Comancheria de David MacKenzie: critique

Publié par Antoine Gaudé le 5 septembre 2016

Synopsis : Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

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Comancheria - affiche

Comancheria – affiche

Le nouveau film de David MacKenzie, présenté dans la section parallèle Un Certain Regard à Cannes puis hors compétition à Deauville, s’avère aussi être son meilleur, après Les Poings contre les murs ou encore Perfect Sens. Comancheria est un pur western contemporain qui évoque autant ceux des frères Coen (No Country for old men, TRUE GRIT – notre critique) que les classiques du genre, en particulier le splendide Seuls sont les indomptés (1962) de David Miller, avec l’immense Kirk Douglas. La grande force est d’avoir réussi ici à parfaitement lier des duos tragicomiques d’une efficacité redoutable. Pour la vision ironique du monde moderne, MacKenzie offre à Jeff Bridges – qui n’est pas si redneck qu’il en a l’air – et à Gil Birmingham, une relation d’amitié virile faite de discrimination de circonstances (les blagues de Bridges sur les indiens) et de remarques bien senties sur les mœurs texanes. Quant à la vision tragique du monde, le cinéaste américain l’injecte dans la relation fraternelle qui unit les personnages de Ben Foster, au jeu maniéré et toujours aussi grinçant, et de Chris Pine, d’une justesse incroyable. Comancheria recèle ainsi de surprises scénaristiques qui font la richesse des westerns contemporains, à l’image de la réponse violente des villageois qui ne se font pas prier pour prendre eux-mêmes en chasse les renégats. Lorsque la dialectique fondatrice du genre, entre modernité et tradition, s’entrechoque souvent de manière violente (cf. la scène de la station essence), c’est finalement pour mieux signifier le conflit original du western : la conquête d’une terre vierge. Encore une fois, il est question de récupérer une terre, cette fois-ci volée par les banques. Les deux frères unissent donc leur force pour assurer au petit frangin (Pine), le plus sage des deux, une dignité de père qui se refuse à lui depuis son divorce. Des agissements qui agencent l’opposition classique entre la loi de la communauté, incarnée par le Texas Rangers (Bridges), et une loi dite « morale », incarnée par les deux frères qui amènent à légitimer la violence, mais non à la questionner (les limites du cinéma de MacKenzie). Grâce à la bande originale de Nick Cave et de Warren Ellis, habitués du genre après The Proposition et DES HOMMES SANS LOI – notre critique) réalisés par John Hillcoat, Comancheria reste ainsi la preuve que le western n’est toujours pas mort. Et qu’il revit de temps en temps lorsque des cinéastes adaptent les motifs et les thèmes à des préoccupations actuelles (les banques sont les voleurs de notre époque) tout autant que mythiques (la famille, le foyer…) afin de réfléchir sur notre nature d’être humain.

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Antoine Gaudé

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  • COMANCHERIA (Hell Or High Water) de David MacKenzie en salles le 7 septembre 2016
  • Avec : Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster, Katy Mixon, Gil Birmingham, Marine Ireland, Margaret Bowman…
  • Scénario : Taylor Sheridan
  • Production : Peter Berg, Carla Hacken, Sidney Kimmel, Julie Yorn
  • Photographie : Gilles Nuttgens
  • Montage : Jake Roberts
  • Décors : Steve Cooper
  • Costumes : Malaysia Turzanska
  • Musique : Nick Cave, Warren Ellis
  • Distribution : Wild Bunch
  • Durée : 1h42

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