préparer le spectateur au générique flamboyant, illustré par le premier titre de l’album. Alors que le nom de NWR apparaît à plusieurs reprises, comme un logo publicitaire, puis ceux des comédiens, la musique évolue sur la base d’une note vibrante, et de percussions électroniques très modernes. Le titre se révèle en plein écran accompagné de son véritable thème musical, qui évoque la surface de The Neon Demon, sa forme esthétique, son art dans lequel les transgressions sont assimilées avec les modes. Une démonstration du travail millimétré, étroite collaboration entre un cinéaste, son monteur et son compositeur. Le plus passionnant émane du style musical et de la place de la musique qui évoluent au fil de l’histoire. Si la chanson très dynamique Mine accompagne la première partie de la boite de nuit, le second acte, à savoir le show visuel bondage, est confié à Julian Winding, le neveu du réalisateur. Un morceau typique d’un défilé de mode ; une très belle réussite, accrocheuse, addictive. À ce stade musical, les thèmes sont francs, grands publics et sans aucun sous-entendus.

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The Neon DemonThe Neon DemonThe Neon DemonThe Neon Demon

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Les contrastes apparaissent assez vite entre l’opposition de couleurs vives, du noir ou du blanc. Il y a une pureté sonore qui accompagne les scènes dialoguées de Jesse (Elle Fanning) dans la mesure ou elles ne sont ni bruitées, ni illustrées musicalement. Seuls les dialogues rythment la bande sonore. Cette pureté ne va pas demeurer longtemps car la jeune vierge se trouve vite confrontée, puis immergée, dans un univers qui ne vit que pour les apparences. Même dans les toilettes de la boite de nuit, lorsque Jesse est cernée par sa maquilleuse et deux autres top models prédatrices, aucun son ne filtre en sourdine. Jesse est la pureté du silence qui entre dans un monde assourdissant de thèmes électroniques qui se nourrissent de leur constante répétition : le monde de la mode. What Are You est le quatrième morceau de l’album et il comporte encore une part de magie, des percussions enfantines comme des paillettes de lumière en apesanteur. Lorsque la musique survient à côté de Jesse, elle est presque invisible, puis prend davantage d’importance au fil du récit.

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À ce stade du film et de l’album, on a l’impression d’entendre Vangelis pour l’orchestration et Bernard Herrmann en trame mélodramatique. Plus tard, on entend davantage Giorgio Moroder (Take Her To Measurements). Le morceau Gold Paint Shoot est un bon exemple d’un thème qui, orchestré par Herrmann, aurait eu une tonalité très différente mais la recherche du même effet. Cette scène du premier shooting professionnel de Jesse est d’une grande richesse. Elle apparaît sur fond blanc, il lui demande de se dénuder. Elle a conscience qu’elle perd son innocence à cet instant et la lumière disparaît lorsqu’elle est enfin nue, le noir envahit l’écran. Lorsque la lumière revient, elle n’est plus naturelle mais le fruit d’un projecteur sur un fond noir. La réalité a disparu au profit de la fiction. Pour renforcer cette image de fiction, Il va peindre la fille comme un tableau vivant, en or, car elle est d’une valeur inestimable. La musique est très profonde à cet instant, la rythmique est minimale, la gravité est de mise. Elle contraste avec l’ouverture de la séquence, Take Off Your Shoes, dans laquelle le photographe lui demande d’enlever ses chaussures ; la musique possède un rythme encore innocent, comme un jeu.

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The Neon DemonThe Neon DemonThe Neon DemonThe Neon Demon

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Le film et sa bande sonore font échos à deux autres oeuvres majeures, oniriques et envoutantes : Mulholland Drive de David Lynch (musique : Angelo Badalamenti) et UNDER THE SKIN (notre critique) de Jonathan Glazer (musique : Mica Levi). Les scènes en voiture, sur la colline avec Jesse et son ami, puis celle de la panthère dans la chambre, renvoient au climat visuel et sonore du film de Lynch. Dans les deux cas, la partition sonore est suspendue, lancinante, mystérieuse. Ruby At The Morgue est aussi dans la même veine. Visuellement et musicalement très proche du film de Jonathan Grazer, The Neon Demon cherche l’origine de la beauté tandis que Glazer explore l’origine de la vie. Leur réponse tient au recyclage. Le travail de Cliff Martinez est comme une version flashy, plus mélodique mains moins orchestrale que celle de Mica Levi. L’essentiel de l’émotion provient de leur musique. On comprend la maîtrise du travail du réalisateur et la confiance qu’il porte en son monteur et son compositeur.

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La force de NWR est d’être resté fidèle à son ambition, pour une oeuvre d’une grande richesse et d’une extraordinaire cohérence visuelle et sonore, même si le spectateur peut parfois avoir du mal à rester totalement accroché. L’évolution de la bande sonore prend le pas sur les images. La musique a basculé dans une thématique d’horreur, à l’instar de ces filles qui ont perdu leur âme pour conserver leur corps, des Dorian Gray sexy et modernes. L’instinct de survie renvoie aux films de zombies, la bande sonore devient noire et la torpeur cède la place à l’agression sonore. Are We having A Party est à lui seul un clip musical gore. Dans Get Her Out Of Me, musique et images sont insoutenables, mais indissociables. Le film et l’album se concluent avec le désert de sel, telle une publicité de parfum, sur lequel on écoute Wawing Goodbye, morceau composé et interprété par Sia. Les images et la chanson du générique de fin sont un hommage à Maurice Binder et son cocktail corps nus/couleurs/projections qui a fait la gloire des génériques des James Bond. Ici, projection de paillettes rouges qui s’écoulent comme du sang, ongles verts, or qui dégouline. Le générique de fin continue de jouer avec les codes, avec cette pop song qui aurait dénaturé le climat d’ouverture si elle avait fait office de générique de début. Splendide conclusion. Sorte d’opéra électro, la bande sonore est la version musicale du conte visuel mis en scène par Nicolas Winding Rein ; il ne manque que les silences du film sur l’album.

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Musique de The Neon Demon par Cliff Martinez

Musique de The Neon Demon par Cliff Martinez

The Neon Demon par Cliff Martinez

Durée: 69:55

  1. Neon Demon
  2. Mine (Sweet Tempest)
  3. The Demon Dance (Julian Winding)
  4. What Are You?
  5. Don’t Forget Me When You’re Famous
  6. Gold Paint Shoot
  7. Take Off Your Shoes
  8. Ruby At The Morgue
  9. Jesse Sneaks Into Her Room
  10. Real Lolita Rides Again
  11. Messenger Walks Among Us
  12. Runway
  13. Take Her To Measurements
  14. Who Wants Sour Milk
  15. I Would Never Say You’re Fat
  16. Thank God You’re Awake Remix
  17. Kinky
  18. Ruby’s Close Up
  19. Lipstick Drawing
  20. Something’s In My Room
  21. Are We Having A Party
  22. Get Her Out Of Me
  23. Waving Goodbye (Sia)

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