Sortie DVD/ Phantom of the Paradise de Brian De Palma : critique

Publié par Thierry Carteret le 10 avril 2017

Synopsis  : Jeune compositeur inconnu, Winslow Leach profite de l’entracte qui suit le concert des Juicy Fruits, le groupe pop à la mode, pour jouer sa cantate Faust. Swan – le plus grand producteur de musique de tous les temps – l’entend et décide d’en faire sa musique pour l’inauguration du Paradise, son palais du rock. Pour parvenir à ses fins, il vole la partition de Leach et le fait jeter en prison. Mais ce dernier parvient à s’échapper et, après avoir été défiguré et perdu sa voix, est prêt à tout pour se venger…

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Phantom of the Paradise - Carlotta

Phantom of the Paradise – Carlotta

Lancée en décembre 2015 avec Body Double, la collection « Coffrets Ultra Collectors » de Carlotta propose ce mois d’avril un autre long métrage de Brian De Palma, et pas des moindres puisqu’il s’agit de son mythique Phantom of the Paradise. L’édition restaurée en 2K est agrémentée d’une multitudes de bonus et d’un livre de 160 pages. Un écrin magnifique au visuel exclusif, créé par l’illustrateur Matt Taylor, pour cet opéra-rock horrifique et baroque réalisé en 1974 ; l’une des meilleures réussites de son réalisateur. Relatif échec critique et public à sa sortie aux États-Unis en 1975, même s’il fut mieux reçu en France, Phantom of the Paradise a souffert d’une promotion peu pertinente, misant davantage sur les fans de rock que sur les habitués du cinéma d’horreur. D’où le rejet et l’incompréhension dont il a été d’abord victime, au même titre qu’un autre opéra-rock devenu culte, The Rocky Horror Picture Show sorti l’année suivante. Le film musical maudit de De Palma a subi, de surcroît, plusieurs pressions de la part des studios Universal et de Atlantic Records. D’abord son titre initial a dû être modifié, passant de Phantom à Phantom of the Paradise à cause d’un héros de Comics portant ce nom. Ensuite, De Palma fut contraint d’ajouter des caches et de procéder à des coupes sur la pellicule déjà impressionnée, afin de distinguer peu le logo du label de Swan (Swan Song), pour devenir à l’image Death Records. Des déconvenues qui n’ont pas empêché Phantom of the Paradise d’accéder par la suite au statut d’œuvre culte, admirée par de nombreux fans aujourd’hui. 

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L’histoire tragique s’inspire du roman Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux, maintes fois adapté à l’écran (la première fois en 1925 par Rupert Julian et la dernière par Joel Schumacher en 2004 d’après la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber). On suit les déboires de Winslow Leach (William Finley), un compositeur génial mais naïf, qui va perdre son âme, son visage – défiguré sous une presse à disques – et sa voix, au profit de Swan (Paul Williams), producteur de musique cynique et tout-puissant, inspiré de Phil Spector, ayant jadis signé un pacte diabolique pour conserver éternellement sa jeunesse. Condamné à composer dans l’ombre pour Swan, Winslow, devenu le fantôme, meurt d’amour pour Phoenix (Jessica Harper), une jeune choriste. Il l’idolâtre après l’avoir entendu chanter sa cantate inspirée du mythe de Faust, et volée par Swan pour l’inauguration de son Palais du Rock « Le Paradise ». Mais en secret, le fantôme mûrit sa vengeance contre le dessein de Swan.

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Derrière cette fable, De Palma livre sa vision de l’industrie du spectacle, nourrie par la rancoeur de sa première expérience hollywoodienne avec Get to Know Your Rabbit, réalisé dans la douleur deux ans auparavant. Comme Winslow, son infortuné anti-héros qui se fait voler sa partition par Swan dans Phantom of the Paradise, De Palma s’est vu trahi par les cadres de la Warner, le dépossédant du montage. Malgré cela, le réalisateur est parvenu à préserver son intégrité d’auteur tout en composant avec les majors à partir de son excellent Sœurs de sang (1972). Un thriller hitchcockien dans lequel brille déjà William Finley, complice des premières années d’études et réalisations de De Palma (The Wedding Party, Murder à la Mod, Woton’s Wake, Dionysus in ’69).

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Phantom of the Paradise recycle pléthore d’idées des premiers travaux du réalisateur, qui voit déjà William Finley dans la peau de Winslow Leach, contrairement aux déclarations de Paul Williams qui a souvent affirmé en interviews que De Palma voulait d’abord lui confier le rôle du fantôme. Ce dernier prête tout de même sa voix au personnage lors des superbes chansons qu’il compose et interprète (Faust, Beauty and the Beast, The Hell of It). La comédienne Jessica Harper (Suspiria) interprète elle-même ses chansons (Special to Me, Old Souls). La magnifique et inoubliable bande musicale de Phantom of the Paradise est à mettre au crédit de la réussite de l’oeuvre. Le cinéaste expérimente et pousse, plus encore que Sœurs de sang, le style de ses futurs chefs-d’œuvre. Déjà par l’utilisation savante du split-screen, ensuite par celle du plan-séquence, avec au passage un hommage à La Soif du Mal de Orson Welles. Son obsession pour les écrans est déjà présent, renvoyant aux interprétations de l’assassinat de Kennedy avec le film super 8 de Zapruder.

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Phantom of the Paradise se permet également de nombreux emprunts à la littérature classique comme Le mythe de Faust, Frankenstein ou encore Le portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde, les modernisant à la technologie sonore et vidéo de l’époque. Très noir et pessimiste dans son discours mais doté d’un humour féroce, Phantom of the Paradise parle d’un monde cynique qui broie et utilise la création artistique pour en faire un produit mainstream et mercantile. La sortie de ce coffret restauré s’avère donc une bénédiction pour les fans tandis que les autres peuvent découvrir une œuvre à mi-chemin entre le gothique baroque – parfois proche des premiers Dario Argento – et la comédie musicale torturée et psychédélique, à l’image de sa séquence finale inoubliable.

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Phantom of the Paradise - coffret Ultra collectors

Phantom of the Paradise – coffret Ultra collectors

DVD : Phantom of the Paradise a bénéficié d’une restauration en 2K. Jamais ce drame musical fantastique n’a paru aussi beau et pur sur le plan visuel et sonore. Les disques Blu-ray et DVD sont garnis de suppléments très intéressants, commençant par une courte présentation de l’acteur Gerrit Graham (Beef) au lancement du film. Le passionnant documentaire Paradise Regained (52 minutes) revient sur la genèse de l’œuvre et son impact. Suivent une interview de Brian De Palma (33 minutes) et un long entretien (72 minutes) entre Paul William et Guillermo Del Toro. Le fiasco Swan song (11 minutes) offre un comparatif des changements à l’image entre le logo « Swan Song Enterprises » et « Death Records ». Le reste des bonus est constitué de Carte blanche à Rosanna Norton (10 minutes) où la costumière évoque son travail et particulièrement la création du masque du fantôme. Paradis perdu et retrouvé offre six scènes coupées ou alternatives. Enfin, sont offerts six extraits des chansons en version karaoké, une fausse pub, des spots radio et les différentes bandes annonces. Le livre de 160 pages Dr Brian and Mr. De Palma regroupant textes, archives, photos et interviews s’avère un parfait complément à cette édition quasi définitive.

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  • PHANTOM OF THE PARADISE écrit et réalisé par Brian De Palma, disponible en combo Blu-ray/DVD+Livre à partir du 12 avril 2017 en version restaurée 2K.
  • Avec : Paul Williams, William Finley, Jessica Harper, Gerrit Graham, George Memmoli, Archie Hahn, Sara Ballantine, Jeffrey Comanor…
  • Production : Edward R. Pressman
  • Photographie : Larry Pizer
  • Montage : Paul Hirsch
  • Décors : Jack Fisk
  • Costumes : Rosanna Norton, Peter Jamison
  • Musique : Paul Williams
  • Edition : Carlotta Films
  • Tarif du combo Blu-ray/ DVD+Livre : 50,16 €
  • Durée : 1h32 (Blu-ray) – 1h28 (DVD)
  • Sortie initiale : 25 février 1975

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