Musique/ Le BGG par John Williams : critique

Publié par Jérôme Nicod le 9 août 2016

Résumé : Adaptation d’un roman pour enfants de Roald Dahl, le BGG (Le Bon Gros Géant) doit sa magie avant tout à la musique de John Williams. Pour sa 28e collaboration avec Steven Spielberg, le compositeur a retrouvé son style des années 1980-90, pour une somptueuse partition riche en thèmes mais avare en surprise.

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Le BGG - Le Bon Gros Geant - pochette musique

Le BGG – Le Bon Gros Géant – pochette musique

Dans LE PONT DES ESPIONS (notre critique), pour lequel John Williams a dû céder la place à David Newman (pose d’un pacemaker), Steven Spielberg a laissé plus de 40 minutes de film sans musique. Un record pour celui qui cache toujours ses effets derrière ceux de son compositeur. Cet épisode quasi inédit dans la carrière du cinéaste a permis de voir pour la première fois la mise en scène de Spielberg sans artifice. Rappelons que jusqu’à présent, seul La couleur pourpre n’avait pas été composé par Williams. À l’évidence, Spielberg ne peut travailler qu’avec John Williams. Ce dernier lui apporte la distance nécessaire pour atténuer la violence réaliste de certains sujets et demeurer en bonne place dans l’entertainment. Ici, impossible de ne pas illustrer l’imaginaire de ce conte pour enfants. Pour leur 28e collaboration, Williams parvient encore à enrichir la filmographie de Spielberg. Elle montre également à quel point le premier a besoin du second pour surélever la qualité artistique au plus haut niveau, après Les Dents de la Mer, Rencontres du Troisième Type, E.T., Indiana Jones, La liste de Schindler… Ce duo est devenu à ce point intime qu’il est aujourd’hui impossible de savoir si l’émotion provient des images ou des musiques tant elles sont fusionnelles. À ce niveau de talents, ils rejoignent Alfred Hitchcock & Bernard Herrmann, Claude Sautet & Philippe Sarde, Franklin J. Schaffner & Jerry Goldsmith ou encore David Lean & Maurice Jarre. Dès le premier titre de l’album, Ouverture, une minute et 18 secondes suffisent à John Williams pour installer un climat de magie enfantine qui transporte d’emblée le spectateur au pays des géants. Ce génie parvient à raconter une histoire musicale avec tant de précision que l’on peut (re)voir le film en écoutant la bande originale.

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Le BGG - Le Bon Gros Geant

Le BGG – Le Bon Gros Géant

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Le plus étonnant dans ce nouvel album est la liberté avec laquelle il a travaillé. Certains critiques ont comparé Le Bon Gros Géant à Hook (1991), alors qu’il est visuellement et musicalement plus proche de TINTIN – notre critique (2011), l’une de ses dernières compositions majeures, et de Harry Potter (2002). Le style s’inscrit dans la veine actuelle des oeuvres du compositeur, mais avec une vigueur inattendue ; c’est la principale surprise de l’album. Une vigueur que l’on espérait davantage entendre dans la bande originale de STAR WARS – LE RÉVEIL DE LA FORCE (notre critique musique). Comme nombre de compositeurs, Williams semble d’ailleurs plus inspiré lorsque les oeuvres relèvent de la science fiction, ou plus simplement de l’imaginaire. La grande richesse de l’album émane ici de la multiplication des mélodies et des thèmes de personnages. Williams retrouve la verve de Indiana Jones – La Dernière Croisade et le panache en couleur de Tintin avec sa maturité d’aujourd’hui. Oubliez les scores trop classiques de La Voleuse de Livres (2013) ou de LINCOLN – notre critique (2012). Certes, malgré sa richesse orchestrale, on trouve ça et là des phrases déjà entendues, mais enveloppées d’une telle maestria instrumentale qu’elles ne dénigrent pas la découverte. Quelques mesures du thème de Riley (celui dont Williams est le plus fier pour Star Wars) se glissent dans Frolic, avant de laisser place à une valse démesurée et grandiloquente.

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Le BGG – Le Bon Gros Geant

Le BGG – Le Bon Gros Geant

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Parmi les morceaux forts de l’album, Dream Country, splendide suite musicale de plus de 10 minutes, possède beaucoup de classe, avec les sonorités de E.T. (1982) et du troisième épisode d’Indiana Jones. Après quatre minutes, la suite évolue avec panache vers une direction encore plus poétique pour finalement rejoindre l’univers musical de Tintin. Williams réunit trois oeuvres phares de sa carrière conjointe avec Spielberg. Parmi les autres bonnes surprises, Sophie’s Nightmare et Giants Netted, deux thèmes qui empruntent à Tintin, ainsi que Dream Jars, renvoyant à l’esprit de Fantasia de Disney (1940), pure beauté musicale d’instruments en bois et à vent. Le Finale, au piano, a des accents de fin de Jurassic Park (1993), lui aussi au piano, pour calmer les esprits. Le dernier titre de l’album est une suite de plus de 8 minutes que l’on entend sur le générique de fin, Sophie and the BFG, qui résume tout l’album sous forme de concerto. Les détracteurs diront qu’il n’en faut pas davantage pour raconter l’histoire du BGG.

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L’ensemble constitue un balais musical pour enfants qui pourrait être chorégraphié sur scène ; une tentative de reformulation des rêves perdus, volés, avec une dynamique positive et enchanteresse. John Williams utilise une grammaire musicale extrêmement riche. On peut simplement regretter la manipulation un peu trop systématique des clichés propres à chaque instrument (flûte, harpe…) sans creuser davantage pour se réinventer. Chez Williams, la barre est toujours haute, mais si la beauté orchestrale ne surprend plus, le plaisir de l’album à l’écoute reste intense, avec des thèmes variés, malins, aboutis. Il devrait aisément figurer parmi les cinq meilleures bandes originales de l’année. Et si de nombreux critiques ont reproché à l’adaptation de ce conte son aspect visuel, ils auraient dû le regarder avec les oreilles (du personnage).

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  • LE BGG – LE BON GROS GÉANT composé par John Williams, disponible dans les bacs depuis le 1er juillet 2019 édité par Walt Disney Records.
  • Music composée et dirigée par John Williams.
  • Orchestrations : John Williams.
  • Soliste :  Heather Clark.
  • Album produit par John Williams.

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BGG - Le Bon Gros Geant - pochette musique

BGG – Le Bon Gros Géant – pochette musique

BGG (le bon gros géant) par John Williams

Durée : 64 minutes

  1. Overture (1:18)
  2. The Witching Hour (4:40)
  3. To Giant Country (2:33)
  4. Dream Country (10:10)
  5. Sophie’s Nightmare (1:57)
  6. Building Trust (3:25)
  7. Fleshlumpeater (1:36)
  8. Dream Jars (3:30)
  9. Frolic (1:43)
  10. Blowing Dreams (3:46)
  11. Snorting and Sniffing (2:13)
  12. Sophie’s Future (2:30)
  13. There Was a Boy (3:29)
  14. The Queen’s Dream (3:08)
  15. The Boy’s Drawings (3:05)
  16. Meeting the Queen (3:00)
  17. Giants Netted (2:03)
  18. Finale (2:13)
  19. Sophie and the BFG (8:08)

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