Assassin’s Creed de Justin Kurzel : critique

Publié par Antoine Gaudé le 21 décembre 2016

Synopsis : Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle.  Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’Ordre des Templiers.

♥♥♥♥♥

 

Assassin's Creed de Justin Kurzel - affiche

Assassin’s Creed de Justin Kurzel – affiche

Après une adaptation esthétisante et plutôt sanglante de Macbeth, Justin Kurzel poursuit dans ce domaine avec un autre mastodonte de la culture occidentale, la franchise d’Ubisoft, Assassin’s Creed. Tâche ô combien ardue pour cet australien de 42 ans lorsque l’on connaît les nombreux déboires que suscitent généralement les adaptations vidéo-ludiques. Bien souvent la retranscription de l’univers avec ces motifs et ces thèmes prend le dessus sur l’aspect proprement ludique. Réalisateurs et scénaristes souhaitent donner une dimension romanesque à ces personnages virtuels en leur offrant des enjeux dramatiques à la hauteur – de l’intime avec des conflits familiaux et du général avec un conflit existentiel -, tout en agençant une intrigue cohérente capable d’assimiler les univers complexes du jeu et de répondre à une logique d’efficacité propre à la narration hollywoodienne. En ce qui concerne Assassin’s Creed, l’univers est foisonnant. Il y a pour ainsi dire deux mondes : l’un futuriste et sophistiqué prend ses marques de nos jours, l’autre reconstitue la période de l’inquisition espagnole au XVème siècle. Chose assez rare pour le souligner, les comédiens, y compris Michael Fassbender, parlent espagnols dans ce monde-là. Le film n’a de cesse ensuite de naviguer entre ces deux mondes. Toute la mythologie du jeu, imprégnée de symbolisme religieux – la fameuse Pomme d’Eden, artefact qui contient le « libre arbitre » de l’humanité -, donne son charme ésotérique à Assassin’s Creed. On se croit alors à aimer cet univers parallèle, cette plongée dans l’histoire fabulée où, pour une fois, « tout est permis » et « rien n’est réel », comme le formule le film.

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Michael Fassbender - Assassin's Creed

Michael Fassbender – Assassin’s Creed

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Mais pour traduire visuellement un tel monde des possibles, il aurait fallu un grand imagier, un Tsui Hark ou les Wachowski. Un réalisateur qui ne s’embarrasse pas de cadres spatio-temporels réalistes, qui utilise le numérique comme fondement d’une mise en scène purement immersive, presque cartoonesque. Là où Justin Kurzel échoue, c’est dans son incapacité à nous faire vibrer, émotionnellement et surtout sensoriellement, à nous transporter dans cette immersion fictionnelle qui aurait permis de vivre une expérience singulière et partagée. Les scènes d’action sonnent dès lors comme son désaveu. Elles sont en permanence construites dans un montage alterné aux effets de surimpression, entre les mouvements fluides et aléatoires de l’assassin et ceux de Callum, pris au piège d’une machine technologique dans un décor d’une pauvreté sidérale. Ce type de montage apparaît déceptif tant il nous sort de l’action, d’une chorégraphie visuelle alliant du « parkour » à des techniques martiales ; la scène d’évasion sur les toits de Grenade avait tout pour être un must à l’image du plan-séquence du Tintin de Spielberg. Le numérique chez Kurzel en reste à sa forme la plus éculée : des plans larges en vue aérienne avec son incrustation d’une ville, d’une foule et parfois d’un aigle.

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Marion Cotillard Michael Fassbender - Assassins Creed

Marion Cotillard Michael Fassbender – Assassin’s Creed

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Les autres problèmes sont d’ordre scénaristiques, dont une première partie très verbeuse et didactique, et concernent plus particulièrement l’écriture des personnages. Certains sont littéralement sacrifiés tandis que nos deux personnages principaux, Callum et Sophia Rikkin (Marion Cotillard), se voient péniblement attribués des rapports conflictuels avec leurs pères (Jeremy Irons, Brendan Gleeson). Des ajouts psychologiques ridicules qui n’apportent rien au récit, n’approfondissant aucunement la découverte de l’univers avec son conflit ancestral entre templiers et assassins et ces autres « mondes possibles ». Et comme souvent dans le cinéma hollywoodien, il ne reste évidemment que deux options face à cette humanité qui va très mal : le versant utopique, incarné par la jeune et moderne scientifique qui rêve de guérir le monde de la violence en envoyant un assassin qui massacre à tour de bras pour sauver l’humanité, et son versant pessimiste et cynique, incarné par la figure paternelle et sa secte fascisante de Templiers. Une vision désenchantée et sombre du monde qui peut, fort heureusement, compter sur les derniers assassins pour ramener ce brin de lumière et d’espoir qui lui manque. Tout ce prestigieux casting, comprenant également Michael K. Williams, Ariane Label ou encore Charlotte Rampling, prend logiquement sa posture hiératique de circonstances. Car la moindre blague ou esquisse d’humour est totalement prohibé par cette norme « sérieuse et réaliste » qu’arbore Hollywood, de peur de voir sortir de ses gonds une horde de fans et de commentateurs plus influents que jamais.

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  • ASSASSIN’S CREED de Justin Kurzel en salles le 21 décembre 2016.
  • Avec : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons, Brendan Gleeson, Michael K. Williams Ariane Labed, Charlotte Rampling, Denis Ménochet…
  • Scénario : Michael Lesslie, Adam Cooper, Bill Collage
  • Production : Conor McCaughan, Michael Fassbender, Frank Marshall, Jean-Julien Baronnet, Patrick Crowley, Arnon Milchan
  • Photographie : Adam Arkapaw
  • Montage : Christopher Tellefsen
  • Décors : Andy Nicholson
  • Costume : Sammy Sheldon
  • Musique : Jed Kurzel
  • Distribution : Twentieth Century Fox France
  • Durée : 1h55

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