Livre/ L’attrait des miroirs par Dominique Païni : critique

Publié par Jacques Demange le 17 avril 2017

Résumé : Participant autant du monde matériel que de l’univers mythologique, les miroirs obsèdent… Ainsi, ce constat est-il recommencé à chaque rencontre avec notre reflet : celui-ci est sans profondeur. Mais cette conclusion raisonnable nous incite à rêver qu’au-delà de sa surface, il existe un monde parallèle. Notre aptitude poétique nous permet donc d’envisager les miroirs comme des seuils à franchir pour accéder à d’autres dimensions de l’imagination. Le cinéma fait appel au miracle des reflets, les puissances du faux finissant toujours par dire des vérités sur lui-même. Chez certains cinéastes, c’est à travers un miroir que le héros prend possession de son propre univers, jusqu’à la folie parfois. Il y attire un amant, une maîtresse, des ami(e)s dans une aventure interminable et fréquemment fatale. Les miroirs contribuent également à l’apparition d’un personnage dans le récit amplifiant l’inquiétude ou le désir à son égard. Enfin, les miroirs trompent et amusent…

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Lattrait des miroirs - couverture

L’attrait des miroirs – couverture

La maison d’édition Yellow Now dévoile ses attraits. Après l’ombre, la lumière, les nuages, le téléphone, ou le vent, c’est au tour des miroirs de se voir étudier dans le détail. Dominique Païni, ancien directeur de la Cinémathèque Française et commissaire de plusieurs expositions consacrées à des cinéastes (Hitchcock, Cocteau, Godard, Antonioni), dépasse la simple fonction auto-réflexive et utilitaire du motif, pour tenter d’en percer le(s) mystère(s), en apparence infinie. À l’origine de l’écriture, il y a une séquence, ou plutôt un plan. Tiré du moyen métrage expérimental Méditerranée de Jean-Daniel Pollet, celui-ci met en vis-à-vis le visage d’une actrice dont le reflet est strié par le mouvement fluctuant des ombres et de la lumière. Devenu programmatique, ce moment guide la lecture de l’ouvrage. S’il ne vise l’exhaustivité, Païni accumule de façon impressionnante les exemples. Vertigo, Madame de…, India Song, Lost Highway ou encore Eyes Wide Shut se répondent à travers un curieux jeu de résonnances audio-visuelles défiant les catégories nationales et historiques (classicisme et modernité). Véritable palais des glaces, l’ouvrage s’attarde sur tel ou tel reflet pour en redéfinir les contours. Procédé d’introduction ou moyen de retarder l’apparition, le miroir s’offre comme un véritable blason cinématographique. Ces multiples perspectives offrent au lecteur un certain nombre de clés d’entrée qui toutes relèvent d’une pensée essentielle au Septième Art. Païni s’attarde parfois sur un réalisateur (Jean Cocteau notamment auquel l’auteur consacre de très belles lignes), ou une scène en particulier, comme le final de La Dame de Shanghaï d’Orson Welles dont les miroirs fragmentés et brisés semblent métaphoriser les aspérités brisées du réalisateur à l’intérieur de l’industrie hollywoodienne des années quarante.

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La Dame de Shanghai

La Dame de Shanghaï

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Pourvoyeurs des puissances du faux, le miroir se fait le pendant quotidien de l’écran, invitant naturellement au songe, à la contemplation ou à la pénétration d’un nouvel univers. La culture de Païni lui permet de développer des rapports avec d’autres disciplines artistiques : la littérature (Lewis Carroll bien sûr, mais aussi le Marquis de Sade), ou l’art contemporain. Pour assurer de la continuité de son motif, l’auteur dresse des parallèles et des comparaisons hautement intéressante : Alfred Hitchcock et Luchino Visconti, Michael Haneke et Leos Carax, voire même Jean Cocteau et James Cameron, une perspective inattendue qui aurait mérité un plus large développement. L’écriture est limpide, conciliant l’efficacité de l’exposé avec un certain attrait pour le style poétique, amplifiant encore un peu le plaisir de la lecture. Soigneusement et richement illustré, ce court essai invite à la traversée du miroir. Chaque plan renvoie à un autre, à partir de la réitération d’un geste, d’un angle ou d’une échelle de plans. On ne peut donc que trop conseiller à notre lecteur de se plonger dans cet Attrait des miroirs qui nous en apprend plus sur les images qui ont et qui continuent de façonner notre mémoire cinéphilique.

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  • L’ATTRAIT DES MIROIRS par Dominique Païni disponible aux éditions Yellow Now, Collection « cinéma/Motifs » depuis mars 2017.
  • 96 pages
  • 9€50

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