Demain et tous les autres jours de Noémie Lvovsky : critique

Publié par CineChronicle le 28 septembre 2017

Synopsis : Mathilde a 9 ans. Ses parents sont séparés. Elle vit seule avec sa mère, une personne fragile à la frontière de la folie. C’est l’histoire d’un amour unique entre une fille et sa mère que le film nous raconte.

♥♥♥♥♥

 

Demain et tous les autres jours de Noemie Lvovsky - affiche

Demain et tous les autres jours de Noémie Lvovsky – affiche

Rendez-vous pris avec la psychologue de l’école. Mathilde (Luce Rodriguez) attend sa mère (Noémie Lvovsky) assise dans la cour de récré. Dans le bureau, l’amour est palpable, mère et fille se tiennent la main devant la conseillère impuissante. Le trouble apparaît. La mère l’admet elle-même, elle ne sait pas ce qu’elle fait là, comme perdue. L’ambiguïté commence alors. Est-ce un jeu ou un aveu ? Les deux. Avec cette histoire familiale, Noémie Lvovsky interroge la tâche parentale pour l’enfant et s’amuse à inverser les rôles avec une honnêteté candide. C’est Mathilde qui dicte le récit, c’est donc de son point de vue que tout est vécu et ce sont ses aventures qui jalonnent la narration. D’une voix d’enfant, c’est elle qui invente un conte, horrible, à sa mère avant d’aller dormir. C’est à elle également qu’incombe l’organisation du repas de Noël dans un accéléré accompagné de bruitages minimaux mais efficaces, exacerbant l’aspect comique de la scène. Cependant, l’absence de la mère a raison de la bonne volonté enfantine. La folie repérées chez l’adulte menace la petite Mathilde. Ce qui passait jusqu’alors pour une extravagance plus loufoque que dangereuse, à base de nid d’oiseaux et de robe de mariée, contamine l’enfant. Mathilde provoque un début d’incendie dans sa colère. Pour la première fois elle détruit, elle balance par la fenêtre tous les objets symboles de son échec. Ce trouble, peut-être héréditaire, ne trouve pas de confort chez le père doux, juste mais distant (Mathieu Amalric) ni chez aucun ami puisque Mathilde s’isole. Seule une chouette, un compagnon “comme un homme mais pas dans le même corps” offerte par sa mère partage ses craintes et ses désirs.

 

Demain et tous les autres jours

Demain et tous les autres jours

 

Faire parler l’animal  (voix de Micha Lescot), procédé relativement commun dans les films d’enfants, est plutôt malin. À la fois figure tutélaire et signe d’une démence pour Mathilde, comme une conscience extérieure mais toujours sage. Un brin de fantastique qui, comme dans Bird People de Pascale Ferran (par ailleurs remerciée au générique), apporte cette légèreté à une histoire qui aurait pu être si morose. Puisqu’en effet, outre la folie et la difficulté des rapports familiaux, il est aussi question de la mort. D’une part dans le conte racontée par Mathilde à sa mère où une femme subit le décès de sa fille, et dont l’imagerie très soignée est une allusion évidente aux représentations d’Ophélie, personnage d’Hamlet qui associe mort et folie. D’autre part, le squelette des cours de biologie à l’école qui interpelle Mathilde. Elle veut lui rendre rendre sa dignité et part creuser sa tombe dans une forêt, puis hésite à s’enterrer elle-même. Elle est une enfant qui cherche sa place, son environnement, tout comme sa mère. Ce qui rend leur relation d’autant plus touchante et subtile. Leur amour maladroit ne s’épanouit que lorsque chacune atteint sa place dans une explosion finale où la joie est muette. Noémie Lvovsky donne un charme certain à ses films et à ses personnages, sans cesse malicieux et doux. Les thèmes ambitieux ne lui pèsent pas, à l’instar de Camille Redouble, et une fois encore elle sait trouver une approche joyeuse, vivante, désinvolte.

 

Alexandre Pierzak

 

 

 

  • DEMAIN ET TOUS LES AUTRES JOURS
  • Sortie salles : 27 septembre 2017
  • Réalisation : Noémie Lvovsky
  • Avec : Luce Rodriguez, Noémie Lvovsky, Mathieu Amalric, Anaïs Desmoustier, Micha Lescot (voix), India Hair, Julie-Marie Parmentier, Francis Leplay, Elsa Amiel…
  • Scénario : Noémie Lvovsky, Florence Seyvos
  • Production : Jean-Louis Livi, Sidonie Dumas, Philippe Carcassonne
  • Photographie : Jean-Marc Fabre
  • Montage : Annette Dutertre, Anne Weil
  • Décors : Yves Fournier, Brigitte Brassard
  • Costumes : Yvett Rotscheid
  • Musique : Hubert Cornet
  • Distribution : Gaumont
  • Durée : 1h31


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