Brimstone de Martin Koolhoven : critique

Publié par Charles Villalon le 20 mars 2017

Synopsis : Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle. Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille. Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite. Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

♥♥♥♥♥

 

Brimstone - affiche

Brimstone – affiche

Il y a deux films dans Brimstone, celui qu’a cru faire son réalisateur, Martin Koolhoven, et celui qu’il nous donne réellement à voir. Le premier est un grand film métaphysique, ample et majestueux, une fable sombre et entêtante sur la nature humaine. Le second est un pensum infect, une boursouflure sans rime ni raison dont chacun des segments successifs semblent ne jamais devoir prendre fin. Dès les premières minutes, dès les premiers plans, on voit le second éclore sur les ruines du premier. Une famille se rend à l’église. La carriole roule en silence à travers le paysage imposant. On est dans un film sérieux. La preuve, la mère est muette. Puis apparaît le grand méchant loup. La mise en scène déjà un brin ostensible bande les muscles dans l’espoir de nous faire frissonner. Le réalisateur aux manettes installe son ambiance pesante avec lenteur. Il aligne les scènes traversées de dialogues solennels pour esquisser, sans en émousser le mystère, les premiers éléments d’une intrigue qui tient en deux phrases. Attention, la tension monte. Puis vient le premier tour de force du film, un massacre familial au clair de lune avec détails gores et silhouette menaçante se découpant sur l’arrière-plan d’une maison en flamme. En lieu et place de la grande scène gothique à laquelle Koolhoven semble croire, on ne trouve qu’une mascarade où le sordide le dispute au grotesque. On sait au moins gré à l’acteur qui interprète le malheureux mari de ne pas essayer de « jouer » l’homme éventré que ses propres boyaux étranglent. Ce désagrément, au moins, nous est épargné. Le reste est à l’avenant. Scènes de viol, scènes de meurtre, discours sentencieux sur la nature de la violence ou de la religion. Le pic d’abjection est atteint dans le chapitre qui raconte l’adolescence de la jeune femme. Le grand méchant pasteur, mécontent de sa mauvaise femme, va chez le maréchal-ferrant pour lui installer une muselière. Excusez du peu. Il l’expose ainsi à ses ouailles qui ne s’en formalisent pas. Sa fille lui exprime le mépris qu’elle lui inspire et la mère se pend au milieu de l’office. Voilà une séquence qui donne une idée assez nette du niveau du film, qui a reçu une interdiction aux moins de 16 ans par la Commission de classification du CNC. Le comble, c’est que l’on sent bien à quel point Koolhoven croit réaliser là sa Nuit du Chasseur, rien de moins. Qu’on s’avise seulement que le nom qu’il donne à son grand œuvre, Brimstone, est un terme anglais archaïque qui désigne le soufre et qui symbolise la colère de Dieu. C’est beaucoup de prétention pour un torture porn en costume long de deux heures et demie.

.

.

.

  • BRIMSTONE écrit et réalisé par Martin Koolhoven en salles le 22 mars 2017.
  • Avec : Dakota Fanning, Guy Pearce, Carice van Houten, Kit Harington, Emilia Jones…
  • Production : Uwe Schott, Els Vandevorst
  • Photographie : Rogier Stoffers
  • Montage : Job ter Burg
  • Décors : Heike Wolf
  • Costumes : Ellen Lens
  • Musique : Junkie XL
  • Distribution : The Jokers
  • Durée : 2h25

.

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts