Ressortie/ Showgirls de Paul Verhoeven : critique

Publié par Thierry Carteret le 10 septembre 2016

Synopsis : Sans famille, sans amis et sans argent, Nomi Malone débarque à Las Vegas pour réaliser son rêve : devenir danseuse. À peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l’homme qui l’a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly Abrams, costumière pour le spectacle Goddess donné au célèbre Casino Stardust. Molly lui trouve un job de stripteaseuse dans une boîte, le Cheetah, où elle fait des extras. Cristal Connors, vedette du Stardust, très attirée par Nomi, la fait engager dans son show où elle gravit rapidement les échelons. Dans les coulisses impitoyables de Vegas, Nomi devient très vite une rivale gênante.

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Showgirls - affiche

Showgirls – affiche

Le 14 septembre prochain ressort au cinéma Showgirls, chef-d’œuvre maudit, méprisé et totalement incompris de Paul Verhoeven. Pour l’occasion, ce drame érotique a été restauré en 4K par Pathé, avec le concours du cinéaste hollandais, et bénéficie à la même date d’une sortie en Blu-ray et DVD. De quoi redonner une chance à l’une des meilleures réalisations de l’auteur de Basic Instinct, Total Recall ou Robocop. Avec cette charge férocement corrosive sur le monde du showbiz et ses illusions, centrée sur le parcours tumultueux d’une ancienne call-girl qui ambitionne de devenir danseuse à Las Vegas, la carrière hollywoodienne du cinéaste entame une chute que Hollow man et Starship troopers ne sont pas parvenus à sauver. Une métaphore des États-Unis au vitriol qui lui vaut d’être renvoyé dans son pays d’origine pour y tourner le formidable Black book (2006). Il marque son retour en force cette année, en 2016, avec le dérangeant ELLE (notre critique), présenté en compétition au Festival de Cannes. Au sommet de sa gloire après les succès de Total Recall et Basic instinct, Paul Verhoeven reçoit le scénario de Showgirls des mains de la MGM. Avec Joe Eszterhas, déjà scénariste de Basic instinct, il le refuse car trop proche à ses yeux de Flashdance, également écrit par ce dernier. Il préfère se consacrer à son potentiel projet maudit Crusades, avec Arnold Schwarzenegger, qui conte l’histoire d’un chevalier croisé, mais qui ne verra finalement jamais le jour. Verhoeven retourne donc à Showgirls, plus par dépit que par réelle conviction. Dans son malheur, il obtient une totale carte blanche sur le tournage.

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Pour incarner Nomi Malone, personnage inspiré par Eve de Joseph L. Mankiewicz, il porte son choix sur Elizabeth Berkley, qui cartonne dans la sitcom pour ados, Sauvés par le gong. Pour la danseuse chevronnée Cristal Connors, il choisit Gina Gershon (Bound) après avoir songé à Sharon Stone, Daryl Hannah ou Charlize Theron, qui ont toutes refusé le rôle. Ce casting au « rabais » s’achève avec des rôles masculins confiés à Kyle MacLachlan, Robert Davi et Glenn Plummer. Enfin s’y ajoute Gina Ravera pour le rôle de Molly Abrams, la colocataire de Nomi, victime malgré elle de ce paradis des illusions. Ce monde de faux-semblants apparaît d’autant plus infernal qu’il se cache sous une image clinquante de strass et de paillettes. Elizabeth Berkley incarne cette Nomi avec une force et une énergie détruisant tout sur son passage, feignant la candeur pour atteindre son but. Showgirls ne parle que de compétition, de la volonté d’écraser l’autre pour progresser. Les séquences de show à Las Vegas, aux décors très carton pâte, sont superbement mis en scène.

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À le revoir, ce drame conserve toute la puissance et la virulence de son discours. Verhoeven n’hésite pas à déranger, à secouer le spectateur et Showgirls se révèle constamment surprenant, faisant tomber progressivement le masque des apparences sous les maquillages, les costumes et les décors volontairement caricaturaux jusqu’au mauvais goût. Derrière la scène du Stardust se cache un enfer où tous les vices semblent autorisés, jusqu’au viol et la corruption. Un monde d’argent, celui de Las Vegas, où tout s’achète et où l’amour n’a pas sa place. À l’époque de Basic Instinct, on a volontiers taxé le cinéaste de misogyne dans sa représentation (faussement) machiste des personnages féminins, et surtout son attitude qui lui a fait conserver la fameuse scène de l’interrogatoire contre l’avis de sa star, Sharon Stone.

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À l’image de cinéastes majeurs qui ont su construire leurs plus grands films sur la figure féminine comme John Cassavetes (Une femme sous influence), Federico Fellini (La Dolce Vita), David Lynch (Mulholland Drive), Quentin Tarantino (Kill Bill) ou encore Ingmar Bergman (Cris et Chuchotements), Paul Verhoeven place la femme au coeur de son cinéma. Sa Nomi s’avère une héroïne profondément verhoeveniene. Libre dans ses choix artistiques et sa sexualité, la jeune femme ne sacrifie jamais son ambition sur l’autel des compromis, n’hésitant pas à résister aux avances appuyées de manageurs et producteurs libidineux. Personnage profondément complexe, elle se révèle très loin de l’image d’ingénue naïve en quête de célébrité.

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C’est dans ce théâtre des apparences que se situe le génie de Paul Verhoeven, parvenu à tirer d’une banale comédie musicale de départ un pamphlet puissant sur les désillusions du rêve américain. Devant ce spectacle excessif, vulgaire et grotesque, les critiques ont été désastreuses et les spectateurs ont boudé les salles, malgré un sujet aussi sulfureux que pour Basic instinct. Un véritable fiasco qui lui vaut même 7 Razzie Awards. Des « récompenses » que Verhoeven vient chercher avec humour devant une salle médusée. La critique et le public, choqués par les scènes de nudités et de sexe frontales, sont passés à côté de la dimension satirique. Avec son ironie grinçante et constante, Showgirls est en effet très loin de l’œuvre proprette pour midinettes, et c’est sans doute ce qui explique son échec cuisant à sa sortie. Mais fort heureusement, il a gagné ses galons d’œuvre culte avec le temps et a été réhabilité en 1998 par des cinéastes cinéphiles comme Quentin Tarantino ou Jacques Rivette. Le réalisateur de La Belle Noiseuse le taxe même de « l’un des plus grands films américains de ces dernières années ».

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  • Ressortie de SHOWGIRLS réalisé par Paul Verhoeven en salles le 14 septembre 2016 en version restaurée 4K.
  • Avec : Elizabeth Berkley, Gina Gershon, Kyle MacLachlan, Robert Davi, Glenn Plummer, Gina Ravera…
  • Scénario : Joe Eszterhas
  • Production : Alan Marshall, Charles Evans
  • Photographie : Jost Vacano
  • Montage : Mark Goldblatt
  • Décors : Allan Cameron
  • Costumes : Ellen Mirojnick
  • Musique : Dave Stewart
  • Distribution : Pathé
  • Durée : 2h11
  • Date de sortie : 10 janvier 1996

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Source: CBO Box office

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