Synopsis : Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, à Vigo. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver.

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Voyage a travers le cinema francais de Bertrand Tavernier - affiche

Voyage a travers le cinema francais de Bertrand Tavernier – affiche

Si une personnalité pouvait à ce point nous transporter dans l’histoire du cinéma français, c’est bien Bertrand Tavernier. Avec son documentaire fleuve de plus de trois heures intitulé Voyage à travers le cinéma français, le cinéaste et cinéphile émérite vogue à travers les âges du cinéma hexagonal et nous plonge dans l’intimité de sa propre cinéphilie par le biais de longs commentaires sur ceux qui l’ont marqué. Becker, Renoir, Gabin… Des réalisateurs et des acteurs qu’il a aimé et qu’il admire encore. Sans oublier de réévaluer ou montrer la face cachée de certains. Il aura fallu 6 ans de préparation, plus de 80 semaines de montage et revoir près d’un millier de films pour accoucher de cette grande lettre d’amour, présentée en mai dernier dans la section Cannes Classics. Impossible n’est définitivement pas français. Ce voyage commence à Lyon. Berceau du cinématographe Lumière, ville natale du cinéaste, de ce heureux hasard Bertrand Tavernier en fait d’une pierre deux coups. De sa voix chaleureuse et d’un ton passionné, il raconte son enfance lyonnaise, les joies de la Libération et ses problèmes de santé qui l’ont obligé plus tard à être pensionnaire dans un sanatorium. C’est dans une salle de projection de l’établissement qu’il aura son premier choc cinématographique, Dernier Atout de Jacques Becker. Un mal pour un grand bien en somme. Se délectant de cette anecdote, chaque spectateur peut alors se remémorer sa première vraie rencontre avec le Septième Art, celle qui compte. En provocant le souvenir d’un premier coup de foudre de cinéma, Bertrand Tavernier berce les cinéphiles et absorbe son public pour la suite de son périple. Plus qu’un simple clin d’œil aux Voyage à travers le cinéma américain et Voyage en Italie de Martin Scorsese, le titre de ce documentaire affiche d’emblée une ambition : combler un vide. Le cinéma français mérite amplement que l’on se penche sur son histoire.

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Voyage a travers le cinema francais

Voyage à travers le cinéma français

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Pour éviter de sombrer dans une narration linéaire et un ton scolaire lourd et sans saveur, Bertrand Tavernier dévie quelque peu de la formule de son comparse américain en effectuant des choix plus personnels. En partant des années 1930, il propose sa propre vision du cinéma français, entrecoupé d’anecdotes parfois drôles, souvent étonnantes mais toujours fascinantes. On (re)découvre par exemple que Jean-Pierre Melville entretenait des rapports conflictuels avec ses plus grands comédiens, que Michel Piccoli s’inspirait des crises de Claude Sautet pour son jeu d’acteur et que la fameuse scène de l’« atmosphère » d’Hôtel du Nord est tirée d’une brouille entre Marcel Carné et son scénariste Henri Jeanson… Avec ces petites histoires secrètes de tournage, Tavernier réaffirme que le cinéma est avant tout un art collectif, inhérent à l’ego et aux rapports humains, et que la magie de l’inattendu peut aussi provenir des plus grosses colères et querelles de tournage. Ce voyage, le cinéaste l’a construit comme un livre animé, où les pages défilent à 24 images/seconde. Ce documentaire donne la singulière impression de parcourir un ouvrage très documenté.

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Voyage a travers le cinema francais

Voyage à travers le cinéma français

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En guise d’introduction, le Tavernier cinéaste part de son parcours personnel et professionnel pour ensuite s’effacer avec humilité et laisser place au Tavernier conteur. On se laisse guider à travers les chapitres et on s’engouffre dans les réflexions du réalisateur, commentant les nombreux extraits choisis, disséquant les parcours, brossant les portraits des grands hommes de cinéma qu’il a côtoyé et qu’il a bien connu. Il fait donc la part belle à ses semblables masculins et tente de réhabiliter les oubliés comme les compositeurs. Mais qu’en est-il des femmes du cinéma français trop souvent négligées elles aussi ? Arletty la gouailleuse dans Hôtel du Nord, Simone Signoret l’émancipée dans Casque d’Or, Agnès Varda, seule femme réalisatrice citée… Les grandes figures sont bien évidemment évoquées, mais encore trop peu représentées, comparé aux hommes. Voyage à travers le cinéma français manquerait peut-être alors d’une touche plus féminine, d’une reconnaissance plus soutenue de l’apport des femmes à notre cinéma. Mais peut-on réellement accuser Bertrand Tavernier de forger une histoire masculine du cinéma français ? Le réalisateur révèle à ses dépends que le cinéma est, malheureusement, un univers majoritairement tenu par des hommes.

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Trois heures dans une salle de cinéma peuvent être ressenties comme longues. En compagnie de Bertrand Tavernier et de sa malle remplies d’images et d’histoires, elles se transforment en poignée de secondes enrichissantes et vivifiantes. On en sort en pensant que Voyage à travers le cinéma français serait même trop court. C’est donc un bonne nouvelle d’apprendre que ce documentaire n’est que le début d’une série de neuf heures qui verra le jour prochainement à la télévision. Au-delà d’être un bel objet pour les cinéphiles, le film de Bertrand Tavernier est un outil pédagogique formidable qui ravive la mémoire de notre patrimoine cinématographique d’une manière remarquable. Par tous ces aspects, Voyage à travers le cinéma français se présente déjà comme un documentaire nécessaire et majeur.

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Erwin Haye

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>> LIRE NOTRE INTERVIEW AVEC BERTRAND TAVERNIER <<

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  • VOYAGE À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS écrit et réalisé par Bertrand Tavernier en salles le 12 octobre 2016.
  • Avec la collaboration de : Thierry Frémaux, Jean Olle-Laprune, Stéphane Lerouge
  • Production : Frédéric Bourboulon
  • Photographie : Jérôme Almeras, Simon Beaufils, Julien Pamart, Camille Clément, Garance Garnier
  • Montage : Guy Lecorne, Juliette Alexandre, Mathilde Forissier
  • Musique : Bruno Coulais
  • Distribution : Pathé Distribution
  • Durée : 3h15

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