Ressortie/ Dieu seul le sait de John Huston : critique

Publié par Lucia Miguel le 17 août 2016

Synopsis: Seul rescapé d’un torpillage survenu pendant la guerre du Pacifique, le caporal Allison débarque sur une île qu’il croit déserte. À son grand étonnement, il y découvre sœur Angela, l’unique survivante d’une mission catholique, détruite par les bombardements japonais. Parmi les problèmes que les deux « robinsons » doivent affronter, ceux que pose leur étrange cohabitation en sont pas les moindres. Les Japonais, en s’installant à leur tour dans l’île, les obligent à se cacher ensemble et à s’apprivoiser ainsi l’un l’autre. C’est le début d’une solide amitié et d’une fragile histoire d’amour…

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Dieu seul le sait de John Huston - affiche

Dieu seul le sait de John Huston – affiche

L’une des oeuvres les plus méconnues et quelque peu oubliées de John Huston, Dieu seul le sait (1957), ressort sur nos écrans en copie restaurée grâce au distributeur Les Acacias. Le cinéaste mythique d’African QueenKey Largo, Les Désaxés, Casino Royale ou encore de La Bible est appelé à l’époque par la Fox pour réécrire le script du roman de Charles Shaw. Le studio, alors en quête de romance, peine à transposer ce récit, centré sur la relation impossible entre une nonne et un marine, et à contourner la censure des communautés catholiques. Le cinéaste accepte sans hésitation, ravi de tourner dans des décors naturels qui permettent d’assouvir sa soif aventurière et de jouer avec les tabous de la religion. Sa solution au conflit moral et religieux, présent dans le scénario, est intelligente puisqu’il décide d’écarter toute sexualité de l’équation. Ce chef-d’œuvre en cinémaScope se concentre ainsi sur le caporal Allison (Robert Mitchum), un marine américain en pleine guerre du Pacifique, qui débarque sur une île déserte suite au naufrage de son bateau. Il y découvre un havre de paix, un terrain de jeu et un amour virginal. Dieu seul le sait s’ouvre sur cet homme épuisé errant sur son radeau. À son arrivée sur l’île, il poursuit cette nouvelle trajectoire initiatique, sa deuxième naissance, à travers cette végétation luxuriante et infranchissable, avant de trouver la lumière en la personne de sœur Angela (Deborah Kerr), une jeune et belle nonne. Elle est l’unique survivante d’une mission catholique sur cet îlot idyllique qui semble presque irréel au milieu des bombardements. Leur rencontre s’apparente à une révélation : au bout de cette traversée ardue, Mr. Allison retrouve le doux sourire de sœur Angela, pleine de promesses et d’espoir.

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Deborah Kerr et Robert Mitchum - Dieu seul le sait

Deborah Kerr et Robert Mitchum – Dieu seul le sait

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Le duo incarne cette facette de l’Amérique dévouée, dans laquelle l’action définit l’être. Ces piliers archétypaux de la nation, en lutte contre le totalitarisme, sont condensés dans l’essence et les valeurs qui définissent ces deux personnages : le patriotisme et la religion. Tous deux ont choisi de se consacrer à quelque chose de plus grand qu’eux. Cette dévotion les rapproche et instaure leur complicité respectueuse. Respectueuse car la tension sexuelle va se transformer en un amour spirituel, platonique et pur, comme l’a souvent décrit John Huston dans ses interviews promotionnelles. Si le choix de Mitchum, dont la carrière a oscillé entre film noir et western, peut paraître quelque peu étonnant de prime abord, il se révèle au final parfaitement judicieux. Le cinéaste met sa virilité débordante et sa nonchalance légendaire au profit d’un jeu de tension charnelle qui cherche constamment la retenue. Le voir se comporter d’une façon si chaste renforce la pureté des rapports, filmés au plus près par le cinéaste. Robert Mitchum incarne à merveille ce héros hustonien qui peine a atteindre son but. Peu importe la force et le courage qu’il emploie, la réalité et les forces sociales le rattrapent pour mettre fin à ses espoirs. Face à lui, sa partenaire Deborah Kerr revêt à nouveau le costume de religieuse – après Le Narcisse Noir de Michael Powell (1949) – qui lui sied décidément au teint. Elle nous livre ici une performance pleine d’élégance, lui valant une citation aux Oscars. La star hollywoodienne retrouvera d’ailleurs Robert Mitchum au cinéma en 1960, dans Ailleurs l’herbe est plus verte de Stanley Donen et Horizons sans Frontières de Fred Zinnemann. Mais également le cinéaste, sept ans plus tard, pour La Nuit de l’Iguane.

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Deborah Kerr et Robert Mitchum - Dieu seul le sait

Deborah Kerr et Robert Mitchum – Dieu seul le sait

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Dans toute l’œuvre de John Huston, la nature se situe souvent au premier plan de la narration. Cette nature sauvage dépasse l’homme mais constitue aussi l’intériorité des personnages. Ainsi, Mr. Allison et sœur Angela évoluent dans une nature primitive qui est à la fois un obstacle (cette île les isole du reste du monde) et une bénédiction (ce paradis terrestre devient un refuge et permet l’épanouissement de leur relation). La liberté des grands espaces et l’esprit aventurier de Huston – on connaît les difficiles conditions du tournage d’African Queen – est partagé par un Robert Mitchum qui, pour l’anecdote, n’hésite pas à ramper jusqu’au sang sur « des plantes coupantes et empoisonnées » sans jamais se plaindre. Cinéaste éclectique, John Huston a toujours puisé son inspiration dans la littérature. La majorité de ses films sont des adaptations de romans de grands écrivains (Rudyard Kipling, Herman Melville, Dashiell Hammett…) ou de pièces de théâtre (Tennessee Williams…) qu’il a su transformer en tragédies humaines grâce à des tandems d’acteurs d’excellence. Avec la ressortie de Dieu seul le sait, le génie du cinéaste le confirme à nouveau, élevant ce modeste roman au rang de chef-d’œuvre qu’il faut (re)découvrir.

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  • DIEU SEUL LE SAIT (Heaven Knows, Mr. Allison) réalisé par John Huston en salles le 17 août 2016.
  • Avec : Robert Mitchum, Deborah Kerr
  • Scénario : John Huston, John Lee Mahin (d’après le roman de Charles Shaw)
  • Production : Buddy Adler, Eugene Frenke
  • Photographie : Oswald Morris
  • Montage : Russell Lloyd
  • Décors : Stephen B. Grimes
  • Musique : Georges Auric
  • Distribution : Les Acacias
  • Durée : 1h48
  • Sortie initiale : 13 mars 1957

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