Série/ Jour polaire (saison 1) : critique

Publié par Laurianne de Casanove le 23 décembre 2016

Synopsis : Au cœur de l’été arctique, à Kiruna, ville suédoise du cercle polaire, est perpétré le meurtre violent et mystérieux d’un citoyen français. Très vite, Kahina Zadi, capitaine française de l’Office central pour la répression des violences aux personnes, est immédiatement dépêchée sur place afin de mener l’enquête avec la police locale et plus particulièrement avec le procureur Anders Harnesk.

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Jour polaire - affiche

Jour polaire – affiche

Dès la scène d’ouverture, le ton est donné. Un crime atroce, des paysages à couper le souffle, un flic blasé. Jour polaire est un nouvel opus du genre « scandi noir ». Avec ce programme, coproduit par la chaîne publique suédoise SVT, Canal+ s’offre à son tour un voyage dans les terres glacées. Le groupe a misé sur Måns Mårlind et Björn Stein, scénaristes – et créateur pour le second – de l’excellente série Bron/Broen, souvent copiée mais jamais égalée. Un choix judicieux pour une série qui se révèle particulièrement réussie. Aux policiers suédois et danois, forcés de collaborer, les auteurs ont substitué une enquêtrice française d’origine algérienne (Leïla Bekhti) et le procureur de Kiruna, petite ville de Laponie (Gustaf Hammarsten). Tous deux doivent enquêter sur une série de meurtres sanglants qui les mènent sur la trace des Samis, peuple indigène dont les terres ont été colonisées par la Suède il y a plusieurs siècles, et qui se bat aujourd’hui pour préserver sa culture. Ce peuple, souvent connu sous le nom de Lapons, préfère qu’on ne le désigne pas ainsi ; ce mot est plus ou moins synonyme de « porteur de haillons » en finnois. Loin d’être un détail, la présence de cette minorité (conjugué avec les origines berbères de l’enquêtrice Kahina Zadi) donne à la série une dimension nouvelle et met en lumière une problématique sociale et politique, qui fait écho à la situation actuelle de nombreux pays d’Europe. Racisme, préjugés, acculturation… Jour polaire n’est pas seulement un polar haletant, c’est aussi une réflexion sur l’identité, et les conséquences de la colonisation. Si les plus sensibles peuvent sans doute avoir un haut le coeur face à des crimes aussi sophistiqués que cruels, la violence a un sens ici. Elle vient salir l’image de carte postale d’une Suède dont on envie souvent le modèle de réussite. Elle éclabousse une société rongée par le racisme et les haines enfouies.

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Leila Bekhti - jour polaire

Leila Bekhti – jour polaire

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Tout est message dans Jour polaire. Jusqu’à cette ville qu’il faut déplacer, car la mine qui se trouve à proximité a fini par fissurer le sol, qui menace de l’engloutir. Comme les secrets du passé menacent de faire sombrer les hommes. Au fond s’ajoute la forme. Si les « scandi noirs » aiment la nuit, celui-ci fait le pari inverse. Près du pôle, en été, le soleil ne se couche jamais, et tape sur les nerfs de l’héroïne. Un choix qui permet d’offrir au téléspectateur une photographie particulièrement soignée. Erik Sohlström sait jouer avec la lumière. Crue, elle rend la terre, pourtant si belle, inquiétante et inhospitalière. Rasante, elle semble souligner la duplicité des protagonistes. Les réalisateurs Måns Mårlind et Björn Stein restent sobres. Les quelques effets de style utilisés le sont à bon escient, comme dans l’épisode 4, lorsque Kahina et Anders, le procureur, discutent et que le dialogue se poursuit de façon linéaire alors que la cadre ne cesse de changer. Une déconstruction qui souligne la vie chaotique des deux héros. Mention spéciale aussi pour le final, tourné au ralenti, qui fait se télescoper plusieurs situations.  Alors que les tensions sont à leur paroxysme, les bruits de fond disparaissent pour laisser place à la musique. Un parti pris lyrique qui rend d’autant plus insupportable ce qui se passe sous les yeux du téléspectateur.

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Jour polaire

Jour polaire

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Jour polaire a le don de rendre sinistres les airs les plus beaux, tout comme ce chant sami qui rythme la série et donne à l’ensemble un côté mystique, comme si les personnages erraient entre rêves et réalité. Le casting est aussi un sans faute. Leïla Bekhti offre un jeu tout en nuances. Dans son regard buté passe parfois un nuage et tout son être semble alors rongé par un mal profond. À la fois lumineuse et torturée, l’actrice livre une performance qui marque les esprits. Face à elle, Gustaf Hammarsten, touchant et juste, rend son personnage particulièrement attachant. Les seconds rôles sont également très réussis. Il y a d’abord les valeurs sûres, comme Olivier Gourmet, Denis Lavant et Phillippe du Janerand. Mais aussi des dizaines d’acteurs scandinaves, inconnus du public français, dont le naturel est troublant. On note d’ailleurs, qu’à l’heure où Hollywood déchaîne les passions à force de « passer à la chaux » des rôles qui devraient revenir à des minorités ethniques, Canal+ et SVT n’ont pas peur de montrer des visages incontestablement « plus vrais ».  Si on peut regretter certains retournements de situation un peu trop prévisibles et quelques temps morts, le nouveau programme de Canal+ se révèle très vite addictif. Face à la déferlante des séries américaines, cette création européenne tire son épingle du jeu et mérite le détour.

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  • Série franco-suédoise JOUR POLAIRE (Midnattssol) diffusée sur Canal+ du 28 novembre au 19 décembre 2016.
  • Création : Måns Mårlind, Björn Stein.
  • Avec : Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten, Peter Stormare, Olivier Gourmet, Denis Lavant, Richard Ulfsäter, Oscar Skagerberg, Jessica Grabowsky,  Phillippe du Janerand…
  • Production : Olivier Bibas, Patrick Nebout
  • Première saison de 8 épisodes de 52 minutes
  • Disponible en DVD/Blu-ray depuis le 20 décembre

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