Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos : critique

Publié par Erwin Haye le 30 octobre 2017

Synopsis : Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

♥♥♥♥♥

 

Mise a mort du cerf sacre - poster

Mise à mort du cerf sacré – poster

Dans le petit théâtre sadique de Yorgos Lanthimos, l’Homme doit souffrir. Agitant ses acteurs tels des pantins faits de chair et d’os, le cinéaste démiurge semble prendre un malin plaisir à maltraiter ses sujets en les confrontant systématiquement à des dilemmes tragiques. Dans The Lobster, son précédent film, il se muait en un Éros malsain, forçant ses personnages à trouver l’amour pour échapper à la réincarnation animale. Avec Mise à mort du cerf sacré, Yórgos Lánthimos se délecte de détruire l’équilibre familial en imposant au père de famille un effroyable parricide. Forcément inspiré par les œuvres dramatiques de ses ancêtres poètes, le réalisateur grec pioche à souhait dans la mythologie hellénique pour proposer une variation moderne de la tragédie antique. Tout commence par un court mais puissant prologue faisant office d’avertissement au public. L’image d’une opération à cœur ouvert tout aussi saisissante qu’insupportable pique au vif le spectateur qui s’aventure dans l’univers anxiogène et torturé du cinéaste. L’intrigue mystérieuse et l’ambiance glaçante, servies par une photographie soignée rappelant la morosité des lumières blafardes d’un hôpital, placent le film sous les meilleures auspices. Puis, les minutes défilent inexorablement. La mise en scène répétitive et trop empruntée à Kubrick n’aide pas à s’extirper d’une spirale infernale menant à l’ennui. L’histoire pourtant si prometteuse sur le papier montre alors des signes de faiblesse et remet profondément en question ce Prix du scénario glané lors de la 70e édition du Festival de Cannes.

 

Mise a mort du cerf sacre

Mise à mort du cerf sacré

 

Passé ce moment de flottement où Lanthimos se suffit à exhiber la beauté formelle de son œuvre, le réalisateur se décide finalement à jouer avec ses personnages en leur imposant un fatum inéluctable. Les « super-marionnettes » enfin animées parviennent sobrement mais efficacement à regonfler la voile d’un récit alors en perte de vitesse. Nicole Kidman remplit largement son contrat dans le rôle de la femme froide et impénétrable qui colle à sa peau diaphane tandis qu’un Colin Farrell hirsute s’assure une plaisante et remarquable seconde jeunesse dans le cinéma d’auteur. Mais le véritable ange gardien de l’entreprise du cinéaste grec est paradoxalement l’ange exterminateur de son histoire. Barry Keoghan, qui interprète le cabalistique Martin, impose sa féroce « gueule » de cinéma aux yeux du public. Du haut de ses vingt-quatre ans, le jeune premier sidère par son incroyable prestance. 

 

Doucement chahuté lors de son passage sur la croisette, Mise à mort du cerf sacré à défaut d’être unanimement plébiscité à ce mérite de véhiculer des sensations fortes. Poussé par un réalisateur dans les abysses d’un monde dans lequel il ne veut pas être plongé, le spectateur désavoue pour ne pas tomber dans ses plus sombres retranchements. En 1987, au soir d’une Palme d’or très contestée décernée à Maurice Pialat pour Sous le soleil de Satan, Daniel Toscan du Plantier,  producteur du film, déclarait alors que « les sifflets, [sont] le propre des œuvres importantes. ». Mise à mort du cerf sacré est loin d’être un film majeur mais il fait partie de l’œuvre d’un cinéaste qui, que l’on veuille ou non, prend de l’importance.

 

Mise a mort du cerf sacre

Mise à mort du cerf sacré

 

Contestable sur de nombreux points, Mise à mort du cerf sacré reste néanmoins une proposition de cinéma unique en son genre, à la croisée des chemins entre un thriller, une tragédie grecque et une critique sociale du monde occidental moderne. Moins exaltant et plus extrême que The Lobster, le dernier film du réalisateur grec est le plus marqué et le plus maîtrisé de sa filmographie. Au fil des réalisations, le cinéma cynique de Yórgos Lánthimos se précise de plus en plus et se détache des références que l’on a de cesse de lui affubler pour laisser place à un style qui lui est propre. Demain, on fera du « Lánthimos » comme l’on peut faire du « Lynch » ou du « Pialat ».

 

 

 

  • MISE À MORT DU CERF SACRÉ (The Killing of a sacred deer)
  • Sortie salles : 1er novembre 2017
  • Réalisation : Yorgos Lanthimos
  • Avec : Colin Farrell, Nicole Kidman, Barry Keoghan, Raffey Cassidy, Sunny Suljic, Alicia Silverstone, Bill Camp, Anita Farmer Bergman, Sunny Suljic…
  • Scénario : Yorgos Lanthimos, Efthimis Filippou
  • Production : Ed Guiney,  Andrew Lowe, Yorgos Lanthimos
  • Photographie : Thimios Bakatakis
  • Montage : Yórgos Mavropsaridis
  • Décors : Jade Healy
  • Costumes : Nancy Steiner
  • Son : Johnnie Burn
  • Distribution : Haut et Court
  • Durée : 2h01

 

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